AMED, UNE DESTINATION POUR VOYAGEURS EN QUETE D‘AUTHENTIQUE

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Située dans l’est de Bali et dans une région assez déshéritée, Amed s’est considérablement développée ces dernières années. Ce village de pêcheurs pauvres a vu affluer des centres de plongée qui exploitent la beauté des récifs et la grande diversité du biotope. Mais le charme de cet endroit ne se limite pas à ses fonds, la proximité de l’Agung et un grand nombre de sites dans la région de Karangasem contribuent à enchanter les voyageurs en quête d’authenticité. Pour mieux comprendre l’attrait de ce village qui s’étend maintenant sur des kilomètres, nous sommes allés à la rencontre de quelques étrangers installés là-bas ainsi que des habitants qui nous ont raconté comment et si oui, le développement d’Amed leur avait bénéficié.

FABIEN SAEZ :
AMED EST EN PASSE DE DEVENIR
LE PREMIER CENTRE DE PLONGEE MONDIAL

Cet ancien parisien installé à Bali à plein temps depuis seulement 5 ans porte un regard très enthousiaste sur Amed et ses potentialités. « Quand j’ai découvert Amed la première fois en 2008, j’ai vraiment rêvé d’y vivre », nous déclare-t-il dans la salle de cours de son centre de plongée situé à l’entrée d’Amed. « Ce n’est pas seulement la beauté de ses fonds et la richesse de son biotope, mais aussi celles des éco-systèmes terrestres dans la région de Karangasem, on est vraiment ici dans quelque chose d’authentique et je crois que c’est à ça qu’Amed doit son développement ses dernières années. Quand les touristes arrivent dans le sud, ils sont surpris par l’urbanisation, ensuite ils continuent leur périple vers Ubud et sont un peu déçus par l’affluence et les maisons qui ont poussé comme des champignons partout dans les rizières. Quand ils arrivent à Amed, ils poussent presqu’un ouf de soulagement, et le premier mot qui leur vient à la bouche, c’est l’authenticité. Ensuite, ils continuent leur périple vers les Gili à Lombok, nous y sommes à présent reliés 2 fois par jour en haute saison par bateaux rapides, ça a beaucoup aidé à désenclaver Amed et à nous inscrire sur un circuit de visite de Bali assez classique. » Ce plongeur a été le premier à ouvrir un centre francophone à Amed, avec un concept assez original d’hébergement gratuit en dortoir, ce qui lui a d’ailleurs valu de se retrouver dans le Guide du Routard mais il accueille aussi des familles dans des villas privées en bord de mer « Nous avons de plus en plus de gens qui viennent se former aux métiers de dive master et instructeurs de plongée », nous précise-t-il. « Et on entre de plus en plus en concurrence avec  Koh Tao en Thailande qui dispose de 70 centres de plongée. Cette île thaïe est actuellement l’endroit au monde qui délivre le plus de certifications de plongée. Mais je ressens qu’Amed la supplantera dans un avenir proche même si nous n’avons encore que 35 centres plus les 15 que compte Tulamben. Non seulement nos fonds sont beaucoup plus beaux et plus riches mais tout est moins cher ici, et on peut s’échapper de temps pour aller visiter le water palace de Tirta Gangga, le temple de Lempuyang, le village de Tenganan et même pousser jusqu’à Ubud sans compter les magnifiques balades qu’on peut faire dans la nature. Et le sourire des Balinais occupe aussi une place de choix dans les charmes de l’endroit. La seule ombre au tableau, c’est parfois la pollution plastique, difficile d’y échapper en début de saison des pluies, mais on y va chacun de notre écot, tout le monde contribue au ramassage, c’est de notre gagne-pain dont il s’agit. »
Jusqu’il y a environ 3-4 ans, il y avait très peu de monde en basse saison à Amed. A présent, c’est beaucoup plus régulier. Et Fabien a même noté que les éructations et éruptions de l’Agung distant de 15km ont à peine effrayé les plongeurs en octobre et novembre : « Ici à Amed s’est vraiment développée une communauté internationale de plongeurs. On trouve énormément de Français mais aussi des européens tels que des Allemands, des Hollandais et aussi des Singapouriens et des Australiens. La nouveauté depuis quelques années, ce sont les classes moyennes de Thailande, du Vietnam, des Philippines qui économisent dur pendant un an pour s’offrir un séjour de plongée ici. Ce ne sont pas les meilleurs nageurs et on prend grand soin d’eux mais ça ouvre l’esprit à tout le monde de les côtoyer, et l’amour de l’océan nous rapproche.» A la tête de son centre PADI 5 étoiles qui emploie 6 locaux, Fabien observe avec attention le développement d’Amed et comment il profite astucieusement à la population locale. « Ici, il y a environ 1500 chambres chez l’habitant et encore aucun hôtel, et encore moins de chaîne internationale. Les habitants qui le peuvent empruntent à la banque locale en général 150 millions de roupies pour construire deux chambres et ça met plus que du beurre dans les épinards, c’est comme ça que la plupart des habitants sont sortis de la misère. En Thailande à l’opposé, j’ai noté que le tourisme ne profite pas autant aux petites gens. Et puis aussi nous avons beaucoup de pêcheurs, ils prennent soin des ressources et des fonds et vont même jusqu’à lutter contre les chalutiers chinois qui s’approchent. »
Bali Fab Dive Center. Tel. 0822-3709-2601 www.balifabdive.com

