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RRRRRRage, quand tu nous tiens !

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Qui ne s’est jamais étonné de l’énergie dégagée par un enfant en colère ? Cette réponse comportementale et physiologique, brève et intense, prend souvent de court les adultes que toute éruption volcanique de leur progéniture renvoie à leur impuissance. Parce que la rage et la colère sont des émotions difficiles à contrôler, notre système éducatif véhicule l’idée préconçue qu’elles sont mauvaises, honteuses, effrayantes et dangereuses, qu’il faut donc les réfréner à tout prix. Ceci est d’autant plus vrai à Bali, où tout emportement est perçu comme une grave atteinte à l’équilibre du monde et aux règles élémentaires de politesse. La colère est pourtant une réaction normale qui permet souvent de dénouer des tensions internes. Elle renseigne l’adulte sur le fait que l’enfant réagit à une situation problématique et qu’il faut l’aider à la régler. Ce qui est effrayant dans la colère des tout-petits, c’est la façon dont elle se manifeste et le fait qu’il en résulte des réponses agressives. Ce n’est donc pas la colère qu’il faut étouffer, mais le comportement agressif qu’il faut dévier en aidant les enfants à outrepasser leur agressivité instinctive grâce à d’autres vecteurs pour évacuer les tensions.

Aider l’enfant à nommer l’émotion ressentie et à exprimer sa frustration par des mots et non par des gestes est la toute première étape. Souvent, un simple « Je vois que tu es très en colère. » permet à l’enfant de commencer à se calmer. Il est entendu, il est compris et surtout, il peut mettre des mots sur ce flot d’émotions qui le submerge. L’enfant a souvent un langage et des capacités d’introspection limités. L’adulte doit donc l’aider à donner du sens à l’émotion ressentie, lui donner le vocabulaire nécessaire pour exprimer ce qui se passe à l’intérieur de lui et, ainsi l’aider à mettre des mots sur ses frustrations. Nous aussi, les adultes, lorsque nous sommes en colère, nous pouvons expliquer clairement nos émotions à nos enfants : « Je suis en colère, je ne suis pas content parce que… » D’une part, ça nous permet de prendre du recul au lieu de hurler ou de fesser, par ailleurs, parce que nous sommes des exemples pour nos enfants, nous leur donnons alors une vraie leçon de gestion de conflits.

Si l’enfant exprime intempestivement sa colère en frappant un autre enfant (ou l’adulte en charge), il est très important de l’aider à exprimer sa colère par des mots et non avec ses mains, ses pieds ou ses dents. Il est bon de clairement dire : « utilise tes mots, pas tes mains. » Si la colère est provoquée par une dispute, aider chaque enfant à exprimer ses émotions à tour de rôle est très utile. Souvent, cela suffit à calmer les deux enfants parce qu’ils ont pu s’exprimer et qu’ils ont été entendus. Si ça ne suffit pas à désamorcer le conflit, l’adulte peut alors les aider à trouver une solution ensemble.

Le dessin peut également être un outil qui va aider à poser des mots. Dans ma classe, il y a toujours des feuilles de papier, des crayons, des feutres et des pastels à disposition des enfants. Au fil de mes années d’enseignement, je me suis rendue compte que proposer à un enfant en colère de dessiner était souvent une bonne amorce de solution. Je le laisse tranquille tandis qu’il dessine mais j’observe de loin et note l’ordre d’utilisation des couleurs. Lorsque l’enfant vient me montrer son dessin terminé, je l’aide à exprimer ses émotions en lui posant des questions sur chaque couleur utilisée, dans l’ordre. Souvent une histoire cohérente émerge. Je répète toujours à l’enfant chaque phrase qu’il me dit, ainsi, non seulement il a pu exprimer son malaise, mais il peut l’entendre et comprendre que je l’ai entendu. Le dessin, avec la concentration et la coordination œil-main qu’il implique, et les mots enfin formulés suffisent généralement à calmer sa colère.

Il y a enfin ce que l’on appelle dans les classes Montessori, les leçons de « grâce et courtoisie ». Elles permettent aux enfants d’apprendre les règles qui régissent les rapports humains et donc d’entrer dans le code culturel. Avec un petit groupe d’enfants, on évoque les situations du quotidien. « Comment dit-on bonjour quand on arrive le matin ? », « comment demande-t-on ? »… Ces discussions ouvertes peuvent également évoquer des situations conflictuelles. « Imagine que Caroline t’arrache la balle des mains. Comment te sentirais-tu ? Que ferais-tu pour la récupérer ? Que pourrais-tu lui dire ? » A travers ces exercices, les enfants apprennent à utiliser les mots appropriés. « Je n’aime pas (émotion) quand tu prends ma balle (action). Je voudrais que tu me la rendes (action). Pourrais-tu s’il te plait me la rendre (action), ça me ferait plaisir (émotion). » Ces exercices de groupe peuvent être mis en place à la maison, avec une fratrie ou avec un petit groupe de copains. Ils permettent aux enfants de ne plus être centrés sur eux-mêmes, les rendent réceptifs à l’autre, aidant ainsi la construction du sentiment d’appartenance au groupe. Ils les font surtout entrer dans le code langagier.

Lidia Olivieri, éducatrice Montessori

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