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Un serpent dans la maison, les mentalités changent enfin!

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2012 a été une excellente année pour les serpents à Bali et j’ai été très occupé avec mes opérations de sauvetage. En début d’année, beaucoup de jeunes naissent alors que c’est encore la saison des pluies. Puis, alors que la saison sèche s’installe, un nombre important d’adultes a pu être répertorié sur toute l’île. Des gens qui avaient vécu sur l’île depuis des années sans avoir jamais vu un seul serpent en liberté en voyaient soudainement partout.

Les serpents sont des créatures avec des habitudes. Une fois qu’ils ont trouvé un endroit sombre, tranquille et sec où se reposer, ils y vivront pour vingt ans ou plus. Maintenant, voyons ce qui se passe au niveau de la topographie à Bali. Depuis une trentaine d’années, d’énormes portions de rizières et de terres agraires ont été converties en zones urbaines. Là où il y avait des terres cultivées il n’y a pas si longtemps se trouvent désormais des routes larges qui découpent le paysage. Beaucoup de rivières se sont asséchées et la plupart des forêts ont disparu. Ainsi les serpents, comme toute la vie sauvage, sont obligés de partir des sites où ils vivaient depuis si longtemps et chercher d’autres refuges.

Lorsque je reçois un coup de fil au sujet d’un gros serpent qui s’est introduit dans une maison, je demande aux locataires s’il n’y a pas un bâtiment ou un défrichage pas loin de chez eux. Invariablement, ils répondent non à la première question et oui à la seconde ! Les serpents adultes peuvent vivre heureux et invisibles pendant des années, très près des maisons des gens à condition qu’il reste des terres à l’état naturel à leur disposition. Une fois que cet espace a disparu et que leur habitat a été détruit, les serpents se mettent bien sûr à errer et, de plus en plus souvent, finissent par s’inviter chez quelqu’un. Egalement pour les jeunes qui viennent de naître et qui se répandent alentour afin de trouver un endroit pour vivre.
Et qu’est-ce qu’ils trouvent dans nos maisons ? De la nourriture en abondance, les bassins contiennent quantité de poissons et de grenouilles (ainsi que de l’eau potable), et aussi des tas de rats attirés par les ordures qui remplissent les caniveaux le long des rues. Et puis, il y a les entresols et parquets qui procurent de grands espaces où ils peuvent se cacher. Mal entretenus, les jardins où tout a poussé abondamment, avec leurs arbres, leurs buissons et leurs bambous, sont des havres pour ces animaux déplacés. Les tas de compost deviennent des nids où la chaude décomposition des matières végétales est idéale pour l’incubation et l’éclosion des œufs. En bref, avec notre mode de vie, nous les humains, créons des habitats de substitution pour les serpents et autres bêtes, exactement comme les gens font des « jardins de vie sauvage » en Europe. Mais soyons clair, les intérieurs sont aussi des endroits très hostiles pour eux. Le réflexe de la plupart des gens à Bali est encore de battre à mort les serpents et autres créatures à l’allure dangereuse avec ce qui leur tombe sous la main comme objet contondant. Ou ils appellent le jardinier ou le vigile pour le faire. Par conséquent, ces animaux ne souhaitent pas prendre pension bien longtemps et s’en vont ailleurs aussi rapidement que possible.

La peur des serpents est une terrible psychose pour certains et l’ironie veut que, pour la plupart, ils n’ont jamais vu, ni ne verront jamais, de serpents à l’état sauvage. Particulièrement en Occident, l’image du serpent comme une bête dangereuse, une créature malfaisante qui n’attend que de répandre son venin, est prépondérante. Plein de gens qui n’ont jamais visité les tropiques, s’imaginent Bali couvert de jungle dense et peuplé de toutes sortes de vilaines créatures qui menaceront de les mordre, piquer, empoisonner ou tout simplement les attaquer dès qu’ils mettront un pied hors de leur hôtel. D’où viennent ces images ? Des docus TV avec leurs présentations racoleuses de prédateurs-tueurs, de maladies horribles et de bêtes venimeuses qui font de ces contrées lointaines, tout particulièrement les tropiques, des environnements hostiles, des endroits de grand danger pour les visiteurs. Indiscutablement, les adultes qui regardent ces programmes passent leurs peurs et préjugés à leurs enfants.

Une femme m’a contacté du Canada récemment, disant qu’elle pensait venir en vacances à Bali mais qu’elle avait très peur des serpents et qu’elle avait entendu qu’il y en avait beaucoup à Bali. Elle m’a demandé s’il y en avait à Kuta et Ubud parce qu’elle comptait faire des marches par là et éventuellement même dans les rizières. Comme maintes fois auparavant, j’ai expliqué que oui, il y a des serpents à Bali (comme il y en a au Canada, en France, ou dans la plupart des pays du monde !) mais que la majorité des espèces n’est pas dangereuse et qu’il y a peu de risque qu’elle en voit un durant son séjour sur l’île.

J’ai rencontré un nombre conséquent de touristes et de résidents de longue date qui veulent des jardins luxuriants mais sans toute la vie sauvage. Une araignée dans une salle de bain peut mener à un changement d’hôtel. Un serpent dans la chambre à coucher est pour certains une raison suffisante de déménager ! Pour d’autres, même le coassement des grenouilles, le craquettement des grillons ou le cri nocturne des tokai suffisent à leur donner des nuits d’insomnie. « Y-a-t-il des produits chimiques qu’on peut vaporiser partout ou des pièges pour tuer tous ces intrus ?  » demandent-ils. En fait, c’est bien ce que certains hôtels essayent de faire pour apaiser leurs clients. Jardins et bâtiments sont pulvérisés avec des insecticides, les pelouses sont tondues et les piscines sérieusement passées au chlore. Malgré cela, la vie sauvage s’immisce ! La bonne nouvelle, c’est qu’en réalité, vraiment très peu d’étrangers se font mordre par des serpents à Bali et, dans l’éventualité d’une morsure, ils ont les moyens de payer les frais médicaux et y survivront probablement.

Je suis soulagé lorsqu’un nombre grandissant de personnes me disent que, même s’ils n’aiment pas les serpents, les araignées et autres créatures rampantes, ils se raisonnent en se disant que ces bêtes sont sans doute chez eux par erreur. Ils ne sont pas prêts à s’intéresser au cycle de vie de l’animal ou à ses habitudes de reproduction mais ils prennent le temps de s’informer sur la réalité de la menace qu’ils peuvent poser. Ils affirment qu’ils se sentiraient mal de juste la tuer et veulent savoir comment la bête peut être écartée sans être blessée. Je prends ce changement de comportement comme quelque chose de très gratifiant, la lumière de la raison peut vraiment illuminer ces zones d’ombre de nos vies. Je n’attends pas que la plupart des gens se mettent à aimer les serpents, ou même qu’ils s’y intéressent mais, ayant choisi de vivre dans ce paradis tropical, un petit peu de connaissances et d’auto-assistance suffiront largement à interagir de façon positive avec ces intrus à écailles !

Courriel à [rphlilley@yahoo.co.uk->rphlilley@yahoo.co.uk]
ou [ronlilley@lini.or.id ->ronlilley@lini.or.id ]
tél. 0813 3849 6700
Facebook « Ron Lilley’s Bali Snake Patrol »

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