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Guerre à Gaza : la diplomatie indonesienne au banc d’essai

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Pendant tout le mois de janvier et l’offensive israélienne à Gaza, il fut impossible de circuler sur les artères principales de Jakarta sans apercevoir ces immenses bannières de soutien à la Palestine. Impossible également de s’arrêter à un feu rouge sans qu’un quelconque groupe ne vienne demander un soutien financier pour les « frères » palestiniens. Impossible enfin d’éviter les manifestations quasi quotidiennes ayant pour objectif de convaincre le gouvernement d’envoyer des troupes pour combattre Tsahal, l’armée israélienne.

Parmi toutes ces démarches, une des plus remarquées fut sans nul doute celle initiée par le Front de Défense de l’Islam (FPI), bien connu pour ses activités radicales à travers l’archipel. L’organisation islamiste a lancé une campagne nationale de recrutement de volontaires prêts à aller combattre aux côtés du Hamas. Les chiffres officiels (et invérifiables) font état de 8000 candidatures sur l’ensemble du pays. Parmi ces volontaires, un millier auraient été sélectionnés et auraient reçu un entraînement physique, mental et au maniement d’armes d’une semaine et n’attendent désormais plus que leur départ pour la Guerre Sainte. Maman Suryadi est un de ces volontaires au Jihad. Sa motivation est grande. « En tant que musulman, explique ce jeune père d’une trentaine d’années, je veux aller défendre mes frères palestiniens qui sont torturés. Parce que le Prophète nous a enseigné que si nous voyons un de nos frères musulmans torturé et que nous n’intervenons pas pour le défendre, alors nous ne sommes pas membre du peuple musulman. Ma motivation est donc, dès que possible, d’aller combattre l’armée israélienne ». Même détermination du côté de sa femme, Restu, qui se dit « très fière, mentalement et physiquement prête au départ de mon mari, de même que mes enfants. Si Dieu veut que mon mari suive ses commandements et se batte en son nom pour sa religion, alors je suis tout à fait prête. Et quiconque aide à défendre notre religion sera aidé par Dieu en retour. Je crois très fermement à cela ». Chez les voisins de Maman, comme dans la majorité des foyers musulmans indonésiens, très peu se montrent réticents à l’idée d’un envoi de combattants en Palestine.

Le peuple indonésien dans sa quasi-totalité soutient la Palestine. Cette pression populaire s’est ressentie sur le gouvernement. Et même si celui-ci est également pro-palestinien, l’Indonésie n’entretenant aucune relation diplomatique avec Israël, il a été contraint d’affirmer qu’il ne prévoyait en aucun cas d’envoyer des troupes à Gaza. Et bien lui en a probablement pris. D’une part, affronter Tsahal, l’une des armées les plus expérimentées et les plus équipées au monde, entraînerait probablement des pertes humaines importantes. D’autre part, de nombreux pays, notamment les Etats-Unis et ceux de l’Union Européenne, considèrent le Hamas comme une organisation terroriste. Combattre à ses côtés pourrait de fait être interprété comme un soutien à un groupe terroriste. Alors que l’Indonésie fait des efforts pour apparaître comme un grand de la scène diplomatique mondiale, cela aurait des conséquences irréversibles.

Néanmoins, la guerre israélo-palestinienne a montré les limites de l’archipel sur cette même scène internationale. Le Président Yudhoyono a tenté et failli dans sa quête de soutien à l’Assemblée Générale des Nations Unies. L’Indonésie s’est en effet battue sans succès pour faire adopter une résolution condamnant fortement Israël pour son offensive militaire sur Gaza. Désormais, en s’appuyant sur les liens naturels qui unissent le nouveau président américain Obama à l’Indonésie, il serait certainement plus judicieux que Jakarta accentue ses efforts diplomatiques vers les Etats-Unis. Parce que, qu’on le veuille ou non, les Américains sont les seuls qui peuvent faire pression sur Israël. Faute de résolution onusienne, l’Indonésie s’est employée à condamner sans relâche une attaque israélienne qu’elle considère disproportionnée. Et à apparaître comme un leader humanitaire du monde musulman. Le pays a ainsi envoyé un million de dollars à la Palestine, de même que 150 000 euros en aide médicale et plusieurs chirurgiens. C’est peu eu égard aux immenses pertes humaines et matérielles, mais l’effort devrait connaître une suite.

Et pour essayer de reprendre la main sur le terrain diplomatique mondial, le Président Yudhoyono a également rappelé qu’en cas de cessez-le-feu durable, son pays était volontaire pour envoyer une mission de maintien de la paix à Gaza. Les dirigeants de l’armée l’ont approuvé. L’Indonésie compte d’ailleurs déjà un contingent de plus de deux cents soldats au Liban dans le cadre d’une autre mission de maintien de la paix sous l’égide de l’ONU. Dans un conflit qui leur est cher, au nom de la solidarité musulmane, les Indonésiens dans leur ensemble ont apporté un soutien sans faille à la Palestine et exhorté leurs dirigeants à agir fermement. La communauté internationale, regroupée sous la bannière des Nations Unies, ne leur a apporté qu’un écho très mesuré. Le gouvernement indonésien s’est trouvé au centre de ces aspirations contradictoires, coincé entre la haine d’Israël à domicile et les contingences diplomatiques de l’ONU. Il donne l’impression de s’en être plutôt bien sorti, se montrant actif et volontaire sur tous les fronts, mais n’apparaissant cependant pas encore comme un acteur mondial décisif.

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