ZABOU A NUSA PENIDA, DU STREET ART LOIN DE LA VILLE

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Zabou, la street-artiste française établie à Londres, travaille à créer des œuvres colorées et saisissantes avec peinture en bombe et acrylique. Présente à Bali au mois de septembre à l’invitation de l’Institut français d’Indonésie et de l’Alliance Française, notamment pour le festival de street art Tropica X Sea Walls dédiée à la protection des océans, nous l’avons rencontrée lors de cet événement à Nusa Penida pendant la réalisation de sa fresque murale.

Peux-tu nous expliquer comment tu as commencé dans le street art ?
J’ai commencé il y a plus de 6 ans un peu au hasard, en découvrant la scène street art graffiti de Londres. Je travaillais en parallèle en tant que graphiste, et il y a plus d’un an j’ai quitté mon poste pour me consacrer seulement au street art. Depuis j’ai beaucoup de projets à l’étranger, en Europe surtout, et parfois plus loin comme ici en Indonésie ! En général, quand je vais peindre quelque part ça peut être dans le cadre d’un festival, d’une demande particulière d’une ville, ou encore pour un atelier ou une demande d’un particulier. J’ai fait beaucoup de fresques à Londres, l’avantage d’être sur place.

En quoi consiste le festival Tropica X Sea Walls ? Que représente ta fresque ?
Tropica X Sea Walls, c’est un événement né à la fois d’une association qui milite pour la protection des océans et d’un festival de street art et graffiti balinais. Pendant une semaine, des artistes locaux et internationaux sont venus peindre sur des thèmes autour du réchauffement climatique, de la pollution et de la destruction de la faune et de la flore. C’est une association française, Coral Guardian, qui a suggéré de le faire sur l’île de Nusa Penida : ils y construisent une barrière de corail artificielle pour protéger et faire grandir de nouveaux coraux. Cette année les thèmes englobent entre autre la destruction du corail, le tourisme de masse, la pêche intensive, le plastique… Le but est de créer une mobilisation sur la destruction de l’environnement à Bali et en Indonésie en général. J’ai choisi la destruction du corail comme thème pour ma fresque. À cause du réchauffement climatique et des océans, les coraux subissent un phénomène de blanchissement et la plupart n’y survivent pas, c’est tout un écosystème qui se détruit sous nos yeux. Sur mon mur, on voit en partant de la droite des coraux colorés, plein de vie, sains, entourés de poissons. Au centre la présence de la plongeuse qui admire cette nature. Vers la gauche, le paysage se détériore : les coraux deviennent blancs, puis à l’extrémité ils sont morts. Autour d’eux, des déchets et du plastique flottent dans une mer sombre et triste. Je voulais vraiment montrer une progression dramatique.

Tes fresques sont toujours dans un cadre engagé comme Sea Walls ?
Non, le plus souvent, il n’y pas de thème, je réalise une peinture en harmonie avec le lieu, il faut que ça fasse sens. Mais j’avais déjà participé au festival Sea Walls à Chypre, j’y avais fait une sirène dans un sac plastique. J’aime les festivals engagés quand c’est en accord avec mes valeurs, c’est toujours un plaisir.

Qu’est-ce qui t’inspire pour ton art, comment gères-tu le lieu ?
Avant de faire ma peinture j’aime avoir la photo du mur pour voir l’espace et ses spécificités. Je veux jouer avec l’espace, s’il y a une porte ou des tuyaux par exemple je vais les intégrer à ma fresque. Je vais voir qu’est qui se passe autour et qu’est-ce qui raisonne, après j’adapte mon dessin. Je fais la plupart du temps des humains parce que je suis portraitiste. Les volumes d’un visage m’intéressent et j’aime représenter l’impact humain. Par exemple la plongeuse sur ma fresque à Penida, elle est au milieu des coraux. La personne qui regardera la peinture va se projeter dedans, s’identifier. Peindre des personnages connus j’aime ça aussi, pour la symbolique de ce qu’ils représentent. J’aime peindre des créateurs dans leur environnement, par exemple j’ai représenté Amy Whinehouse à Londres.

Les voyages dans ton travail, qu’est-ce qu’ils représentent ?
Peindre à l’étranger c’est un gros challenge, au début c’est dur et ça représente beaucoup de stress. Il faut s’adapter et prendre en compte un nouvel environnement. Pour ma fresque à Nusa Penida, j’ai mis 4 jours entiers, plus une journée de préparation pour le design et la couleur. J’avoue que c’était long sous cette chaleur, mais à la fin on est satisfait.
Les voyages m’inspirent pour les rencontres et les perspectives qu’ils apportent. J’ai eu la chance de venir à Bali en février avec un groupe d’artistes internationaux et indonésiens, on a fait 3 îles d’Indonésie dont Bali. C’était ma première fois dans ce pays et j’ai adoré. Revenir à Bali une deuxième fois cette année c’était une vraie chance. J’aime la culture, les gens, c’est un tout je crois. J’y reviendrai c’est sûr !

Propos recueillis par Victoria Gurtler

http://zabou.me/

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