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Chasser le naturel

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Pour une jeune fille qui à 23 ans dirigeait déjà des missions d’expertise sur les plantations d’hévéas de la jungle de Sumatra, la vie de responsable d’édition est par définition plus tranquille. C’est pourtant maintenant qu’elle se dit épanouie. Avec la sortie et le succès de son guide, Anne Guyon réunit en une activité ses trois passions : écologie, développement durable et écriture. Bourreau de travail, incapable de vivre sans une multitude de projets en tête, cet ingénieur agronome de formation n’est pourtant pas du genre à faire de l’autosatisfaction. Femme de combat, elle a mis depuis toujours raison et efficacité au service de ses activités.

Son guide est géré par l’ONG Bhumi Kita et le propos n’est pas de « faire du fric » comme tient à le préciser l’ancienne étudiante « engagée à gauche », mais de valider les comportements nouveaux liés à l’écotourisme. L’ouvrage propose un système de cotations des endroits visités en fonction de critères liés au respect de l’environnement et des cultures. Elle n’a pas oublié les cours de la fac sur « les problèmes du développement » donnés par René Dumont, plus connu à l’époque comme candidat écolo aux élections présidentielles. Issue à St Etienne, d’un milieu aisé et cultivé, Anne Guyon affirme tenir de son père architecte «cette notion de faire utile ».

Jean-Marie Bompard, ethnobotaniste, Titiek Pratiwi, spécialiste des forêts, Godeliva Sari, sociologue et rédactrice à la défunte revue « Latitudes », sont le noyaux dur de cette équipe formée en 2003 à laquelle des experts sur Bali comme Jean Couteau ou Degung Sanktikarma ont apporté leur savoir. Anne se rappelle comment l’idée du guide est née lors d’un séjour à l’hôtel Gajah Mina. L’établissement, tenu par un ami qui partage les mêmes préoccupations éthiques, venait de recevoir une récompense de l’organisation hindouiste Tri Hita Karana pour son impact positif sur l’environnement, les gens et la culture de Bali. Malgré cela, les chambres étaient vides…

« Ca m’est venu comme ça », dit-elle en insistant sur le fait que « la demande pour un tourisme responsable existe aujourd’hui ». Ce guide est le premier du genre et Anne se veut plutôt optimiste sur les progrès en matière de respect de l’environnement et de développement durable ici à Bali. « C’est dans l’air du temps, des efforts sont faits, le guide est bien perçu par les locaux », affirme l’ancienne étudiante en biologie qui estime cependant qu’il faudra encore de la patience avant de pouvoir changer en profondeur les mentalités. Mais elle souligne qu’il a aussi fallu du temps pour que les Français évoluent et évoque nos mauvaises habitudes environnementales d’il y a vingt ou trente ans…

Du temps et aussi de l’argent, comme elle l’indique à propos du financement du guide qui a pu démarrer grâce à une subvention de l’Ambassade de France. Depuis, et grâce au fait que l’ouvrage est géré par une ONG, d’autres fonds en provenance notamment de l’Union européenne, ont été perçus par Anne et son équipe. Elle y voit un avantage par rapport au privé, habituellement tourmenté par les contraintes commerciales et aussi un gain en terme de crédibilité auprès du public.

Cette amoureuse de l’Indonésie n’a découvert Bali qu’en 1991, à l’occasion du mariage d’un ami balinais, ancien collègue sur des projets de développement de la Banque Mondiale. Une passion récente en somme et un paradoxe pour cette spécialiste de la culture malaise qui parle parfaitement le bahasa indonesia. Sa rencontre avec cette région du monde remonte en effet à 1986, lors de sa première mission d’expertise sur les plantations d’arbres à caoutchouc de la Malaisie.

Depuis, une foule de missions et de projets l’ont mené dans les coins reculés du pays. Mais c’est à Kerobokan qu’elle a vécu ces trois dernières années et, bien qu’actuellement à Paris pour la sortie du guide en français, elle compte à nouveau s’installer à Bali dès septembre prochain. D’autres Natural Guides sont en projet, la Thaïlande d’abord, mais aussi le Sri Lanka, le Laos, le Vietnam, Madagascar et une deuxième édition plus étoffée sur l’Indonésie, qui comprendra Lombok et Komodo. Enfin, en partenariat avec l’ONG Bali Fokus, elle travaille à la sortie du petit guide gratuit « Best practices of Bali ecotourism ». La lutte pour un tourisme nouveau et responsable ne fait que commencer.

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