Anak : heureux comme un enfant de dix ans

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On ne présente plus la fondation Anak aux lecteurs de la Gazette de Bali, la première interview de sa fondatrice, la Française Christine Grosso, remonte à février 2006 et depuis nous avons tenu compte régulièrement des développements de cette association qui assure la scolarisation de plus de 200 enfants à Bali. Christine Grosso a depuis été honorée pour ses accomplissements dans le livre d’Anne Garrigue « French Entrepreneurs in the East » qui relate les initiatives entrepreneuriales de 40 français dans cette partie du monde. Rappelons toutefois le but d’Anak qui se présente comme une organisation culturelle : assurer la scolarisation d’enfants de familles démunies balinaises par des parrains européens qui, ainsi, financent les coûts mensuels de la scolarité et permettent l’attribution de bourses aux meilleurs. Rappelons enfin qu’il ne s’agit aucunement d’un orphelinat ni d’une école, les enfants qui bénéficient des parrainages continuent à vivre dans leur famille et vont à l’école publique.

Ce samedi matin 2 mars, nous arrivons enfin, après 3 heures de route, sur le terrain de foot de Pakisan où des tentes ont été installées par l’armée indonésienne pour héberger les enfants d’Anak qui, outre ceux du coin, viennent essentiellement des localités suivantes : Amed, Galungan, Sawan et Panji Anom. Il a plu depuis la veille, jour d’ouverture de la fête, rendant le terrain de sport particulièrement boueux et quelqu’un nous avertit d’emblée : « Oh la la, depuis hier, c’est Woodstock ! » Faisant écho à ces propos, un groupe de rock local commence à jouer sur la scène centrale devant les gamins assis sagement, chacun arborant avec fierté son t-shirt de la fondation. Le gros du budget de ce grand raout à l’indonésienne concerne les repas, eh oui, il faut servir 400 personnes à chaque fois ! En plus des enfants et du personnel de la fondation, il faut compter aussi une quarantaine de personnes venues d’Europe, une douzaine de parents et le staff des branches espagnole, française et suisse, ainsi que les amis.
La veille, 1er mars et jour de l’inauguration devant les représentants du kapubaten, du kecamatan, de la police et de l’armée, les enfants ont effectué des danses et des chants, donné leur témoignage au micro. Des rencontres émouvantes entre parrains et filleuls ont eu lieu, souvent pour la première fois. On a aussi découpé le gâteau anniversaire et les enfants étaient habillés en fonction des spécificités de leur région d’origine (par ex : les petits d’Amed en pêcheurs). Et puis, la pluie… Heureusement, ce deuxième jour se présente sous de meilleurs auspices et à part le fait que tout le monde a les pieds dans la boue, le soleil commence à darder de timides rayons. Au programme de cette deuxième journée, un atelier de sensibilisation à la protection de l’environnement. Charlotte Fredouille, de la fondation Peduli Alam (La Gazette de Bali n° 46 – mars 2009, n°77 – octobre 2001), est passée par là. Un mois après le début du projet de bennes à ordures, l’affichage sur la gestion des déchets pavoise les quatre coins du stade. Les ordures de Pakisan vont être données à une entreprise qui les enverra à Surabaya pour retraitement. Et les banjar se sont impliqués à fond, nous apprend-on…
Sur la scène, le spectacle continue, contes pour enfant avec Murti Bunanta, concours de poésie, d’écriture, comédie, théâtre, mimes… Un tricycle-librairie, don du Rotary Club, arpente le terrain. A l’intérieur, des livres pour enfants de qualité de l’association Kelompok Pencinta Bacaan Anak. Dans un coin, on se prépare pour l’atelier de confection d’huile vierge de coco, dans un autre, on s’apprête pour le spectacle du soir, dont des créations originales du président indonésien de l’association, Nyoman Sutapa. Cela va durer jusqu’à 23h00. Le lendemain, dimanche et dernier jour de cette fête anniversaire hors du commun, il y aura visite médicale, plantages d’arbres et de fleurs, sensibilisation aux dangers de la drogue et puis la très attendue kermesse avec ses courses en sac et autres réjouissances toujours appréciées des enfants. Et puis, la remise des prix après les différents concours et activités sportives, et puis des chants en groupes, et puis le nettoyage du terrain, et puis le renungan suci (prière de groupe), et puis… Eh oui, même les meilleures choses ont une fin, alors à quand le prochain anniversaire que la grande famille d’Anak soit à nouveau réunie au grand complet ?