NI MADE SUKAWATI :
ON A CONSTRUIT 8 BUNGALOWS

« Nous vivons depuis toujours dans le village de Purwa Kerti qui est juste à l’entrée d’Amed. Jusqu’il y a 5 ans, nous étions paysans mais la terre n’est pas riche, alors nous ne cultivions que du maïs, des cacahuètes et des haricots. Et nous avons eu l’idée de construire un petit bungalow sur notre terrain, nous pouvions emprunter de l’argent parce que nous sommes propriétaires de la terre. Nous avons souscrit un emprunt à notre banque locale et au toko bangunan (magasin de matériaux de construction). Ca a tellement bien marché qu’au bout d’un an nous avions déjà remboursé, donc nous avons réemprunté pour en construire un deuxième. Nous en sommes à huit au bout de 5 ans et comptons en construire encore deux. A cette période de l’année, nous louons nos chambres entre 200 000 et 350 000rp/jour et 3,5 millions/mois. Et comme vous le pouvez constater, 7 bungalows sont pleins et la semaine prochaine, le huitième sera aussi occupé. Ce sont surtout des plongeurs qui restent ici assez longtemps, ils passent des diplômes. Nous trouvons nos clients par le bouche à oreilles principalement, ce sont aussi les centres de plongée qui nous les envoient et puis on est aussi sur Booking.com, ma mari a réussi à nous inscrire avec son téléphone. Maintenant, on a un ordinateur, c’est beaucoup plus pratique. Il n’y a plus que ma mère qui travaille dans le champ et tous ceux qui étaient partis travailler à Denpasar reviennent à présent, c’est ici qu’on gagne notre vie. »
Pondok Tirta Home Stay. Jl. Melasti, Amed. Tel. + 62 87 762 646 776

DAVID LORENZ:
MAINTENIR NOTRE COIN DE PARADIS

“Nous sommes venus pour la première fois à Bali en 1994 mais n’avons découvert Amed qu’en 2001. Quel contraste avec le sud de l’île à l’époque! Il y avait peu de choix de logement, on dormait dans la baie de Jemeluk à Bamboo Bali. On est rapidement tombé amoureux de l’endroit au point qu’on a acheté avec un vieil ami balinais un morceau de terrain sur la plage qu’on a laissé dormir pendant 8 ans. On a fini par y construire une villa deux chambres confortables avec une belle influence balinaise que nous avons commencée à louer quand nous étions en Australie. Mais en 2016, on a décidé d’ajouter 3 chambres parce qu’on se retrouvait souvent le bec dans l’eau, il n’y avait plus de place pour nous quand nous décidions de venir d’Australie. J’aime beaucoup la vie à Amed, le petit marché, les alentours avec les paysans et leurs buffles. Et avec le développement, on trouve maintenant de la nourriture occidentale et des bars pour se distraire. Bien sûr, la grande attraction d’Amed, c’est la plongée, pas seulement parce qu’il y a deux épaves et de très beaux fonds mais aussi parce qu’on y trouve des espèces endémiques. Notre préoccupation, c’est la pollution plastique mais il semble que les élèves des écoles font des ramassages réguliers et que les gens sont de plus en plus sensibilisés. Ca vaut le coup d’aller visiter la boutique Peduli Alam à Lipah pour voir toute la créativité développée pour le recyclage de ces plastiques. C’est de notre devoir à tous, Balinais et étrangers, que de maintenir notre coin de paradis, ce bel environnement qui permet à la population de vivre de mieux en mieux.”
amedbeachvilla@gmail.com

