Cikeusik : le verdict qui fait douter de l’Indonésie

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Difficile de ne pas s’indigner du verdict dans l’affaire du lynchage des membres du culte Ahmadiya de Cikeusik (Java-Ouest), qui avait fait trois morts et cinq blessés graves dans une débauche de violence en février dernier (cf. La Gazette de Bali n°70 – mars 2011). Les douze accusés, qui estiment que les membres de cette congrégation musulmane sont hérétiques et blasphémateurs, ont finalement écopé fin juillet, devant le tribunal de Banten, de peines pour le moins clémentes. Entre trois et six mois. Au lendemain de ce drame, une vidéo de l’attaque avait été postée sur YouTube, provoquant un émoi national et international devant ce massacre organisé qui a impliqué 1500 personnes. Les images, difficilement soutenables, montrent les victimes dénudées, battues, mutilées par un flot de fanatiques ivres de rage qui scandent « Allah Akbar ».

Idris bin Mahdani, clairement identifié comme le leader – on le voit diriger la foule en colère vers la maison occupée par une vingtaine d’ahmadistes – a pris 5 mois et demi. Dani bin Misra, que l’on voit écraser à coups de pierre le crâne d’une victime, a été condamné lui à trois mois fermes. Il est donc libre aujourd’hui en comptant la préventive. De retour au village, il a été accueilli comme un héros. « Nous devions nettoyer notre village », explique un habitant qui ne tarit pas d’éloges sur les douze accusés dans un article de l’Associated Press. Ces sentences incompréhensibles ont déclenché un haut-le-cœur international très perceptible. Tout ce que le monde compte de pays démocratiques et d’associations pour le respect des Droits de l’Homme se sont indignés de ces rendus de justice. Et par voie officielle aussi, comme l’ont fait la secrétaire d’Etat américaine Hillary Clinton et l’Union Européenne. Un tour du monde de l’indignation en somme et en Indonésie, quelques lignes seulement…
Le Conseil des Oulémas indonésiens a fortement critiqué ces échos internationaux. « Les pays occidentaux doivent respecter les décisions de justice de notre pays qui sont basées sur nos propres valeurs culturelles et philosophiques », a dit un des membres du conseil. Et d’ajouter qu’en Indonésie, le tueur norvégien Breivik risquerait « une peine bien plus lourde que dans son pays. » Le gouvernement indonésien, par la voix du ministère des Affaires religieuses, a simplement affirmé : « Nous avons confiance dans nos tribunaux . »
En clair, circulez, il n’y a rien à voir et occupez-vous de vos affaires…

Tout cela serait retombé dans les oubliettes de l’info si, courant août, un autre verdict, toujours dans le cadre de ce dossier, n’avait réactivé l’opprobre internationale. Un autre tribunal a en effet jugé un des leaders de la secte Ahmadiya, Deden, pour incitation à la violence, obstruction de justice et refus d’obtempérer. Les procureurs n’avaient pas hésiter à requérir neuf mois de détention. Deden, sérieusement blessé dans l’attaque, a finalement pris six mois… L’affaire Cikeusik ou l’art d’envoyer les mauvais signaux au reste du monde !

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