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BALI A LE VIRUS DE LA NUIT

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Ca fait un peu plus de 20 ans que Bali s’est forgée petit à petit une réputation de destination mondiale pour faire la fête. A notre grand étonnement et avec une belle inconscience, la foule se pressait encore le mois dernier sur les dance floors. A présent que tous les lieux ont été fermés en raison des mesures prophylactiques pour contenir le coronavirus, revenons dans le calme et la sérénité avec notre contributeur de la “night”, Didier “El Didion” Chekroun, sur les raisons de ce succès planétaire et parions que c’est ici que la fête recommencera en premier quand le coronavirus aura baissé les bras!

Bali-Gazette: Parmi les 5 destinations mondiales de la fête que sont Berlin, Miami, Ibiza, Mykonos et Bali, quel mot te vient en premier pour expliquer le succès de la petite île hindouiste?

Didier Chekroun: La tolérance, je crois, tout le monde est le bienvenu ici pour y mener la vie qu’il souhaite. On fait la fête jusqu’à 7h du matin 7 jours sur 7 et aussi en journée, en particulier le dimanche dans les grands beach clubs. Pour ma part, jusqu’au 20 mars, je jouais 7 à 10 sessions par semaine et j’étais à peine ralenti par la saison des pluies. Il n’y a que le coronavirus pour forcer à faire relâche et quand ce n’est pas dans un club ou un beach club, c’est dans les restaurants Da maria le dimanche ou Luigi’s le lundi qu’on danse sur les  tables. 

B-G: Sans compter qu’il y a peu d’interdiction sur le tabac et l’alcool, ça compte non?

D.C: Je suis non-fumeur mais je reconnais que faire la ségrégation contre les fumeurs dans les boîtes tue l’ambiance. Quand la loi anti-tabac a été appliquée dans les boîtes de Bangkok, la night en a pris un sacré coup là-bas. Du coup, tout le monde a cherché des lieux plus tolérants et ça a profité à Bali. Et ici, quand Town House a séparé les fumeurs des non-fumeurs, le patron s’est tiré une balle dans le pied. Quant à l’alcool, il n’y a aucune réglementation pour la conduite en état d’ébriété ni d’alcootest, les flics sont très bienveillants sur ce sujet. Et les histoires d’alcool frelaté qui ont défrayé la chronique il y a quelques années à Bali n’ont pas dissuadé les gens de boire.

B-G: Et sujet un peu tabou, quid de la drogue qui fait partie intégrante de la vie de la nuit partout dans le monde?

D.C: Bali a sans doute suffisamment souffert des bombes et des volcans, voilà pourquoi à mon avis la police a des consignes pour ne pas effrayer les touristes, elle se fait discrète mais il y a parfois des descentes. Jamais à Bali on ne verra comme à Ibiza les gens faire la queue devant les toilettes pour “tirer un trait”. Tout le monde sait que l’Indonésie punit de la peine de mort les trafiquants de drogue et pourtant il y a une grande production d’ecstazy et de métamphétamine dans le pays, ça circule, c’est sûr.

B-G: L’autre facteur, c’est la beauté de Bali, ça entre en compte ou pas pour des gens qui vivent la nuit?

D.C: Bien sûr. On n’est pas comme à Berlin dans des usines à fêtes où les lendemains sont glauques, il y a un côté chic et luxe ici qui a trouvé une vraie clientèle. Ce sont souvent d’ailleurs des expats qui viennent des grandes capitales et villes alentour, Singapour, Hong Kong, Kuala Lumpur et Jakarta. Ils regardent le programme du week-end et prennent l’avion le vendredi soir pour venir faire la fête et passer un week-end inoubliable.  Les lendemains de fête à Bali, on a l’embarras du choix qu’offre cette station balnéaire unique en Asie du Sud-Est, on s’offre des massages dans des villas de luxe, on va se balader dans les rizières, on mange dans des restaurants gastronomiques, on se prélasse dans des beach clubs qui ont coûté des millions de dollars…

B-G: Qui a vraiment été précurseur de la nuit balinaise et de ce côté chic?

