LEGISLATIVES 2019 : QUELQUES GOUTTES DE NOUVEAUTE DANS UN OCEAN DE CLASSICISME

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Le 17 avril, 193 millions d’électeurs indonésiens sont appelés pour la première fois à voter en même temps pour leur président, leurs députés nationaux et représentants locaux. Si la campagne présidentielle occupe naturellement une grande part de l’espace médiatique entre deux candidats qui s’étaient déjà affrontés en 2014, c’est du côté des élections législatives qu’il faut se pencher pour trouver de la nouveauté. Un peu.

La simultanéité de cette ‘méga-élection’ générale a placé les élections législatives dans l’ombre de l’élection présidentielle, qui attire vers elle toute la lumière ainsi que l’attention des médias, suiveurs et électeurs. Il est donc facile d’oublier que des dizaines de milliers de candidats sont en campagne pour des postes dans les législatures nationale et locales.

Près de 8000 candidats concourent ainsi pour les 575 sièges de députés à la Chambre des Représentants (le DPR) et des dizaines de milliers sont en compétition pour les 19.817 postes de législateurs au niveau des provinces, des districts et des villes (DPRD).

Beaucoup de ces candidats semblent se complaire dans cet anonymat relatif puisque plus de 25% des candidats au DPR ont décidé de ne pas divulguer leurs informations personnelles au public sur le site internet du KPU (la Commission des élections générales). Parmi ceux qui ont rendu leurs informations publiques, nombreux sont ceux ayant listé des objectifs et programmes très vagues, consistant souvent à vouloir faire gagner leur parti et à « apporter la prospérité à l’Indonésie ».

Cette observation rapide laisse d’ores et déjà penser que la prochaine législature n’apportera pas foncièrement d’amélioration majeure à la principale Chambre indonésienne, déjà perçue par les administrés comme l’institution la plus corrompue du pays.

Dans les faits, ils sont 14 partis à avoir été autorisés à concourir au niveau national, contre dix il y a cinq ans. D’après les dernières enquêtes d’opinion, le PDI-P du président sortant Jokowi devrait rester largement le plus représenté, et la coalition de dix partis le soutenant à l’élection présidentielle est créditée de plus de 52% des voix, contre 29,5% à celle soutenant son concurrent Prabowo Subianto. En 2014, Jokowi avait dû former un gouvernement minoritaire, avant que le Golkar, la deuxième force politique du pays, ne le rejoigne en 2016. Le président apparait donc aujourd’hui en meilleure position à priori qu’avant sa première élection, même si son avance à la présidentielle semble avoir fondu ces dernières semaines. Le Golkar pourrait néanmoins ne plus être la deuxième force du pays, talonné en cela par le parti Gerindra qui profite de la présence de Prabowo dans la course présidentielle.

Malgré le développement de l’islam politique dans le discours et dans la loi, les partis musulmans ne semblent pas devoir effectuer de percée électorale. L’un d’entre eux, le très radical PKS, semble même plus divisé que jamais, avec l’émergence en son sein d’un mouvement assez large réclamant une formation plus inclusive et plus progressiste.

Pour le reste des dix formations déjà présentes en 2014, rien de nouveau sous le soleil. Tous les partis indonésiens se ressemblent idéologiquement. Leur orientation politique et économique tend vers le centre droit, et tous se veulent nationalistes et religieux.

C’est donc vers les quatre nouveaux partis que les regards se tournent pour un éventuel vent de fraicheur politique.
Celui-ci ne viendra manifestement pas du parti Garuda. Créé en 2015, il avait très peu fait parler de lui avant son enregistrement pour les élections, ce qui n’a pas évolué depuis, et embrasse lui aussi une plateforme nationaliste. En outre, le parti est soupçonné d’être lié à une fille de Suharto, et/ou au Gerindra de Prabowo. Ce que nie son état-major. Ou comment faire du neuf avec du vieux.

Du neuf avec du vieux, c’est aussi ce dont rêve un autre membre de la dynastie Suharto. Tommy, le plus jeune des fils, a créé le Parti Berkarya (Parti du travail) et met l’accent sur l’écart croissant entre les riches et les pauvres en Indonésie. Pour Tommy, les vingt ans de réformes depuis la chute de son père n’ont pas permis d’améliorer la situation du pays, et il faut donc un retour à l’Ordre Nouveau, ce qu’il perçoit être le désir d’une majorité d’Indonésiens. Pour l’instant, les sondages semblent lui donner tort.

La troisième nouvelle force est le parti Perindo (Parti de l’unité indonésienne). Celui-ci a aussi été fondé en 2015 par le magnat des médias Hary Tanoesoedibjo, propriétaire de MNC Group et partenaire en affaires de Donald Trump en Indonésie. Il se réclame aussi du centre droit. Allié du parti Gerindra et de Prabowo dans la coalition d’opposition depuis sa création, Perindo a naturellement soutenu la paire Anies Baswedan-Sandiaga Uno, victorieuse à Jakarta en 2017. En revanche, Hary a déclaré son soutien au président Jokowi pour les élections cette année. Perindo apparait donc comme un parti supplémentaire, mais à l’idéologie et aux méthodes transactionnelles et opportunistes comparables aux autres. Porté par ses moyens financiers et sa résonance médiatique, Perindo semble néanmoins être le mieux placé parmi les nouveaux partis. Certaines enquêtes lui accordent autour de 5% des intentions de vote, ce qui pourrait lui permettre de compter quelques députés.

Le véritable vent de fraicheur est en réalité venu de la quatrième nouveauté de ces élections, le Parti de la solidarité indonésienne (PSI). Présenté comme le parti de la Génération Z, ou génération du millénaire, il a réussi à attirer l’attention de beaucoup. Créé après les élections de 2014 par Grace Natalie, une ancienne journaliste TV de 36 ans, le PSI se présente comme l’antithèse des vieux intérêts politiques, et donc de tous les autres partis indonésiens.

66% de ses membres sont des femmes. Le parti requiert que les membres de son bureau central soient âgés de moins de 45 ans et n’aient jamais été membres d’un autre parti. Son attention est portée sur les problèmes des femmes et des jeunes comme l’éducation ou la baisse de l’impôt sur le revenu pour les jeunes. Le PSI demande la fin de la polygamie et un amendement de la loi anti blasphème. Il veut sauver l’Indonésie des « politiciens corrompus et des fascistes », des « faux nationalistes » qui en même temps favorisent le passage de lois discriminatrices contre les minorités. Un discours politique qui pourrait enfin parler à la génération du millénaire, qui compose près de 45% de l’électorat en 2019, soit plus de 80 millions de votants potentiels. Mais cette génération est aussi celle qui s’intéresse le moins à la politique. Moins de la moitié des moins de 30 ans avaient ainsi voté aux législatives de 2014, contre 90% des plus de 30 ans. De fait, les intentions de vote pour le PSI stagnent autour de 1%. De plus, certaines prises de position et certains conseillers du parti montrent un fonctionnement en réalité plus proche des autres formations politiques que le discours public servi par Grace Natalie. Le financement de ses opérations reste également opaque.

Le vent de fraicheur ne serait-il donc qu’une légère brise ? Cela ne serait finalement pas si étonnant dans le monde prédateur de la politique indonésienne.

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