TOUS LES MATINS DU MONDE EN UN SEUL

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Le soleil se lève avec la même lenteur qu’il faut à ma conscience pour réaliser devant quoi je me trouve. Mon regard se perd sur l’étrangeté brumeuse d’un océan rayé d’orange. Derrière moi, mes amis dorment dans leur tente. Je suis seul face au silence de ce lieu. Les volcans qui m’entourent ont déjà vu mille fois le soleil se lever face à eux, mais ils continuent de préserver le mutisme qui l’enrobe comme quelque chose de sacré.


Les bruits du jour ne percent pas encore la brume, et déjà ceux de la nuit se sont tus. Je contemple ce qui m’entoure avec des yeux immenses. J’avais déjà vu des volcans, des océans, des lacs, mais jamais mon iris n’avait bercé d’un même mouvement les trois.
A ce moment précis, tous les matins du monde semblent se lever face à moi.

Nous sommes partis à moto la veille, très tôt dans la matinée. Nous avancions vers l’ombre de l’Agung sans trop savoir d’où commencerait notre trek de deux jours à travers la caldeira du Batur. Et au détour d’un virage, les trois pics ont surgi, le Batur, l’Abang et l’Agung, parfaitement alignés. Un trident de volcans comme une couronne sur le crâne de Bali. Nous nous sommes arrêtés et nous avons désigné le village de Songan, en contrebas, comme point de départ. Une dizaine de kilomètres après avoir garé nos motos, nous étions juchés sur la crête qui borde le lac et nous installions nos tentes pour la nuit.

La suite est un moment à part, hors du temps. La frénésie de la vie animale fait place aux longs souffles silencieux de la nuit.
Le brouillard nous enrobe aussi facilement qu’il nous découvre. Cette nuit-là, je ne rêve pas. Je ne dors d’ailleurs que très peu, le sol me rappelle le confort de mon lit, mais je ne me plains pas, car je sais que la nuit prochaine mon lit me rappellera les vertiges de celle-ci.
Sur le chemin du retour, nous décidons de changer de route et nous nous laissons glisser au pied de la crête, là où, contre le lac Batur paissent tranquillement quatre baraquements de pêcheurs.
Ils nous offrent un café – évidemment beaucoup trop sucré – et nous commençons à négocier le prix de la traversée sur leurs bateaux à moteur. Tout à l’heure, quand nous serons de l’autre côté du lac et que nous escaladerons le chemin qui mène à nos motos, la rudesse des paysages et des habitants de cette partie de l’île aura un goût changé. Elle se teindra d’authenticité, et nous de gratitude.

Route de Plaga jusqu’au Nord-Ouest de la Caldeira.
Parking au Kayupadi camping ground.

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