D.C: Sans se tromper, je crois qu’on peut dire que c’est celui qu’on appelle pak Kadek, l’homme le plus riche de l’île. Il est le fondateur du premier club, le Double Six et quelques années plus tard du Ku De Ta, le premier beach club chic de l’île. Il a aussi fondé Bacio, Syndicate, Engine Room, Cocoon. A présent, il a racheté aussi la concurrence Old Man’s, Jungle, il est encore très influent.

B-G: Mais depuis, on raconte que des groupes internationaux ont pris le relais et véritablement investi des fortunes dans des clubs et beach clubs très luxueux…

D.C: Oui, c’est vrai. Omnia sur le Bukit est à l’initiative d’un groupe de Las Vegas ; Cafe Del Mar est une franchise espagnole d’Ibiza,  c’est tellement grand qu’une soirée dernièrement qui avait réuni 1500 personnes donnait l’impression d’avoir été ratée ; derrière ShiShi il y a des fonds étrangers en particulier du Canada ; Finn’s a été fondé par un Australien ; Vault est à l’initiative d’un groupe de production d’huile de palme indonésien ; Potato Head et Mirror se sont montés avec des fonds de Jakarta. Ces clubs et ces beach clubs sont ce qui se fait de mieux dans le monde. ShiShi qui vient d’ouvrir sur Petitenget est d’un luxe inouï avec des moyens techniques hors normes. Et bien sûr, dans ces endroits très beaux, on a une belle clientèle de filles super sexy et de beaux gosses surfers, tout contribue à alimenter la machine à faire de belles images sur Instagram.

B-G: On imagine que la programmation va de pair avec ces endroits qui ont coûté des millions de dollars en investissement? 

D.C: En général les grands DJs internationaux, ceux qui prennent 100.000 dollars la soirée, se produisent à Singapour et Hong Kong mais on les voit de plus en plus ici, surtout à Omnia. Le 10 mars, alors que le monde entier commençait sérieusement à flipper à cause du coronavirus, il y a eu un concert de Black Coffee qui a rassemblé des milliers de gens à Omnia. En avril étaient programmés les stars mondiales que sont Martin Garrix, Roger Sanchez, Carl Cox, Tyga. Ces stars font de plus en plus un crochet par Bali même s’ils gagnent moins ici, les clubs leur offrent quelques nuits dans une villa de rêve perchée sur la falaise à Karma Kandara ou dans un autre hôtel, Bali fait vraiment partie de leur tournée, c’était encore impensable il y a quelques années. Il n’y a plus un seul week-end sans deux ou trois grands noms en tête d’affiche. Et ça coûte à Bali plus cher qu’en Europe, en général ici autour de 80 euros alors qu’en France, c’est plutôt 50. Lors de ces concerts, on peut louer une cabana avec ses amis entre 25 et 50 millions de roupies, et ça trouve preneur!  Comme les goûts sont bien plus uniformisés que dans ma jeunesse, tout le monde se rue sur ces stars, y compris les surfers de Canggu qui vivent dans des hostels à 150.000 la nuit mais ne ratent aucun concert.

B-G: C’est ça aussi la caractéristique de Bali, la mixité sociale dans les clubs?

D.C: oui bien sûr. Ce n’est pas compartimenté comme en Europe. Ici, tout le monde se mélange, les jeunes et les vieux, les friqués et les autres, les hétéros et les gays, c’est ce qui donne en fait ce côté branché, c’est le mélange. Et de toutes façons, il reste une offre très variée à Bali. Par exemple le Sand Bar à Canggu à côté du Old Man’s  rassemble tous les soirs plus de 1000 jeunes sur la plage, la programmation musicale est plutôt nase mais c’est simple et bon enfant, ambiance paillote à l’ancienne.

B-G: Parle-nous à présent de la qualité musicale de cette musique électronique.

D.C: Au début, au Double Six ou au De Ja Vu, il y avait beaucoup de DJs qui étaient des gosses de riches de Jakarta, ils venaient avec leurs potes et c’est eux qui consommaient et faisaient le chiffre, la qualité musicale importait peu. Et puis après, il y a eu les premières boîtes occidentales telles que Living Room et Mint qui ont révolutionné la night avec quelque chose de beaucoup plus intéressant. Ensuite le collectif Re-Set s’est monté, il avait carrément pour objectif de de faire venir la musique électronique underground à Bali et c’était plutôt réussi. A présent, on peut dire que toutes les tendances sont représentées à Bali, il y en a vraiment pour tous les goûts, et c’est toute la chance qu’on a grâce au mélange de population, de bons DJ locaux et aussi des étrangers installés ici, y compris des Russes qui font la night par exemple à Jungle, c’est très bon.

