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Pythons des villes à Bali

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Samedi matin, 5h30, mon téléphone sonne et me tire d’un profond sommeil. Trébuchant dans la lumière de l’aube, je prends l’appel. Des expatriés se sont réveillés encore plus tôt et ont découvert un grand serpent dans leur salle de bain. Comment puis-je aider ? Leurs voix semblent frénétiques. Sans tasse de café et tartines, je me lance dans la longue descente vers le sud contre un soleil levant qui s’illumine. Heureusement, il est encore trop tôt pour qu’il y ait du trafic sur le bypass, mais les camions remplis de légumes et autres produits me ralentissent souvent.

Pour certaines raisons, beaucoup d’étrangers aiment vivre loin à la campagne, le long d’allées boueuses où même les deux-roues ont du mal à passer. Laissant ma voiture coincée sur un côté de la route pour permettre le passage, je galère à porter mon sac à dos et un autre, qui sert à transporter les outils dont j’ai besoin, le long du chemin glissant entre les rizières, et ce n’est qu’à 7h du matin pétantes que j’atteins enfin la maison. Une autre de ces grandes villas nouvelles, un cas classique du développement de Bali. La famille m’accueille en pyjamas et m’indique la salle de bain. Avec ma lampe-torche, j’ai vite trouvé le serpent indélicat retranché fermement derrière la cuvette, avec ses motifs caractéristiques bruns, noirs et blancs, croisés de lignes jaunes dorées.

Il m’a attaqué soudainement, tout en sifflant, alors que j’arrivais à lui attraper la tête et à le tirer vers moi, tout en faisant attention de ne pas me retrouver enserré dans ses anneaux puissants, alors qu’il essayait en vain de m’échapper. