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Changer de tête pour un ménage à trois

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Chi-bo a travaillé au Japon pendant trente-deux ans. Néanmoins, il quitte régulièrement la ville de Kamakura, située à quinze kilomètres de Tokyo, où il a ouvert son propre salon de coiffure. En effet, il aime passer des vacances en famille à Bali, un endroit qui lui rappelle son pays. Les rizières à perte de vue et la similarité entre sa propre confession bouddhiste et l’hindouisme le séduisent immédiatement. Il revient donc souvent sur l’île et l’idée germe en lui de venir exercer son métier de coiffeur ici. Puis, il y a maintenant huit ans, un événement vient véritablement pousser son projet à se concrétiser lorsque l’une de ses filles se marie avec un Balinais. En janvier 2013, il atterrit à Bali. Six mois plus tard, il ouvre son propre salon de coiffure sur la Jalan Mertanadi. Aujourd’hui, il est impossible de ne pas sourire en voyant la pancarte au dessus de la porte d’entrée affichant en grand : « Ménage à Trois ». Avec ses soixante ans passés, ce Japonais aime d’ailleurs en plaisanter. Après avoir ri de malice, il explique que son choix est en réalité une référence faite au salon de coiffure de Beverly Hills du même nom, dans lequel il a travaillé pendant plusieurs années lorsqu’il avait la vingtaine.

Lorsque celui-ci s’installe, il sait que même s’il n’y a que deux ou trois coiffeurs japonais déjà implantés, la concurrence dans le domaine de la coiffure demeure importante à Bali. Pourtant, seul dans son salon de 56m² qu’il a notamment obtenu grâce à l’aide du beau-père de sa fille, il confie continuer à travailler davantage par besoin d’occupation et par passion que par véritable nécessité de business. Il se distingue ainsi des entrepreneurs expatriés qui arrivent sur l’île chaque année avec la soif de succès. Cet homme en quête de tranquillité ne se lasse pas de voir défiler les clients dans son salon, il cherche seulement à éviter l’ancienne atmosphère trop stressante dans laquelle il a travaillé au Japon. Alors qu’il évoluait au sein d’un endroit trop bondé, chargé de gérer une équipe de seize personnes au quotidien, ici la musique est zen et de grandes tiges de bambou, plantées là en guise de décoration intérieure, invitent à la détente. On est certes loin des 10 000 roupies pour un coup de tondeuse et quelques coups de ciseaux effectués au coin de la rue, mais cet artiste du cheveu précise que ses prix restent tout à fait abordables. « Au Japon, se faire faire des mèches revient à 2,5 fois le prix que je pratique, et pour une coupe de cheveux, il faudrait même multiplier le tarif par quatre ! »

Aujourd’hui, en véritable passionné capillaire, il mise tout sur le bouche à oreille. Il a en effet décidé de ne pas faire de publicité et compte sur sa clientèle, en grande partie japonaise, pour lui amener ses prochains rendez-vous. Ceux qui mettent les pieds dans son salon sont en majorité des femmes. Pour cet artiste du cheveu, ce sont réellement les plus difficiles. Il confie d’ailleurs qu’au premier regard, il sait déjà si cela va être simple ou non. Il sait également selon l’allure de la personne quelle coupe lui siéra le mieux. Naturellement, il se doit d’être à l’écoute des attentes et des envies du client et de le conseiller afin de coiffer chacun en accord avec son style, sa forme de visage et sa texture de cheveu. A ce sujet, il souligne d’ailleurs de façon imagée la différence entre une chevelure japonaise et une chevelure occidentale. « Les cheveux japonais sont plus compliqués à coiffer que les cheveux occidentaux car les premiers sont de véritables fils de cotons, peu nombreux, alors que les seconds sont maniables comme de la soie ».

Au-delà de cette dissimilitude capillaire, il est intéressant de noter la différence de style et de technique employés selon la nationalité du coiffeur. Là encore, ce Japonais expérimenté dans le domaine aime illustrer ses propos à l’aide de métaphores. « Au Japon, on s’occupe de l’arbre. En Occident, on s’occupe de la forêt. Alors que dans mon pays l’importance est accordée aux détails, ailleurs on préfère s’intéresser au résultat final, qui se doit d’être le plus naturel possible. En effet, les Japonaises aiment que l’on observe du premier coup d’œil qu’elles sortent tout juste de chez le coiffeur, ce qui n’est pas le cas des Occidentales ». Cet ancien coiffeur de Berverly Hills connaît donc les deux façons de faire. Bien qu’il s’adapte aux désirs de chaque client, il avoue préférer pratiquer la technique occidentale, selon lui « plus libre et plus « fofolle » » et peut-être, qui sait, plus à l’image du nom de son salon de coiffure ?

Cet artiste du cheveu s’estime aujourd’hui satisfait. Il mène la vie paisible dont il a toujours rêvé, et il rencontre de nouvelles têtes tout en continuant de manier avec dextérité peigne, brosse et ciseaux au quotidien. Dans le futur, il envisage éventuellement d’embaucher du personnel balinais. Seulement, il pointe du doigt ce qui pour ce professionnel pose un problème à Bali. « Ici, il n’y a pas d’école de coiffure à proprement parler ! Si un jour je décide d’embaucher du personnel, il me faudra donc quelqu’un de confiance que je me chargerai de former en totalité. Ce n’est pas évident, et ce n’est donc pas d’actualité pour le moment ». Chi-Bo espère donc continuer vivre comme à présent pendant encore plusieurs années. « Je ne vois pas ce que je pourrais faire d’autre, la coiffure, c’est toute ma vie ».

Ménage à Trois –
Jl. Mertanadi n°53, Kerobokan, Kuta –
Tél. (0361) 7447 691

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