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Le chasseur de trésors de Seminyak

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Patrick Nérhot a découvert l’Indonésie en 2000 lors d’un voyage préparatoire à une recherche de jonque chinoise coulée au large de Jakarta. Il travaille alors pour la COMEX, la célèbre société marseillaise de plongée d’Henri-Germain Delauze qui est très active en Indonésie dans le domaine des plates-formes pétrolières. Mais la passion première d’Henri-Germain Delauze, qui fut longtemps le rival du commandant Cousteau dans la recherche et l’expérimentation des techniques de plongée profonde, va pour l’archéologie et la recherche d’épaves historiques. A l’occasion de ce voyage, accompagné de Patrick et d’un archéologue, il crée la COMEXIndo, une filiale dont le but est la recherche d’épaves historiques dans les eaux territoriales indonésiennes.

L’équipe française trouve un accord avec les militaires indonésiens et les archéologues de Jakarta, obtient toutes les autorisations requises et commence les premières plongées sur le site. La jonque, qui repose à 34 mètres de fond, serait remplie de porcelaines chinoises de l’époque Ming. Les hommes découvrent tout d’abord une couche épaisse de vaisselle brisée en mille morceaux mais ne se découragent pas pour si peu. Quatre semaines de travail permettront de remonter quelques 17 000 pièces des profondeurs du passé. Une deuxième mission sur un autre site aura un résultat plus décevant. Les autorisations ayant tardé à venir, le secret s’est ébruité et il ne reste plus grande chose dans l’épave lorsque la COMEXIndo arrive sur place, reflétant ainsi les aléas innombrables du métier de chasseur de trésors.

Patrick Nérhot est né à Marvejols en Lozère, mais a passé toute son enfance en Bretagne. A l’age de 18 ans, il s’engage dans la marine. Une rencontre et son désir de voyager l’ont décidé. Nous sommes en 1968, la France est paralysée, le père de Patrick, imprimeur, vient d’être mis au chômage, et lui-même survit en faisant des petits boulots d’électricien. A l’armée, il passe les tests d’orientation et se tourne vers l’électronique, une technologie indispensable dans son métier de chercheurs d’épaves d’aujourd’hui. Il passe son bac à l’armée, décroche un DEUG puis une maîtrise en électronique et obtient un poste qui consiste à localiser les sous-marins avec un sonar sur un bâtiment de guerre. Mais Patrick Nérhot veut devenir plongeur, c’est sa passion d’enfance. L’ancien militaire se souvient qu’il bricolait des masques de plongée avec ses petits camarades et les expérimentait dans les rivières ou les bords de mer en Bretagne.

Il réussit par faire son stage de plongeur et prend part à « la guerre des mines » qui démarre en 1975, un vaste programme de désamorçage des engins de la 2e guerre mondiale qui pullulent sur les côtes françaises alors en plein boum touristique. Il précise qu’il n’était pas plongeur-démineur, seulement plongeur et que sa mission consistait à chercher les mines avec un sonar. Il finira néanmoins cette campagne en barrant le navire sur les champs de mines. Jusqu’en 1980, il vit à Brest, marié depuis 1971, il est père de trois enfants. Le Breton monte en grade, mais tient « à rester sous-of pour demeurer sur le terrain, où on est beaucoup plus libre », explique-t-il. Les démineurs français sont réputés et Patrick Nérhot sera envoyé en mission sur les côtes iraniennes, dans le Golfe Persique, après la guerre Iran-Irak mais aussi à Djibouti, en Mer Rouge, ou encore au Koweït après la 1ere guerre du Golfe, dans le cadre d’une mission internationale. « Désamorcer des mines n’est pas plus dangereux que de travailler à la mine », commente-t-il avec flegme.

Apres 28 ans de bons et loyaux services, et une fin de carrière qui le voit devenir responsable de la maintenance des bâtiments chasseurs de mines à Brest puis à Toulon, il quitte l’armée. Le retour à la vie sédentaire va mal se passer. Il se sépare de son épouse, puis travaille dans les vignes d’un ami des environs de Bandol pour s’occuper. C’est une période de flottement. Heureusement, le bureau de reclassement de l’armée lui obtient rapidement un poste à la COMEX, « les plus performants sur la place», note-t-il avec bonheur. C’est avec eux qu’il passe son permis de pilote de sous-marins, « un vieux rêve » indique-t-il. Sa première mission aura lieu à Monaco, pour remonter un avion dont les corps des occupants doivent faire l’objet d’une expertise. Il fera également partie de l’équipe qui cherchera vainement l’avion de Saint-Exupéry au large de Marseille, finalement trouvé par un plongeur amateur. D’autres expéditions l’emmèneront au large de l’Espagne, de l’Italie, du Portugal, de la Corse, en Manche pour une mission secrète commanditée par l’armée française ou encore au Yémen, jusqu’à l’Indonésie…

« Quitte à attendre le travail, autant l’attendre dans un pays agréable à vivre », explique-t-il. Patrick a d’abord vécu à Jakarta, où il a rencontré Merry, sa deuxième épouse dont il a divorcé depuis, ensuite à Batam, à Cirebon et enfin à Seminyak où il adore sa maison ouverte qui lui donne « l’impression de vivre dehors ». Aujourd’hui Patrick Nérhot travaille en free lance pour un ami anglais, patron de la SubSea Ressources, une boite spécialisée dans les épaves profondes dont la cargaison, cuivre, or, nickel, « est un véritable trésor et représente une fortune sur le marché actuel». Celui qui a quadrillé les eaux indonésiennes de Sumatra au Kalimantan, connaît une épave chinoise à pantai geger, au large de Nusa Dua, mais « il ne reste que des pièces brisées sans intérêt». Patrick n’a nullement l’intention d’arrêter d’exercer son métier-passion, dont la dimension archéologique ou historique ne le concerne que modérément. Authentique homme d’action, il n’apprécie rien tant que de « plonger avec un groupe de copains a la recherche d’épaves ». Et quand on lui demande s’il lui arrive de penser à la retraite, la réponse est claire, il va continuer à plonger « jusqu’à la chaise roulante ».

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