Les chiens de Kintamani et la culture canine balinaise

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Les quantités de chiens errants qui traînent dans les rues de Bali est un cliché propre à l’île qu’il est difficile d’ignorer. L’état de ces animaux peut sembler choquant à ceux qui vouent un amour indéfectible à leur chien domestique, auquel ils prodiguent des soins que bien des être humains pourraient envier. L’attitude des gens vis-à-vis des bêtes varie de par le monde et dépend des croyances religieuses et des habitudes culturelles. Par exemple, la disparition d’un chien, écrasé par une voiture, n’est aucunement une tragédie ici alors que ce n’est pas le cas lorsqu’il s’agit d’un chat, et le combat de coqs est un spectacle sportif très prisé des Balinais, bien qu’officiellement interdit. La plupart de ces chiens des rues vivent à la dure et le nombre de chenils spécialisés dans leur protection en témoigne.


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l y a cependant un type de chien qui a un lien particulier avec l’île. Autour du cratère du mont Batur se situe la zone fraîche et montagneuse de Kintamani qui abrite le village de Sukawana, berceau du chien de Kintamani. Cet animal ressemble à un mélange de samoyède et de husky. Comme son proche cousin, le chien des rues de Bali, le chien de Kintamani mesure de 40 à 55 cm au garrot et pèse jusqu’à 15 kg, les males étant légèrement plus grands que les femelles. C’est une bête compacte, avec les oreilles dressées, des yeux marrons, et une queue empanachée en forme de faucille repliée sur son dos. Son pelage est plutôt long, de couleurs variables, le plus souvent uniformément blanc, noir ou beige mais certains spécimens présentent des couleurs mélangées.

Contrairement au chien errant de Bali, qui peut être difficile à apprivoiser, le chien de Kintamani est plus doux, mais suffisamment agressif pour devenir un bon chien de garde. Les chiens de Kintamani creusent des trous dans le sol pour mettre leur portée, un signe de leur ascendance sauvage. Certaines de ces bêtes vivaient en fait dans des
grottes et les éleveurs les gardent parfois encore dans des endroits sombres et froids afin d’améliorer la densité de leur fourrure. Ils sont de bons grimpeurs et se déplacent avec aisance le long des murs et sur les toits où on les surprend parfois en train de dormir.

L’ancêtre du chien de Kintamani est probablement venu avec les envahisseurs javanais du royaume de Majapahit au milieu du 14ème siècle ou bien avec les populations réfugiées civiles javanaises déplacées au 15ème siècle. Une légende prétend cependant qu’un marchand chinois du nom de Lee serait venu à Singaraja il y a 600 ans, amenant avec lui un chow-chow qu’il a fait se reproduire avec les chiens sauvages du cru. Il se serait ensuite établi à Kintamani où on trouve encore un temple chinois dans l’enceinte du Pura Ulun Danu Batur.

Quelle que soit sa véritable origine, de récentes études génétiques ont démontré que le kintamani est en fait une évolution récente des chiens sauvages balinais et, en tant qu’espèce « émergeante », il reste encore très proche génétiquement de ses cousins des rues. Des recherches suggèrent également que le lointain ancêtre du kintamani est parent des dingos d’Australie, des canidés qui accompagnaient les nomades en Asie pendant la préhistoire.

Pour les éleveurs, la couleur la plus convoitée pour un chien de Kintamani est blanc avec la pointe des oreilles abricot. Une robe noire ou marron est cependant acceptable. La race de Kintamani a été reconnue en Indonésie comme une espèce distincte en avril 2006 et se retrouve ainsi classée comme un spitz asiatique et autres espèces dérivées. Des efforts ont été entrepris aussi pour établir ce chien au sein de la Fédération Cynologique Internationale comme une espèce reconnue mondialement.

Les habitants de Kintamani réservent toutefois d’autres usages à cet animal. « Wudan », le dernier jour de « Kajeng Kliwon » dans le calendrier balinais est en effet considéré comme un jour propice à la consommation de chien. La viande d’un chien au pelage « belang bungkem », gueule noire et fourrure tirant vers le roux, est très prisée en raison de ses vertus soignantes. Un régime de viande de chien pendant cinq jours est en effet suffisant pour guérir quelqu’un de maux comme la malaria, le rhume, l’asthme et le mal au pied. Au naturel, les chiens de Kintamani mangent des fruits, comme l’ananas, et un régime de manioc cuit garantit une saveur toute particulière à leur chair. Ces chiens mangent aussi des avocats, ce qui les rend bien gras. Quand ils sont sacrifiés lors d’un important « Mecaru », la tête et le pelage sont utilisés dans le rituel et la viande est consommée. Les chiens sont également sacrifiés pour « pekarangan halaman », une cérémonie de purification de la maison. La gorge de l’animal est tranchée, son corps est drapé de blanc et son sang est aspergé dans l’enceinte domestique.

Alors, la prochaine fois que vous apercevrez un de ces chiens galeux et mal nourris des rues de Bali, vous vous souviendrez qu’il a un noble cousin bien plus appréciable qui vit quelque part dans les montagnes.

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