FAITES LE FESTIVAL, PAS LA GUERRE

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Dans la vallée de Baliem, en Papouasie près de la ville de Wamena, les autorités ont cherché depuis longtemps à pacifier les tribus qui se livraient régulièrement la guerre. En 1989, elles ont réussi à convaincre certains chefs de tribus de participer à un festival qui mettrait en valeur toute la puissance et la richesse de leur culture, c’est ainsi que le festival de la vallée de Baliem est né. Il se tiendra cette année du 7 au 9 août. Pour nous raconter cet événement hors du commun auquel elle a assisté l’an dernier, un grand témoin en la personne de la photographe-anthropologue Anouk Garcia qui a passé 10 ans à photographier les Indiens d’Amazonie au Brésil et qui vit à présent à Bali une grande partie de l’année.


Bali-Gazette : Anouk, pouvez-vous d’abord vous présenter à nos lecteurs ?
Anouk Garcia : J’ai été élevée en Afrique noire et après des études d’architecte paysagiste qui ne me satisfaisaient pas du tout, j’ai suivi un DEA d’anthropologie. Je suis rentrée assez naturellement dans le photo-reportage après mes premiers voyages au Brésil au contact des Indiens d’Amazonie. Je ne me suis pas contentée de les photographier, je les ai fait sortir de la forêt, participer à quelques rencontres en France et rencontrer des organisations internationales, ils ont fait passer des messages importants et ont pu par la suite développer leurs projets.

B-G : Qu’est-ce qui vous fascine tant pour ces peuples des origines comme vous les appelez ?
A.G : Ils ne font qu’un avec la nature. Ils ne vivent que dans une tradition orale, les vecteurs de leur connaissance sont les plantes qu’ils utilisent pour leur pharmacopée et les mythes qui vont autour. Ils ont un sens politique développé et une extraordinaire façon de parler à l’autre. La terre ne leur appartient pas, ils n’en ont que l’usufruit. Et puis le sens de la fête, ça c’est très important.

B-G : Vous avez retrouvé aussi tout cela chez les papous de la vallée de Baliem ?
A.G : Je n’ai passé que quelques jours avec eux, rien à voir avec mon long travail d’immersion en Amazonie. Mais ce sont des caractéristiques qui concernent tous les peuples des origines aux quatre coins de la Terre.

B-G : Vous n’avez pas craint que ce festival ressemble à un gentil événement folklorique pour touristes en mal de sensations ?
A.G : Oui, c’était ma crainte mais franchement, c’est un événement extraordinaire et haut en couleurs, très authentique. J’y ai débarqué à l’improviste, j’avais entendu l’annonce pour ce festival dans un avion de la Garuda en revenant de Timor. J’ai pris illico presto un billet pour Wamena. Les 4 hôtels sur place sont réservés 6 mois à l’avance, j’ai demandé à rencontrer le chef de village, on a souri en me disant qu’il n’y en avait pas mais j’ai pu loger chez une papoue avec qui j’ai sympathisé. Les tribus marchent jusqu’à 5 jours pour arriver au lieu de rassemblement, d’autres viennent en camion mais il y a très peu de routes là-bas, on n’y accède qu’en avion, l’endroit a été découvert dans les années 50. Chaque année, il y a entre 500 et 1000 papous qui participent à ce festival, bien plus que de touristes.

B-G : Comment se déroule le festival ? Qu’est-ce qu’on y voit ?
A.G : C’est un programme qui reprend tous les aspects de leur vie et de leur culture. Ils sont bien sûr parés de leurs plus beaux atours avec leurs plumes de casoar et d’oiseaux de paradis dans les cheveux, leurs koteka (étuis péniens), les défenses de porc sauvage dans le nez, les cauris (coquillages échangés avec les peuples côtiers) qui servent à la fois d’ornement et de monnaie, les femmes portent le noken (un sac noué ou tissé qui sert à la fois au transport des récoltes et des bébés mais aussi à couvrir leur corps).

B-G : Comment les tribus vivent-elles ce festival ?
A.G : Les tribus s’y préparent de longs mois à l’avance, elles ne sont pas du tout payées pour cela. C’est vraiment l’événement de l’année, c’est important pour elles de se réunir et de faire la fête ensemble, c’est là aussi que ça avance. Les chorégraphies sont incompréhensibles pour l’œil occidental mais le langage gestuel est très codifié, il y passe beaucoup d’informations pour les Papous.

B-G : Ce festival de la vallée de Baliem vous a rappelé le festival du chamanisme dans l’état de l’Acre en Amazonie brésilienne ?
A.G : Oui, c’est très similaire, j’y ai ressenti une grande vibration. Les gens des tribus sont là pour faire la fête et parler politique. Et non seulement pour ne plus être considérés comme de pauvres sauvages mais retrouver leur fierté perdue, s’exposer aux yeux du monde. Les Indiens d’Amazonie ont adopté les nouvelles technologies, appareil photo, banc de montage vidéo, réseaux sociaux, internet, ça leur a permis de s’affranchir de la tutelle des anthropologues et des photographes et de s’émanciper. J’ai même dû ouvrir un compte Facebook pour rester connectée avec mes chefs amérindiens. Les Papous quant à eux n’ont pas encore internet ni de banc montage mais ils ont des téléphones portables, ils prennent des photos et filment, c’est la première étape de leur émancipation.

Baliem Valley Festival 2018. Du 7 au 9 août. Wamena. Papua.
www.anoukbymoon.com
www.baliemfestival.com

Baliem Valley Resort
Cet hôtel a été monté en territoire Dani face au mont Trikora par un scientifique allemand amoureux de la Papouasie. Le restaurant abrite ses collections d’art Asmat, Yani et Dani rassemblées patiemment depuis 40 ans au fil de ses expéditions, il a même ouvert aussi un musée en Allemagne. Cet hôtel propose aussi une dizaine d’expéditions dont certaines guidées par le docteur Weiglein en personne, en particulier l’ascension de la pyramide de Carstensz.
www.dr-weiglein-expeditions.de

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