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Vingt mille lieux sur la terre

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Rarement la passion de la route aura emmené quelqu’un aussi loin et aussi longtemps que Thierry Robinet. Pour ce Français fou d’Asie, qui a déjà près de quarante ans d’aventures aux quatre coins du globe derrière lui, la route est un mode de vie. Il affirme avec un sourire radieux qu’il a fait des « milliers de kilomètres à pieds » dans sa vie de baroudeur. Ses souvenirs sont innombrables et commencent en 1968, année symbole de toute une génération éprise de liberté. Thierry Robinet a quinze ans tout juste lorsqu’il quitte son Isère natale direction Katmandou avec 600 francs en poche et son pouce comme seul moyen de transport. Apres avoir effectué plein de petits boulots, de la Turquie à l’Iran, il a même été vendeur de tapis à Téhéran, il renoncera finalement à Peshawar (Pakistan), à l’entrée de la passe de Khayber, complètement fauché.

Entre chaque périple vers l’Asie, qu’il va renouveler tous les ans, il fait les vendanges et travaille sur des chantiers. Il finit donc par abandonner l’école, mais cette passion précoce pour l’ailleurs ne l’empêchera pas d’obtenir un diplôme. En 1975, après six mois de formation, il passe un des tous premiers BTS de Tourisme. Cette nouvelle qualification mise en place par l’Education nationale était faite pour lui. Diplôme en poche, il n’a qu’une idée en tête, devenir guide pour des destinations encore inconnues. Il commence à travailler pour différents tours operators, puis rencontre le patron de Delta Voyages pour qui il va « ouvrir » des circuits en Asie : Birmanie (un de ces pays préférés), Népal, Philippines, Inde, Indonésie. Le tourisme d’aventure est né.

Ensuite, avec Terres d’Aventures, il monte des circuits à l’Ile de Nias, au Lac Toba, sur le fleuve Mahakam à Bornéo, en Irian Jaya (ex-Papoua), en Papouasie Nouvelle Guinée, mais aussi au Sri Lanka, en Inde et au Népal. Sur l’archipel de feu indonésien, Thierry Robinet s’est également découvert une passion pour les volcans. Il a monté des tours au Merapi, au Semeru, au Kawah Ijen et sur bien d’autres montagnes asiatiques avec l’agence Aventures et Volcans. C’est en 1977 qu’il foule le sol balinais pour la première fois. Il se souvient d’être alors « rester le cul sur la plage de Kuta » pendant plusieurs mois « à se baigner et à manger des bakso ». Avec son employeur de l’époque, ils construisent l’Ida Beach Hotel sur le front de mer de Kuta, pour loger leurs premiers clients. « On était tous des John pour les Balinais dans ce temps-là », se remémore-t-il amusé.

Sa connaissance incomparable du terrain en a fait un expert que les télévisions, les documentaristes et les scientifiques du monde entier s’arrachent. La liste de ses employeurs est impressionnante : France 2, Thalassa, Faut pas Rêver, En terre Inconnue, Ushuaia, CNN, la BBC, Canal Plus, La Cinquième, Planète. On y trouve aussi plusieurs agences de publicité, le dernier film de Marc Esposito tourné à Bali (cf. La Gazette de Bali n°14, juillet 2006), ou encore l’Institut des Sciences de Bogor. Paradoxe d’un homme qui a refusé la société de consommation et qui travaille aujourd’hui pour un de ses symboles les plus forts. Il y a une raison pour cela, que Thierry Robinet explique volontiers. Les moyens mis en œuvre par la télévision sont importants et lui permettent d’aller au bout de sa soif d’aventures. Il a collaboré a près d’une cinquantaine de sujets pour l’émission de TF1, et a également fait partie de l’équipe de « Opération Okawango », ce projet pharaonique qui a un temps succédé à Ushuaia.

Aujourd’hui installé à Canggu et père d’un petit garçon, il a monté avec son épouse balinaise la société Khatvanga, dont les articles de décoration et la ligne de vêtements ont pour but d’attirer l’attention sur les espèces animales en danger comme les fameux rhinocéros de Java ou les orangs-outans de Bornéo et Sumatra. Les produits sont vendus avec une lettre qui explique la nécessité absolue de préserver notre environnement. Thierry Robinet a longtemps cherché des ONG à associer à son projet en Indonésie. Malheureusement, ses démarches sont restées infructueuses et c’est finalement la fondation Ushuaia de son vieil ami Nicolas Hulot qui est associée au projet.

Notre homme n’en a cependant pas fini avec les voyages extrêmes. L’univers déroutant de la Papouasie, cette dernière frontière du 21e siècle, le fascine toujours autant qu’au premier jour. « J’ai toujours aimé aller où les autres n’allaient pas », assure-t-il. Il a découvert cette région en 1987 grâce à John Wolf, un célèbre trafiquant indonésien originaire de Manado, qui l’a conduit en pays asmat. Début d’une longue passion avec ces tribus mélanésiennes qui trouve son origine dans la lecture d’un compte-rendu d’une expédition française menée en 1960, « le Ciel et la Boue ». Il y a découvert un monde « régi par les missionnaires hollandais plutôt que par l’administration indonésienne », mais surtout un monde oublié du monde où certains guerriers mangent la cervelle de leurs ennemis « pour prendre leur force ». Thierry Robinet n’a depuis cessé de traverser ces contrées peuplées de tribus souvent cannibales et aux mœurs sexuelles étranges. Les Korowai, les Batu, les Kowoyap, les Una, les tribus qui vivent dans les arbres à 40 mètres de haut, celles qui vivent comme à l’âge de pierre, et enfin ces vallées, comme dans le film de Barbet Shroeder du même nom, où personne de l’extérieur n’a encore pu pénétrer, et où l’on peut voir des fumées s’élever de la forêt primaire…

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