DES CHAMPS DE PETROLE AUX ILES DESERTES AVEC LE KUDANIL EXPLORER

PARTAGER SUR

A bord du Kudanil Explorer, entre une plongée et une excursion terrestre au milieu de la mer de Banda, rencontre et discussion avec le français Thibaud Epstein, l’un des deux fondateurs de ces croisières mêlant luxe et aventure dans l’est Indonésien.

Une petite présentation de vous et de votre parcours…
J’ai 38 ans et je suis né à Paris, j’ai vécu mes 21 premières années en France. Ensuite je suis parti faire mes études en Australie, d’abord un Bachelor of Arts parce qu’à l’origine, je voulais réaliser des documentaires… J’ai finalement continué avec un Master Business et Administration. J’ai commencé à travailler avec mon oncle Rémi Epstein, qui était basé à Singapour, il opérait avec des bateaux pétroliers, c’était un armateur. Ce changement de parcours n’est pas anodin, j’ai toujours été fasciné par la mer et les métiers de la navigation. Quand j’étais jeune avec mon père on était toujours sur un bateau dès qu’on le pouvait…

Ce métier correspondait à quoi exactement ?
Mon oncle a crée son entreprise en 1998 et il a commencé avec un premier bateau puis il a acheté le Kudanil explorer. On est resté comme ça 5/6 ans ensemble sur ce business model. Les bateaux opéraient en Indonésie et en Thaïlande où ils effectuaient des opérations d’entretien sur des champs d’exploration et de production pétrolière. La société s’est davantage développée en Indonésie, on a donc fini par abandonner la Thaïlande.

Puis il y a eu la fin du pétrole ?!?
Ce bateau a été acquis en 2006, mais le Kudanil Explorer existe depuis 1978, c’était un bateau qui assurait la sécurité sur les champs de pétrole, donc c’était toujours le dernier à partir. C’est un bateau très résistant et robuste, 50m de long, il pèse 1000 tonnes, il était là pour aider les autres : remorquer, éteindre des feux, etc. Le pétrole a crashé vers 2016, les contrats n’étaient plus intéressants, on a donc vendu un des deux bateaux et commencé à développer notre projet touristique. On s’est dit que l’âge d’or du pétrole était derrière nous et que le tourisme en Indonésie c’était devant. Au fond la gestion de la mer et du risque pour assurer la sécurité elle n’a pas changé, avant c’était la recherche de pétrole, à présent c’est de l’exploration pour faire de la plongée, du surf, et de la randonnée… Depuis qu’il l’avait acquis, mon oncle s’était toujours dit que ce bateau pourrait être une excellente plateforme pour en faire un vrai bateau d’expédition. Nous avions une société indonésienne qui possédait un bateau indonésien avec un fort potentiel, c’était le moment ou jamais.

Que pouvez-vous nous dire sur la rénovation du bateau, son déroulement…
La rénovation du Kudanil Explorer, entre la prise de décision et la fin des travaux, cela a pris 2 ans et demi, depuis 2016. L’architecte naval qui a conçu la partie structurelle est Simon Jupe, un britannique. Elle a été réalisée sous la direction de Bertrand d’Alençon un chef de projet français. Nous avons loué un chantier à Subic Bay aux Philippines et embauché jusqu’à 80 personnes qui y ont travaillé pendant 16 mois. Le design intérieur a été conçu par Alix Thomsen, une architecte d’intérieure française. Sa réalisation a été faite à Semarang (Java), qui est la capitale artisanale pour le bois, disposant du meilleur savoir-faire. Ainsi, une trentaine d’artisans ont passé plus de 10 mois à bord. Alix Thomsen n’est pas du tout une spécialiste du bateau mais de la décoration d’hôtels… Mais ce que nous voulions justement c’était un décor type boutique hôtel, il fallait donc être confronté à d’autres idées que celles que nous avions sur les intérieurs de bateaux. Pour le choix du thème de la décoration, on s’est centré sur quelque chose d’intemporel, à la fois moderne et old school, un peu hors du temps ! On voulait offrir le confort occidental avec pour sujet principal l’Indonésie sous tous ses horizons. Dans le bateau on trouve une collection d’objets tribaux Dayak, des sculptures de bois, de la décoration Asmat de Papouasie… les chutes de lit sont également des tissus traditionnels indonésien. Pour les chaises et des rideaux, nous avons travaillé avec la maison française de tissu Pierre Frey.

