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Zappons la télévision !

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Paul est un enfant placide, voire affable. A trois ans, il aime jouer à la bagarre comme tout petit garçon qui se respecte, mais il est en général calme et serein. Un matin, je lui propose de travailler avec les barres numériques. Tandis qu’il est en train d’installer le matériel sur un tapis, je l’observe de loin. Lorsque toutes les barres sont rassemblées, il met un genou à terre, prend la barre qui mesure un mètre et l’épaule avec application. Il se saisit ensuite de la barre de vingt centimètres, la pose par-dessus, et ainsi muni d’un « bazooka » tout neuf, il ferme un œil, vise, et se met à dézinguer méthodiquement tous les enfants de la classe. Ce n’est que lorsqu’il décide que la maîtresse doit y passer aussi que, face à mon air interloqué, il s’arrête ! Fort heureusement, nous avons tous réchappé à ce carnage imaginaire. Ce n’est pas tant le jeu d’arme qui m’a prise au dépourvu. Cela fait longtemps que je connais le goût prononcé pour toutes armes à feu de mes chérubins ! C’est plutôt le savoir-faire, la précision des gestes de Paul qui m’a donné à réfléchir. Comment un enfant aussi jeune peut-il reproduire avec une telle précision ces gestes de guerre ? Ne jamais sous-estimer les talents de cette chère télévision, invitée récurrente de 98,5 % des foyers français, phénomène social de première ampleur !

Selon l’institut de sondage Mediamétrie, 35 % des enfants regardent la télévision tous les jours avant de partir à l’école et 60 % la regardent tous les jours en rentrant de l’école ou de la crèche, déjà aux environs de 16 heures, alors que les adultes ne s’installent en général devant l’écran qu’entre 18 h et 18 h 30. Ces chiffres sont alarmants dans la mesure où toutes les études menées sur la question s’accordent à prouver que l’exposition à la télévision dès l’âge de deux ans est lourde de conséquences pour les enfants et peut se solder par des difficultés de scolarisation et de mauvaises habitudes pour la santé. Elle encourage la passivité, retarde l’acquisition du langage, diminue les performances scolaires, la créativité et l’imagination, surexcite, provoque des troubles du sommeil et de la concentration… même lorsque les émissions proposées sont spécifiquement réalisées pour les enfants. Je pourrais presque écrire surtout si elles sont créées à l’intention des enfants. Il suffit de regarder un seul épisode de Ben Ten ou autres Ninjas pour s’en persuader. Le Goldorak des premiers mangas fait figure de vieux sage face à ces hordes de monstres belliqueux.

Même en bruit de fond, la télévision perturbe les capacités de l’enfant à jouer, à se concentrer et à apprendre. En effet, peu de situations de la vraie vie proposent les couleurs, les sons, les images captivantes qui se succèdent à l’allure folle de la télévision. Difficile alors pour l’enfant de penser à autre chose qu’à ce qui défile à l’écran.

A Bali, me direz-vous, la température clémente et les piscines privées nichées dans tous ces écrins de verdure devraient être des raisons plus que valables pour détourner nos enfants du totem télévisuel ! Je puis vous assurer que mes élèves « balinais » ne connaissent pas moins que mes anciens élèves parisiens leurs héros du petit écran. Ils les chérissent tant qu’ils les arborent jusque sur leurs chaussettes.

Une étude menée à Montréal sur 1314 enfants a démontré que, entre l’âge de deux et quatre ans, même une exposition marginale à la télévision retarde le développement. Selon Linda Pagani, auteure principale de cette étude, « chez les enfants d’âge préscolaire, nous avons découvert que chaque heure passée devant un écran de télévision correspond à une diminution future de l’intérêt en classe et de la réussite en maths, augmente le risque de victimisation par les camarades de classe, favorise la sédentarité et la consommation d’aliments mauvais pour la santé et, enfin, augmente l’indice de masse corporelle. » Alors que les chercheurs s’attendaient à ce que l’impact de l’exposition précoce à la télévision disparaisse avec l’âge, ils ont été consternés par la persistance des résultats négatifs. En termes de santé publique, ces résultats constituent un argument solide contre l’exposition excessive à la télévision pendant la petite enfance et devraient inciter les parents à plus de contrôle.

Donc, chers parents, pour des enfants plus calmes, sereins, intelligents et en bonne santé, éloignez-les des écrans de télévision lorsqu’ils sont petits.

Lidia Olivieri, éducatrice Montessori

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