Julien Thorax, entrepreneur Street art : (All)cap(s) ou pas cap ?

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Ancien assureur dans la finance, ce quadragénaire franco-suisse a décidé de se lancer dans sa passion : le graffiti. Et pour compliquer son challenge entrepreneurial, il a posé ses valises dans une scène encore émergente du mouvement street art : Bali ! Entre deux tags,
il se raconte, l’occasion de découvrir un secteur d’activité encore embryonnaire sur l’île.

Quel parcours vous a mené à Bali ?
Je suis né et j’ai grandi en Suisse. Au gré de nombreux emplois, j’ai habité en Nouvelle Zélande puis en Europe. Les dix dernières années avant de venir ici, je bossais dans le monde de la finance entre la Suisse et Paris. Tous les jours j’étais dans mon bureau, enfermé entre 4 murs. En parallèle, j’ai toujours été un grand amateur d’art, en particulier de street art : collectionneur, j’organisais également des expositions en Suisse. Mais ce n’est un secret pour personne, la scène européenne est bouchée. Et puis, il y a eu les attentats de Charlie Hebdo, et j’ai décidé de partir. Le ras-le-bol général m’a poussé à chercher un endroit où il y avait un réel intérêt pour l’art, avec un petite scène locale mais pas encore trop développée et puis surtout plus dépaysant que les murs de Paris, Londres, New-York et Berlin qui se ressemblent de plus en plus. Bali “cochait” toutes les cases. J’ai décidé de tout plaquer, quitte à diviser mon salaire par 20 pour m’installer ici.

Racontez-nous la genèse de votre entreprise ALLCAPS store
Je suis venu à Bali il y a tout juste quatre ans dans l’idée de faire des évènements, d’ouvrir des galeries autour du street art pour collaborer avec la scène locale. Je suis arrivée la semaine où le ALLCAPS store ouvrait ses portes, c’était un projet issu de la collaboration entre un balinais et un berlinois. On a été amené à travailler ensemble sur des évènements artistiques et commerciaux, mais 3 mois après l’ouverture, ils ont décidé de fermer la boutique… que j’ai naturellement décidé de reprendre. J’ai continué de travailler avec des locaux et les graffeurs membres du collectif 1UP.

Un second souffle pérenne pour ce lieu passait-il forcément par une diversification des revenus ?
L’idée c’était d’abord de vendre le matériel nécessaire pour une bonne fresque. Il y a également l’espace galerie. Mais c’est avant tout un espace de rencontre entre la scène locale, les amateurs de street art et de graffiti ainsi que les artistes internationaux. Nous facilitons les échanges et l’entraide et il n’est pas rare par exemple de voir ses inconnus peindre ensemble, le temps d’une après-midi.
Et puis, dans un second temps, nous avons débloqué une nouvelle source de revenus en proposant des services de commande de fresques pour des particuliers qui souhaitent une oeuvre peinte sur les murs de leur maison, restaurant ou bar. C’est une chose qui n’était absolument pas prévu dans notre projet initial, mais avec le développement des réseaux sociaux, les gens se sont intéressés à notre travail. C’est une très bonne opportunité pour faire travailler de talentueux artistes balinais et les faire connaître au plus grand nombre.

Quand on pense à Bali, on ne pense pas spontanément au street art.
Votre pari entrepreneurial est cependant en passe d’être gagné, éclairez-nous ?

C’est justement parce que Bali est une destination de vacances – où farniente, yoga surf et spiritualité règnent – que le street art est en train d’exploser ici. Il y avait une tonne de murs mais personne ne les peignaient, autrement dit le rêve pour un graffiti artiste ! Toutes les villes de street art ont un centre urbain qui se ressemble. Ici, les habits, les maisons, les temples sont des sources d’inspiration pour les artistes. Bali représente une énergie créatrice nouvelle, voire novatrice. C’est un mélange entre graffiti occidental et culture artistique balinaise. Bali est clairement en train de se faire une place dans la scène mondiale du graffiti. Et cela s’inscrit dans une tendance générale : il y a de plus en plus d’events dans des destinations “exotiques” comme le POW WOW à Hawaii (considéré comme le plus gros festival street art du monde).
Et en plus, on a la loi de notre côté ! Cela peut paraître surprenant mais, ici, il n’y a aucune réglementation contre le graffiti et les gens ont un amour sincère pour le graffiti car les compétences artistiques sont très valorisées et respectées. Donc on n’a pas encore touché le jackpot mais ce secteur est porteur.

Pour continuer à être attractif, il faut sans cesse se renouveler, surtout dans le domaine artistique. Quelle est l’actualité de votre lieu ?
En ce moment, nous exposons un artiste de Yogyakarta (Java). Son nom est Cut Not Slices, il a un univers très semblable à celui d’un graffeur parisien – reconnu- du nom de Shane. On essaie de renouveler tous les 4 mois la galerie pour soutenir les artistes locaux. Et pour nos 4 ans, on organise une journée Spray Jam : une sorte d’open mic façon graffiti où un mur sera libre et tout le monde pourra peindre mais aussi une démonstration des talents d’une dizaine de tagueurs qui grafferont sur la scène extérieure.

Vos ambitions pour la suite ?
On loue ce local commercial depuis 3 ans et demi… et Canggu ne cesse de se gentrifier… donc les prix ne cessent d’augmenter. Cela devient gentiment invivable de rester ici. Notre rêve est de pouvoir louer des terrains pour construire notre propre endroit plus vaste et faisant la part belle aux murs pour les graffeurs. Avec idéalement un petit espace restauration. Puisqu’au fond le graffiti, c’est juste passer un bon moment entre copains. J’ai envie d’un lieu encore plus représentatif de l’état d’esprit de cette communauté artistique et je compte bien y arriver d’ici les 12 prochains mois.

Propos recueillis par Basil Burté

Allcaps Store : Jl. Raya Canggu No.18A, Tibubeneng, Kuta Utara

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