Quel est le projet que vous présentez aux voyageurs ?
L’idée c’est un bateau d’exploration et d’expédition. On a voulu donner un confort ultime comme dans un boutique hôtel, en voyageant dans des endroits intouchés. Aujourd’hui le problème c’est que les destinations se ressemblent trop entre elles. Ici c’est unique, et c’est accessible uniquement par bateau. Ca ne ressemble à rien d’autre, c’est complètement hors du temps. Le bateau est très confortable en raison de sa jauge, il est idéal pour ce type de voyage. On veut proposer des trajets qui s’écartent des zones connues ; notre perception du luxe c’est l’espace qu’on offre sur le bateau, et l’expérience qui l’accompagne.

Les trajets que vous proposez sont donc plutôt atypiques ?
Pendant la conversion du bateau, nous avons parcouru l’est de l’Indonésie avec des spécialistes. Ainsi le bateau personnel de mon oncle a parcouru quelques 15,000 milles nautiques en repérage. Maintenant, le Kudanil Explorer opère ici et nous connaissons assez bien l’Indonésie pour y avoir vécu et y avoir découvert une partie en navigant. Je pense qu’avec ses 17 000 îles, nous avons assez de paysages à découvrir pour rester dans cette zone… L’idée, c’est que les clients nous expliquent ce qu’ils souhaitent faire dès le premier contact et on crée alors un parcours personnalisé. On adaptera donc le parcours selon si les gens sont sportifs ou pas, surfers, plongeurs, marcheurs… Cela peut être des groupes mais aussi par couple à la cabine, avec cependant un thème particulier pour réunir les gens. On veut travailler avec des experts du milieu, et en ce moment nous écrivons des parcours avec Lawrence Blair et Bruce Carpenter, des grands spécialistes de l’exploration indonésienne. Nous voulons proposer des expéditions à thème pour des gens passionnés : si les clients veulent voir des volcans, des oiseaux, les fonds marins, des tribus ou encore découvrir les îles des épices… Il y aura des guides d’expédition, et des experts encadrant les activités. Actuellement nous écrivons donc 9 parcours, atypiques ou ayant quelque chose d’intéressant à découvrir, l’exploration reste la base de notre état d’esprit. Pour nous le luxe aujourd’hui, ce ne sont plus les palaces et les grands hôtels, mais c’est l’exploration et l’expérience unique.

Vous êtes quand même dépendants de la météo pour vos explorations ?
Oui bien sûr, le bateau suit les moussons, il reste là où il y a le moins de pluie. Donc de septembre jusqu’à novembre ce sont les Moluques, puis après la Papouasie jusqu’en février ou mars. On retourne autour de Bali et de Flores entre mars et septembre à peu près.

Parlez-nous de l’équipage ?
Au complet, ils sont une vingtaine. Les marins, ceux qui sont sur le pont et en salle de machine sont 8, certains travaillent avec nous depuis plus de vingt ans. Pour l’hôtellerie, nous avons recruté environ 12 personnes. Ensuite il y a les spécialistes, en fonction des activités, par exemple les moniteurs de plongées qui sont en général 2. Nous avons recruté deux serveuses de la Sumba Hospitality Fundation, qui donne une formation hôtelière aux adolescents défavorisés de Sumba. L’équipe est un grand melting pot indonésien, ils viennent de partout : Kalimantan, Bali, Java, les Moluques.

Quel serait pour vous les moyens de préserver les lieux paradisiaques que vous visitez, afin qu’ils puissent le rester ?
C’est vraiment une partie de notre business que nous sommes en train de développer… A Banda Neira nous souhaitons travailler avec les habitants pour lutter contre le plastique et préserver les fonds marins qui sont extraordinaires. L’idée serait de participer à une fondation sur l’éducation en ce qui concerne la collecte des ordures, leur traitement et leur recyclage. Plus concrètement, aujourd’hui, dans chaque village où nous sommes de passage nous donnons du riz, de l’eau, du lait. On va dans des endroits où les gens manque de beaucoup de chose donc on essaie d’aider ces communautés au maximum.

Propos recueillis par Victoria Gurtler

www.kudanil.com

PARTAGER SUR

PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE