LA TOLERANCE ET LA CULTURE INDONESIENNE FACE AUX DISCRIMINATIONS

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Attaques anti-LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres), mariages adolescents, harcèlement sexuel, viols : l’Indonésie fait face à des problèmes cruels pour ses minorités et les femmes. Si ces problèmes ne sont pas exclusifs à l’archipel, les réponses qui y sont apportées laissent souvent perplexes. Et placent le sentiment religieux au cœur du raisonnement.

Certains y voient le signe d’une année électorale approchant à grands pas. Rien d’impossible depuis que les prétendants à des responsabilités politiques ont découvert que l’islam radical fait élire. Quoi qu’il en soit, les occurrences d’actes anti-LGBT se multiplient à l’heure actuelle en Indonésie. Dans l’est de Jakarta, mi-novembre, sept personnes transgenres ont ainsi été chassées des chambres qu’elles occupaient dans une petite résidence par des habitants du voisinage. Bien que certaines habitaient la résidence depuis plus de dix ans, et malgré le soutien de la propriétaire des lieux, elles sont désormais accusées de prostitution et font face à une discrimination arbitraire.

Quelques jours plus tard, deux personnes transgenres ont été attaquées par plusieurs dizaines d’hommes à Bekasi, dans les environs de la capitale. Les cinquante à soixante jeunes hommes impliqués les ont poursuivies, leur ont déchiré les vêtements, coupé les cheveux et insulté en leur disant que leur situation représentait un péché et qu’elles ne méritaient pas d’être nées. Ces jeunes hommes habillés de blanc sont ensuite repartis impunément.

La semaine suivante, Padang, la capitale de la région de Sumatra-Ouest, a été le lieu d’une grande manifestation anti-LGBT menée par le maire de la ville, dans une démonstration supplémentaire des discriminations soutenues par l’Etat contre cette minorité. Les autorités de la ville, comme d’autres dans le pays, ont ainsi promis des décrets afin d’éradiquer les communautés LGBT de leur environnement, bien que l’homosexualité ou les comportements LGBT ne soient pas illégaux en Indonésie, sauf dans la province d’Aceh régulée par la loi coranique.

A Padang, seize personnes ont récemment été arrêtées dans des raids anti-LGBT et ont été remises à l’Agence des services sociaux de la ville pour recevoir un « suivi » mené par des psychologues et des figures religieuses. Plus perturbant encore, le gouvernement a accepté le principe de travailler en association avec des organisations de la société civile pour délivrer les individus incriminés des « génies féminins qui les possèdent ». Cet exercice de purge inclurait la lecture de versets du Coran, des prières, des coups, des massages ou des bains dans de l’eau bénite.

De nombreuses personnalités politiques poussent actuellement pour la création d’une législation anti-LGBT au niveau national. En attendant, ils préconisent l’utilisation de la loi coutumière pour les punir, ce qui pourrait consister à faire parader les suspects en public et les exiler volontairement de leurs villages. Cette augmentation de l’hystérie anti-homosexuelle en Indonésie a certainement à voir avec les échéances électorales de 2019 dans une société ou le conservatisme religieux prend une tournure alarmante, essentiellement à l’encontre des minorités vulnérables. On serait néanmoins en droit d’attendre de l’Etat qu’il le combatte, et non le soutienne.

On pourrait aussi espérer que l’Etat et son système judiciaire protègent les femmes contre les violences et le harcèlement dont elles sont les victimes. Là encore cela ne semble pas être le cas.

Très récemment, une enseignante de Mataram, sur l’ile de Lombok, a été emprisonnée pour six mois pour avoir rendu public des enregistrements téléphoniques dans lesquels le proviseur de l’établissement où elle enseignait la harcelait sexuellement. Bien que disculpée par le tribunal local, Baiq Nuril Maknun a été condamnée en appel par la Cour Suprême pour diffamation envers le proviseur, en vertu de la très controversée loi sur les transactions et l’information électroniques. Cette loi, qui limite l’expression d’opinions, de pensées ou de plaintes sur internet d’une manière très vague et donc très vaste, a provoqué l’emprisonnement d’au moins 381 personnes depuis 2008, dont 90% pour diffamation. Le proviseur, qui avait porté plainte contre l’enseignante après avoir perdu son emploi, a depuis été promu à l’agence locale d’éducation.

Une des universités les plus réputées du pays, Gadjah Mada à Yogyakarta, s’est également retrouvée dans la tourmente ces dernières semaines. Une de ses étudiantes aurait été violée par un étudiant au cours d’un projet communautaire de l’université en 2017. Le cas, exposé par un journal étudiant interne, montre que la direction de l’université a attribué une partie de la responsabilité de l’acte à la victime dont elle a amendé les notes d’examen pour avoir porté atteinte à la réputation de l’université. L’étudiant incriminé a lui été exclu six mois et a dû suivre des séances de conseil, mais est en passe d’être diplômé de l’université.

Ce n’est pas la première fois que Gadjah Mada est dans l’œil du cyclone. En 2016, un de ses professeurs et responsable du département des relations internationales de l’université, avait été accuse d’abus sexuels par plusieurs étudiantes. Il avait perdu ses responsabilités suite a l’affaire, mais est toujours un employé de l’université. Des cas similaires avaient aussi été rendus publics à l’Université d’Indonésie, une autre institution majeure du pays.

Ces cas sont à n’en point douter uniquement la partie immergée de l’iceberg. Et il est fort probable que les cas de harcèlement, d’abus sexuels et de viols ont eu cours depuis de très nombreuses années non seulement dans les institutions d’éducation, mais aussi au travail, en famille et dans bien d’autres endroits en Indonésie, où la religion place souvent les femmes dans une position d’infériorité. La nouveauté est que certaines femmes vont désormais au-delà de leur peur et de leur honte pour rendre public et exposer les faits dont elles ont été les victimes. Cette démarche et ce courage ne peuvent qu’être encouragés. Cela devrait permettre aux institutions et personnes mises en cause de commencer à traiter le problème des atteintes faites aux femmes et aux minorités en Indonésie avec sérieux et respect. Le chemin sera long. Mais il doit être entrepris.

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