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Un quatuor de choc pour sauver la culture

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La nécessité d’une telle action dans cette contrée de Bali part d’un constat simple. « La culture balinaise se meurt dans les régions qui ne bénéficient pas de l’intérêt des touristes », explique Made Sudani, la nouvelle directrice de Metropoli. Cette ONG espagnole, qui fait partie d’Intervida World Alliance (INWA), avait fait le même constat avant d’envoyer Andreina Agusti, une organisatrice d’événements culturels de Barcelone, ouvrir leur première branche à Bali. L’association, qui travaille déjà dans une vingtaine de pays du Sud, a pour but de revitaliser les pratiques culturelles et artistiques mourantes. Dès que ces structures sont ranimées, le responsable envoyé par Metropoli se retire et l’association continue, gérée par des cadres locaux.

Le modèle de fonctionnement de l’association Metropoli s’inspire des Maisons de la Culture que nous connaissons en France et dans la plupart des pays hispaniques. Si l’idée maîtresse est donc de créer un nouveau lieu d’expression artistique à destination des jeunes, la fondation estime également nécessaire, voire vital pour la viabilité du projet d’utiliser les endroits déjà existants. « Il faut absolument gérer tous ces projets de réactivation culturelle au sein des communautés », explique Andreina, qui a dû batailler ferme avec les banjar pour faire comprendre le but de son association. Outre le centre culturel et les lieux existants, Metropoli crée aussi des structures mobiles, comme par exemple des bibliothèques itinérantes qui passent dans les villages.

« Ranimer ce qui existe, comme le gamelan et les danses traditionnelles, mais aussi ajouter des programmes nouveaux, comme la poésie, la peinture murale ou un ciné-club, permet de potentialiser le monde culturel des enfants », explique encore Andreina. Cette Vénézuélienne de 30 ans, qui a vécu en France, n’était jamais allée en Asie avant d’accepter la proposition de Metropoli. En débarquant en février 2006, elle ne connaissait de Bali que les images d’Epinal genre surf et cocotiers. Inutile de dire que les débuts ont été difficiles. Etre parachutée seule et sans parler la langue, dans le hameau de Tanah Lengis où l’association a désormais établi ses quartiers, n’a pas été une sinécure. Elle raconte qu’à sa première rencontre avec le chef du village, celui-ci l’a menacée et lui a confisqué son passeport…

Soutenue psychologiquement par son mari qui l’a accompagnée les premiers mois, Andreina a donc lutté avec acharnement pour imposer le projet Metropoli dans cette belle région de Tirta Gangga. Heureusement pour elle, l’arrivée en mai dernier de Feybe I. Mokoginta, qui gère aujourd’hui la partie administrative de l’association, a facilité ses démarches. Cette Indonésienne originaire de Manado, diplômée de littérature et parfaitement francophone, avait l’expérience du terrain pour avoir travaillé à la fondation Anak (cf. La Gazette de Bali n°9, février 2006), implantée elle aussi dans l’est de Bali. Cette activiste expérimentée, qui a collaboré à l’association Esensi avant les dernières élections présidentielles pour la promotion des comportements démocratiques dans les villages, a apporté son savoir-faire dans la gestion d’une organisation qui n’a cessé de se développer. Près de 400 enfants assistent aujourd’hui aux cours dispensés par pas moins de 50 professeurs. Un résultat considérable si l’on considère que cette association n’a que neuf mois d’existence et n’a été inaugurée officiellement que le mois dernier.

Si l’ONG s’attache à sauver les cultures traditionnelles, elle apporte aussi aux enfants une ouverture sur le monde extérieur. Education civique et création contemporaine font partie du programme. Les profs eux-mêmes reçoivent une formation pour adapter leurs méthodes à la singularité de cette « Maison de la Culture » balinaise à la sauce Metropoli. « Il y a des cours tous les jours, les enfants inscrits doivent être assidus car il y a de la demande », explique Made Sudani qui se souvient d’un cours de danse où plus de cent enfants sont venus sans être inscrits… Pour cette Balinaise francophone, originaire de Sanur mais installée dans la région depuis sept ans, les programmes pédagogiques sont opérationnels. « Outre les cours permanents, comme la danse, la peinture, l’alphabet balinais, il existe des formations en cycle cours et des ateliers d’un jour », ajoute-t-elle.

C’est justement là qu’intervient Wayan Sunarta, dernier recruté de ces mousquetaires des cultures locales, en tant que coordinateur des programmes. Agé de 31 ans, cet ancien étudiant en anthropologie originaire de Denpasar, a comme Andreina cumulé les expériences d’organisateur d’événements culturels. Il est aussi un brillant écrivain, régulièrement publié, et très souvent récompensé en Indonésie. Seul non francophone du quatuor, il explique que « malheureusement, aujourd’hui, les jeunes balinais sont plus attirés par la télévision et les feuilletons que par leur propre culture ». Convaincu que la situation est alarmante, il affirme qu’il faut avant tout faire prendre conscience aux Balinais eux-mêmes que leur culture doit être sauvée.

A l’heure qu’il est, Andreina Agusti est déjà repartie à Barcelone retrouver son mari. Forte de cette première expérience dans le milieu des ONG, elle a pour l’instant renouer avec son travail d’animatrice culturelle dans l’effervescente capitale catalane. Reste en filigrane dans sa pensée l’envie de recommencer dans son propre pays, le Venezuela, un projet semblable de sauvetage culturel. Fidèle aux principes de Metropoli, qui s’engage puis se dégage pour passer le relais aux animateurs locaux, elle s’affirme aujourd’hui prête à tourner sa page balinaise, mission accomplie.

Pour contacter Metropoli : Made Sudani au 081 23 62 52 71 ou sur l’Internet à www.fundacionmetropoli.org

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