B-G: Et toi, est-ce que cette activité de DJ t’occupe à plein temps?

D.C: oui, depuis 2 à 3 ans, c’est mon activité principale. Moi qui n’avais presque jamais mis les pieds en boîte en France, je n’étais pas du tout fêtard, je le suis devenu sur le tard, et des gens de mon entourage qui en avaient perdu l’habitude, ont repris goût à la fête en venant à Bali. Le taf commence parfois à 17h pour le sunset et ensuite, j’aime quand ça s’enchaine, 10-12, 1-3, parfois 5 à 7 heures du matin. Le plus dur pour moi, c’est quand je dois me lever en plein milieu de la nuit pour aller mixer à 3 heures. Je ressens cette période de Bali comme un véritable âge d’or. Jusqu’à mi-mars, le coronavirus n’avait pas du tout impacté la nuit balinaise. Venir à Bali sans faire la fête, c’est un peu comme aller à Paris sans rendre visite à la Tour Eiffel, la nuit occupe une grande place ici et pas seulement chez les étrangers et les touristes mais les Indonésiens eux aussi adorent faire la fête. De grands projets vont encore voir le jour, l’avocat Hotman Paris est en train de monter un énorme complexe à côté du Finn’s, Potato Head construit à Pererenan… The show must go on.

Propos recueillis par Socrate Georgiades

De Sky Garden à ShiShi, les succès d’un aventurier des nuits balinaises

6 questions au Canadien Sean McAloney, fondateur d’une des plus célèbres boîtes de Bali, le Sky Garden.

Dites-nous comment l’aventure du Sky Garden a commencé?

Nous avons ouvert sur une surface de 60 m² une petite sandwicherie en 2004 qui vendait aussi des jus. Et puis, nos copains ont commencé à venir et on se réunissait sur notre toit terrasse en y grimpant avec une échelle. Il y avait une bonne brise et c’était agréable de se retrouver sur ce toit alors on a ajouté un bar, un DJ… et voilà!

Comment le Skygarden est-il devenu véritablement une icône mondiale de la nuit?

Nous avons constamment évolué avec la croissance du marché. Notre but était de pouvoir satisfaire tous les goûts… tech-house, RnB, EDM, Rock’n  Roll et même un groupe irlandais. On a aussi proposé la boisson et la nourriture à volonté, et beaucoup de boissons gratuites. Mais ce qui a vraiment contribué à nous faire connaître du monde entier, ça a été notre association avec les meilleurs DJs mondiaux comme Steve Aoki, PVD, Afrojack, Marshmello, Pete Tong, Beefy Beats pour n’en citer que quelques-uns.

Quel a été le secret de votre succès?

Suivre la demande du marché… offrir à nos clients ce qu’ils voulaient et pas ce que nous avions décidé.

Qu’est-ce qui a évolué dans la vie de la nuit depuis que vous avez démarré il y a 15 ans?

Bien sûr, la scène de la musique électronique qui est devenue si importante ces dix dernières années mais ce qui a plus encore plus évolué, ce sont les attentes de nos clients. Chacun s’attend et mérite d’être traité comme un VIP.

Est-ce la raison pour laquelle vous avez créé ShiShi l’an dernier?

La vie nocturne à Bali est maintenant très diverse… Nous avons créé ShiShi parce que nous avons senti qu’il y avait une demande à Seminyak pour un lieu haut-de-gamme qui se concentrerait sur la qualité de la nourriture et des boissons à un prix raisonnable, un bon service, un club au design moderne et des DJ tech-house. Nous avons aussi mis de gros moyens sur l’air conditionné, un service de  valet pour les voitures, un service de sécurité entraîné par la police et le meilleur système son et images en LED possible.

Est-ce aussi facile pour un étranger que pour un local de réussir à Bali dans la vie de la nuit?

Une fois que vous avez compris la culture locale, à la fois des gens et des affaires, n’importe qui peut réussir si vous avez une idée dans l’air du temps et une belle ambition.

Propos recueillis par S.G

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