I NYOMAN LOLING :
LA VIE EST ENCORE DIFFICILE POUR
LES PECHEURS

« Nous sommes pêcheurs de père en fils depuis toujours et mes 5 frères le sont aussi. J’ai commencé tout petit avec mon père. A l’époque, on ne pouvait pas vendre les poissons, on les échangeait contre du riz et du maïs. Ca ne fait que 15 ans qu’on réussit à les vendre soit à des restaurants locaux d’Amed soit au marché d’Amlapura. Ce mois-ci, pour l’instant, je n’ai pêché que trois poissons. J’ai réussi à vendre un tenggiri (thazard rayé) de 5 kg 250 000rp. Pour nous les pêcheurs, la vie est encore difficile, pas de poisson, pas de revenu. Depuis septembre, à cause de l’Agung, il y a des mini tremblements de terre et les poissons y sont sensibles, ils ne mordent pas. Et puis nous sommes beaucoup de pêcheurs ici. Ceux qui s’en sortent le mieux, c’est ceux qui ont réussi à économiser environ 20 millions pour construire ensemble un jurung (NDLR dispositif de concentration de poisson, sorte de biotope artificiel sur lequel se fixent des algues qui vont attirer des poissons et qu’on utilise dans des endroits loin de la bande côtière), mais il faut des cordes très longues pour les fixer au fond de la mer. Bien sûr, on n’a pas le droit de s’en approcher pour y pêcher. Parfois, je promène des touristes en mer pour le coucher du soleil mais je ne suis pas très à l’aise pour leur demander de l’argent, ils me donnent ce qu’ils veulent, souvent 300 à 400 000rp. Je vois bien autour de moi que tous les habitants d’Amed construisent des petits losmen (chambres chez l’habitant) mais il faut pouvoir emprunter de l’argent. Et pour ça, il faut être propriétaire et nous pêcheurs, nous vivons sur la plage, nous ne possédons rien d’autre que nos jukung (bateau traditionnel). Peut-être que ma vie va s’améliorer quand je vais devenir prochainement capitaine pour un bateau qui emmènera les plongeurs à Tulamben, j’aurai des revenus plus réguliers. »
Kapten Nyoman : + 62 877 528 91 013

YORAM ZEKRI :
UN CHAMPION D’APNEE CREE UN VILLAGE DEDIE A SA PASSION

Fraichement débarqué fin 2015 en provenance de Sidney, Yoram Zekri a lancé dès juillet 2016 un projet assez novateur en plein cœur de Jemeluk, un lieu prisé d’Amed. « J’ai eu l’idée de créer un vrai village d’apnéistes », nous déclare-t-il. « Ca comprend des dortoirs, des bungalows, une piscine de 25m de long pour s’entrainer à l’apnée statique et dynamique, un restaurant bio et un yoga shala. » Le complexe est encore en cours de construction mais les actuelles installations en bambou sont élégantes et respirent la simplicité et l’innovation d’une discipline en pleine explosion. « L’apnée gagne du terrain partout dans le monde », renchérit ce Français de 42 ans né à Perpignan. « C’est bien plus qu’une discipline sportive et aquatique, ça ouvre un spectre géant en matière de gestion du stress, respiration et méditation. On obtient des résultats formidables avec les asthmatiques. En France actuellement, il y a plus de clubs d’apnée dans les piscines que de clubs avec bouteilles. Et la grande surprise de cette discipline, ce sont les Chinois qui comptent plusieurs champions et dont le marché est si important que je suis en train de recruter une instructrice chinoise qui va travailler dès juillet. »
Yoram Zekri est détenteur de plusieurs records de France et s’est approché de seulement 11m du record du monde de l’époque en descendant à 141m lors d’un entrainement en no limit (descente avec gueuse et remontée en ballon) en 2001. « J’ai eu le déclic à 13 ans en voyant le Grand Bleu et je suis devenu instructeur d’apnée dès 1997, nous n’étions que quelques-uns à l’époque. Mais ce n’est qu’en 2011, en Australie, que j’ai pu en vivre à plein temps. Et pourtant, les eaux australiennes ne s’y prêtent pas, nous ne pouvions nous entrainer que dans le port de Sydney, dans une eau turbide avec parfois la mauvaise surprise de se retrouver nez à nez avec des requins taureaux. » En quête d’une meilleure qualité de vie et avec la nostalgie de la vie sur les îles qu’il avait connue à Tahiti pendant de nombreuses années, il a donc mis le cap sur Amed avec sa famille : « il y a de bonnes conditions ici pour pratiquer l’apnée, des eaux transparentes et calmes, et notre bouée n’est qu’à 50 m du bord, c’est très pratique. Je travaille main dans la main avec les pêcheurs pour poser des bouées mais je n’enseigne pas la chasse sous-marine, je ne veux pas leur prendre leur gagne-pain. »
L’apnéiste se félicite de son choix d’avoir monté son projet à Amed : « le site de Panglao aux Philippines risque de concurrencer sérieusement Amed si nous ne gérons pas mieux la pollution plastique à certains moments de l’année. Mais pour le reste, Amed a un vrai potentiel pour développer cette activité : la vie n’est pas chère, Bali est très riche de sa culture, de sa beauté et du sourire de ses habitants et puis il y a le réservoir de clientèle en provenance d’Ubud déjà très tournée vers le yoga et la méditation, ce sont des disciplines en corrélation avec l’apnée. »
www.oceanprana.com

 

 

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