Christophe Burckard, l’archétype du travailleur de l’humanitaire

Si certains ont bien le profil exact que requiert leur métier, cet Alsacien de 33 ans en est un exemple vivant. Cet ancien prof de math-physique-chimie de l’Ecole internationale française de Bali, ingénieur de formation, le dit tout net, ce qui l’intéresse « c’est de découvrir un mode de vie locale de l’intérieur. » Cela fera trois ans en août prochain qu’il travaille pour Anak en VSI (Volontariat de Solidarité Internationale). « C’est le service de coopération au développement à Lyon qui m’envoie et qui rembourse la fondation  », précise-t-il sur ce mode de fonctionnement qui ne peut durer plus de trois ans pour une même association. Mais avant d’en arriver là, Christophe Burckard a bourlingué : trois ans prof au Cameroun, un an à Bali avant d’apprendre l’indonésien à l’Université de Singaraja pendant une autre année, puis à nouveau un an prof aux Etats-Unis, un an précepteur en Thaïlande avant de prendre des vacances à Sumatra où il rencontre sa future épouse. En 2010, alors qu’il est déjà en contact avec Christine Grosso qu’il connait depuis une journée de présentation d’Anak à l’EIFB du temps où il y enseignait, l’accord de VSI est scellé et il peut commencer. Christophe Burckard planche alors sur la communication d’Anak, les documents de promotion, le site Internet, mais aussi sur la recherche de dons, notamment auprès des entreprises. « Les besoins financiers d’Anak augmentent avec le temps, plus précisément avec l’âge des parrainés. Il faut donc constamment améliorer la recherche de fonds  », explique-t-il. Enfin, dernier point essentiel de sa fonction, la coordination avec les structures européennes.

Ayu Dewi : du talent et pas d’argent

A la voir comme ça, on serait tenté de dire que Dewa Ayu Tiara Dewi a tout pour elle. Jeune, belle et talentueuse, que lui manque-t-il encore dans l’existence ? Fait-elle vraiment partie de ces enfants déshérités, comme on dit en français politiquement correct ? Ayu Dewi a effectivement tout pour elle, sauf des parents capables de payer ses études en Sciences de l’environnement à l’université de Denpasar. Ayu Dewi vient d’un milieu… modeste et bénéficie d’une bourse auprès d’Anak depuis l’an dernier seulement. Avant, elle a quand même réussi à finir son cycle secondaire à Pengosekan (Ubud), son village d’origine, et son talent particulier pour la danse lui a valu trois voyages à l’étranger. Grâce aux invitations d’universités du Japon, des Pays-Bas et des Etats-Unis, elle a eu la possibilité d’effectuer des séjours assez longs dans ces pays et d’y donner des représentations, ce qui lui a ouvert l’esprit. Sur l’art ? Sur la culture ? Non, sur l’environnement. « J’aime la nature et je voudrais que les gens se soucient des ordures. A Bali, la première des pollutions, c’est celle qui vient des foyers domestiques  », explique-t-elle d’un large sourire balinais. Ayu Dewi est enchantée par la méga fête des dix ans d’Anak, cela lui permet « de rencontrer des enfants de partout ». Il est vrai qu’elle est la seule représentante de la région d’Ubud, réputée pour sa richesse en raison de son histoire nobiliaire et de son exposition moderne au tourisme. Connait-elle ses parrains ? Non, ils ne sont jamais venus. Elle sait qu’ils sont français mais a du mal à se souvenir de leurs noms, ou peut-être tout simplement à les prononcer. « On communique par FaceBook régulièrement », dit-elle. A-t-elle un message aux lecteurs de la Gazette ? « Oui, l’urgence, c’est l’environnement. Go Green !  » Lance-t-elle en conclusion.

