LE BALLON ROND DANS TOUS SES ETATS

PARTAGER SUR

La passion des Indonésiens pour le football, que ce soit pour leur équipe nationale ou les compétitions européennes majeures, n’est pas nouvelle. Elle est encore exacerbée en cette période de Coupe du Monde, pendant laquelle ils aiment à se retrouver pour regarder les matchs ensemble, les NoBar (nonton bareng, regarder ensemble) locaux.
Ce qui est en revanche plus récent, c’est le développement du club local balinais Bali United, vice-champion en titre de la première division indonésienne, la Liga 1, et l’engouement nouveau qu’il suscite sur l’ile.
Pendant longtemps, Bali n’a pas compté de club majeur sur la scène nationale malgré son bassin de population important et sa renommée mondiale. Ce n’est qu’en février 2015 que Bali United est créé sur les cendres d’un club de Kalimantan, Putra Samarinda, ainsi déplacé et renommé.
Alors que les clubs indonésiens sont réputés pour leur manque de professionnalisme, la corruption, la violence des supporters et leur dépendance à l’argent des collectivités locales, Bali United semble vouloir se démarquer de cela avec un modèle économique qui s’apparente davantage à ce que le football européen s’est habitué à voir ces dernières années, à savoir l’arrivée d’un investisseur et la gestion d’un club à la sauce entrepreneuriale.
L’investisseur en question s’appelle Pieter Tanuri. Il est à la tête de l’entreprise Multistrada, un géant local du pneu et de ses dérivés. En tant que propriétaire du club, en compagnie de son frère Yabes qui en occupe la présidence, ils s’inspirent des clubs européens pour le développement de leur club. Le nom choisi pour leur club rappelle évidemment Manchester United, dont Pieter a effectivement dit s’inspirer dans des interviews sur l’organisation de son club et la nécessité que chaque département composant le club fonctionne de manière autonome. On imagine aussi le Paris Saint Germain actuel comme source d’inspiration, Multistrada étant un sponsor du club parisien et les deux clubs étant associés dans la création récente d’une académie PSG à Bali.
Les deux frères Tanuri parlent beaucoup de marketing, de branding et de l’importance de développer la marque Bali United sur leur marché. Le club s’implique donc auprès des jeunes balinais, a modernisé son stade de Gianyar, a récemment inauguré un Bali United Café, un magasin Bali United Store et un jardin d’enfants autour du stade. Son site internet est esthétique et complet, sa présence sur les réseaux sociaux efficace.
La recette fonctionne à merveille jusqu’à maintenant. Le stade de 25 000 places affiche complet pour la plupart des matchs à domicile, il devient plus fréquent de croiser des jeunes Balinais habillés du maillot du club dans la rue et l’engouement semble réel autour de l’équipe professionnelle et du club, qui apporte fierté aux fans de foot de l’ile.
Côté terrain, la belle histoire continue et contribue aux efforts des frères Tanuri. Même si l’équipe effectue une saison actuelle en Liga 1 bien moins enthousiasmante que la précédente, elle reste sur une deuxième place glanée la saison dernière qui lui a permis de faire ses premiers pas continentaux cette saison. Et l’équipe s’appuie sur quelques stars locales comme Irfan Bachdim ou Stefano Lilipaly auxquelles les fans peuvent s’identifier.
Bali United représente donc la belle histoire actuelle du football indonésien. Puisse-t-elle perdurer et inspirer d’autres clubs locaux.

Une danseuse de dangdut harcelée en ligne par un joueur de foot

Mais comme le football indonésien ne serait pas vraiment ce qu’il est sans drame et sans médiatisation pour de bien mauvaises raisons, c’est dans une histoire de harcèlement sexuel que l’on a retrouvé ces dernières semaines un joueur de Liga 1 mis à l’honneur médiatique.
Début juin, la chanteuse indonésienne de dangdut Via Vallen s’est ouverte sur son compte Instagram d’un cas de harcèlement sexuel en ligne dont elle a été victime de la part d’un joueur de football étranger jouant en Indonésie dont elle n’a pas révélé l’identité. La jeune femme a partagé une capture d’écran des messages envoyés par le joueur, qui disait vouloir qu’elle danse pour lui dans sa chambre avec des vêtements sexy. La jeune femme s’est dite humiliée et choquée par ces messages d’un homme qu’elle affirme n’avoir jamais rencontré.
Le message de Via Vallen est rapidement devenu viral et a engendré quantité de réactions sur les réseaux sociaux indonésiens. Dans un pays au patriarcat et à la domination masculine très affirmés, l’histoire de la chanteuse a suscité des opinions très antagonistes. D’un côté, beaucoup de messages ont applaudi sa démarche, expliquant qu’il était nécessaire de rendre public ces cas de harcèlement alors que l’archipel a recensé près de 350 000 cas de violences (physique, verbale ou en ligne) contre les femmes en 2017. Des messages se félicitaient que, dans la lignée du mouvement #MeToo (#BalanceTonPorc en France), les femmes indonésiennes se libèrent du fardeau que peut représenter le harcèlement sexuel et rendent publics les faits dont elles sont ou ont été les victimes.
Mais une quantité peut-être encore plus importante de messages ont remis en cause l’initiative de Via Vallen, l’accusant d’exagérer, de rechercher l’attention ou la notoriété, et de se faire de la publicité. Certains affirmaient que ce genre d’occurrence aurait dû rester privé.
La Commission Nationale sur les violences contre les femmes s’est emparée du sujet pour tenter d’éduquer sur la question du harcèlement sexuel. La quantité de réactions accusant la victime montrent en effet à quel point l’Indonésie a un problème avec le harcèlement.
L’initiative de la chanteuse a malgré tout permis d’ouvrir le débat. Certaines associations et personnalités féministes en ont profité pour inviter les femmes indonésiennes à dénoncer à leur tour les faits de harcèlement dont elles ont aussi été les victimes, mais le mouvement n’a pas pris d’ampleur.
Avec 145 millions d’utilisateurs internet, un mouvement comme #MeToo aurait la possibilité de grandir et de contribuer à l’éducation sur le sujet en Indonésie. Mais les utilisateurs informés de ce mouvement sont en majorité des personnes de la classe moyenne urbaine et avec une compréhension certaine de la langue anglaise. Si l’Indonésie veut sérieusement faire évoluer les consciences quant au harcèlement sexuel, le mouvement devra partir de la base. On en est loin. Il reste beaucoup à faire ici aussi.

PARTAGER SUR

PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE