Une eau qui ne coule pas toujours de source

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Les Indonésiens appellent souvent leur pays “Tanah Air” : “nos terres, nos eaux”. Cette dimension aquatique a historiquement structuré le pays. 5700 rivières courent à travers ce territoire. Le taux d’humidité moyen se situe lui entre 75 et 100%. Et bien sûr, il y a Bali, où l’hindouisme qui y est pratiqué – Agama Tirta – est quant à lui appelé “la religion de l’eau”, avec une incroyable maîtrise du chemin de l’eau à travers le système d’irrigation subak. Vous voyez déjà où l’on veut en venir. Serions-nous sur les terres d’une eau omniprésente et providentielle ? Pas vraiment, puisque le pays connaît de graves problèmes d’accès à l’eau courante et de pollution des cours d’eau.
Nous vous proposons donc de vous plonger dans cette relation – essentielle car quotidienne- entre les hommes et l’eau en Indonésie… entre menace et bénédiction.

Dossier par Meryam El Yousfi, Jean-Baptiste Chauvin et Jeanne Dauthy

Des puits presque sans fond?

Souvenez-vous, en 2015, nous vous parlions du lancement du programme “Bali Water Protection” (BWP), sous la tutelle de la fondation IDEP et en coopération avec l’école polytechnique de Bali (PNB). L’idée était de créer des puits de rechargement pour sauver les nappes phréatiques de l’île. Florence Cattin co-fondatrice du projet annonçait dans nos colonnes: « c’est la méthode la moins chère et la plus rapide pour remplir la nappe phréatique de Bali. » 5 ans après nous avons donc voulu en savoir plus sur l’avancement du projet.

D’abord, rappelons que cette solution repose sur la captation des eaux de pluie et de mousson pour restaurer les nappes. Elle s’appuie sur des puits de remplissage par gravité, munis de filtres qui sont fabriqués à l’aide de sable et de gravier pour éliminer les matières solides (cf schéma). Ainsi, un puit d’un diamètre de 50cm permet le remplissage de la nappe pour une maison. Cette méthode a été choisie après de longues recherches et la constatation de résultats probants en Inde et au Japon.
Et c’est Dewie Anggraini Puteri – en charge de la communication et des levée des fonds chez BWP – qui nous dresse un premier bilan cinq ans après le démarrage : “nous sommes ravis d’avoir déjà pu construire 14 puits : 12 à Bali et 2 à Nusa Penida. Et nous avons d’ores et déjà les financements pour 10 nouveaux puits en 2020. Mais le chemin est encore long”. En effet, 13 zones stratégiques avaient été identifiées pour y implanter 134 puits.
“Rappelons que nous voulons servir de projet pilote pour inspirer d’autres individus ou organismes à construire ce type de puits”. Il faut encore 4 ou 5 ans pour mesurer de manière chiffrée et précise l’impact des puits existants mais l’équipe BWP a déjà relevé qu’ils ont permis de réduire les inondations. En effet, en plaçant des puits sur le chemin des caniveaux, on évite l’engorgement.

Et si l’avancée se fait à petits pas c’est parce que les obstacles sont nombreux. D’abord, lorsque le sol est trop sablonneux ou la roche trop dure, cela provoque alors le doublement ou triplement du prix du puit. 
Et puis, ce thème ne faisait pas partie des intérêts prioritaires des autorités locales. “Ça n’est qu’en 2019 qu ‘il a été reconnu officiellement que Bali connaissait des épisodes de sécheresse. Depuis quelques mois, il est question d’élaborer une nouvelle loi sur l’utilisation des eaux souterraines”, souligne Dewie. Et d’ajouter “nous ne recevons aucune aide financière du gouvernement, mais au moins, nous sommes conviés à prendre part à la table des pourparlers lors de réunions officielles.” 
Par ailleurs, le programme initial visait à former des personnes à la construction et la supervision de puits, mais ce volet n’a pu être mis en place, faute de moyen. “Il n’y a qu’une seule entreprise de construction à Bali qui dispose des bons outils pour faire ces puits, donc pour l’instant, les 12 puits existants ont été réalisé par cette société. Et ces outils coûtent chers donc nous ne pouvons pas encore les acquérir pour faire ce travail par nous-même”.
Enfin, n’oublions pas que Bali repose sur l’activité touristique, “comment est-il encore possible de découvrir des puits dans des villas et hôtels luxueux, avec piscine, ayant pignon sur rue et qui dépassent, et de loin, la profondeur réglementaire de forage? Ce sont des puits illégaux ! Qui laisse faire ?”.
Il y a alors un important déséquilibre dans l’utilisation des nappes. Comme le prouve ce témoignage des équipes de BWP qui lors de la saison sèche précédente, ont vu des villageois (dans le Nord de Bali) contraints d’emprunter de l’argent auprès de leur entourage pour s’acheter de l’eau. Qui sont donc les profiteurs de “guerre” ou de mer ?
L’eau est finalement gratuite, alors ça n’incite pas forcément les institutions à la protéger par des stratégies au long cours. Par ailleurs, dans les zones côtières (où les nappes aquifères continuent d’être surexploitées) se créent des brèches qui souffrent d’infiltration d’eau salée (sous la pression des océans), et c’est irréversible. L’IDEP a déjà identifié 13 zones à Bali concernées par ce problème. Et c’est là que les puits de rechargement pourraient permettre aux nappes de se régénérer. Mais d’autres acteurs, le voient comme une opportunité entrepreneuriale pour commercialiser des procédés de désalinisation.
Les programmes “Adoptez un puits, une rivière, de l’eau” permettent de lever des fonds pour préserver l’eau à Bali.
Pour contribuer au projet BWP :
http://www.idepfoundation.org/en/bwp/join-ourcampaign

Par Meryam El Yousfi



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