Murti Bunanta : rien ne vaut un bon livre

Cette dame à la chevelure argentée venue tout spécialement de Jakarta est une spécialiste de la littérature pour enfants. Elle est même la première indonésienne à avoir fait un doctorat dans cette spécialité. Elle-même auteure, elle a écrit une cinquantaine d’ouvrages pour enfants dont un guide sur la technique d’écriture spécifique à ce genre et un autre à destination des instituteurs. Elle a fondé en 1987 l’association KPBA (Kelompok Pecinta Bacaan Anak) qui a pour but de développer ce type de littérature en organisant des concours de poésies, d’histoires et de contes. Certains de ses livres ont été traduits au Japon, en Corée du Sud, en Mongolie, au Canada et aux Etats-Unis. Elle a déjà été invitée trois fois au Festival des écrivains et lecteurs d’Ubud. Murti Bunanta connait la fondation Anak depuis une rencontre à l’occasion d’un séminaire sur l’enfance qui s’est déroulé il y a un an. « Afin que les enfants apprécient la lecture, nous devons leur fournir des livres de qualité  », lance-t-elle. Présent sur le site de la fête, un magnifique tricycle motorisé flambant neuf transporte un kiosque à bouquins encore tous enveloppés. C’est un cadeau du Rotary Club par le biais de l’association de Murti Bunanta. Grâce à elle, dix de ces engins circulent déjà à Aceh, Jogjakarta, Maumere, Bantam et Bali. Depuis 1992 et tous les deux ans, KPBA organise un festival de contes à Jakarta auquel sont conviés des spécialistes de l’enfance du monde entier. Et en tant que présidente de la section indonésienne de l’IBBY (International Board on Books for Young People), elle animera du 23 au 26 mai prochain à Legian le 1er congrès régional Asie-Océanie de littérature pour enfants. Venez nombreux !

[www.inabby.com->www.inabby.com], [www.kbpa-murti.org->www.kbpa-murti.org]

Industra Ginting : le cœur sur la main pour les enfants de la nation

Ce jeune homme de 24 ans originaire de Berastagi (Sumatra-Nord) vient de passer sa première année à Bali au sein d’Anak en tant que coordinateur de terrain. Pour ce diplômé en langue française de l’université de Medan, l’envie, devrait-on dire le besoin, de faire du caritatif a commencé après le tsunami d’Aceh en 2004. « Il y avait toutes ces organisations françaises sur place. Cela m’a donné l’idée d’apprendre cette langue et de travailler pour une association humanitaire  », explique aujourd’hui ce jeune Indonésien au regard dense et à la répartie jamais prise en défaut. Lui-même d’origine très modeste, son père était tukang becak, il ne doit d’avoir fait des études qu’à ses grands frères. « Et comme je voulais utiliser mon français… J’ai trouvé cette offre d’emploi sur Internet et après un entretien par Skype, j’ai été embauché », ajoute-t-il. Son job consiste en plusieurs points qui vont d’assurer l’interface entre parrains et enfants, de surveiller le déroulement des programmes Anak dans les six villages, à traduire les courriers et « le plus important » dit-il, à aider à l’orientation scolaire des petits parrainés. Il rencontre leurs parents deux fois par an, il cherche aussi de nouveaux enfants à prendre en charge. « Le premier critère, c’est qu’ils soient pauvres, le second, qu’ils aient la motivation  », explique celui qui se fait appeler Istra et qui ajoute : « le soutien des parents, c’est le plus important après les financements d’Anak.  » Il explique ensuite qu’il sert de tampon entre deux cultures qui ont souvent du mal à communiquer. « Quand les parrains occidentaux viennent sur place rencontrer leur filleul, ils se mettent souvent à pleurer. Les enfants eux, restent froids et distants, conformément à nos critères culturels où on ne doit pas montrer ses sentiments ou ses émotions. Mon rôle est alors d’expliquer ces différences », détaille-t-il. Et Istra de conclure l’entretien… la larme à l’œil : « Je suis heureux qu’il existe cette association de gens venus d’ailleurs pour aider ici les enfants de la nation. »

Griselda Tarrès, restauratrice à Cadaquès, présidente de la branche espagnole d’Anak.

« Dès notre premier séjour à Bali, une belle histoire d’amour est née avec cette île, nous avons été impressionnés par le contraste entre la pauvreté de certains habitants et les richesses drainées par le tourisme. A notre retour en Espagne, nous avons cherché à faire quelque chose pour préserver la culture de cette île et sommes finalement tombés sur l’association Anak. Avec mon mari, nous avons décidé de parrainer un garçon.Dewa Putu Sukma a maintenant 18 ans, il veut devenir prof de biologie. Depuis trois ans, nous venons chaque année à Bali pour le rencontrer et payons chaque mois 500 000 Rp pour sa nourriture et ses études, ses parents sont divorcés et il est un peu livré à lui-même. Nous communiquons de temps en temps avec lui par l’intermédiaire de Facebook, c’est bien pratique. Il y a moins de 10 parrains et marraines en Espagne mais nous organisons du 7 avril au 7 mai une grande exposition pour rendre compte de l’anniversaire d’Anak et du travail de l’association afin de trouver aussi de nouveaux sponsors. »

Nelly Grosjean, naturopathe et aromathérapeute, chef d’entreprise

« J’ai rencontré la fondatrice d’Anak par l’intermédiaire d’une amie qui parrainait un enfant. Comme je parraine déjà des enfants à Haïti et en Birmanie, je lui ai emboîté le pas, j’ai d’abord commencé par un enfant et j’en suis maintenant rendue à 5 parrainages. Les comptes sont clairs à Anak, ce qui est donné va vraiment aux enfants, c’est d’ailleurs ouvert, j’ai participé plusieurs fois à la distribution à l’occasion de mes voyages d’affaires en Asie qui me font toujours faire un petit détour par Bali, deux à trois fois par an. Cet anniversaire a été une magnifique occasion aussi pour rencontrer les autres parrains et marraines, échanger sur nos expériences respectives et passer un peu de temps chez l’habitant, un beau moment. Je me demande quoi faire de plus pour Anak, j’offre déjà mes droits d’auteur et 2% du résultat net de mon entreprise. Je cherche à recruter de nouveaux parrains et à lever des fonds en Suisse, je me dis que pour le prix de deux cafés par mois compte tenu de la déduction fiscale, on pourrait faire beaucoup pour ce genre d’associations. Ce que je donne toujours comme conseil autour de moi, quand on ne veut pas s’engager à faire un don régulier, c’est de récupérer dans les avions des savons, des brosses à dent et des jeux pour les enfants, les hôtesses en donnent toujours volontiers pour les bonnes causes. »

Fabienne Morgaut, responsable division développement durable à Maisons du Monde

« Notre enseigne vend de l’ameublement et des accessoires de décoration sur le thème de l’artisanat des pays du monde, nous sommes implantés à travers 220 magasins en France et en Europe et exposons plus de
15 000 références. Notre responsable qualité a découvert Anak dès ses débuts et avait convaincu notre PDG de soutenir cette association, ce que nous faisons depuis 2004, en reversant un pourcentage sur la vente de nos produits en provenance de Bali, ce qu’on appelle dans le jargon du métier, un « produit partage ». Au fil du temps, on a structuré les 15 projets que nous soutenons dans le monde et dont fait partie l’association Anak à travers une division développement durable. On a besoin d’expliquer en interne le sens des actions que nous menons avec les associations Anak et SOS Villages d’enfants, nous le faisons depuis peu dans notre catalogue juniors à destination de nos clients. J’espère aussi que le fait d’exposer Anak dans notre catalogue permettra de faire de la promotion pour cette association sérieuse et de recueillir de nouveaux parrainages.
 »

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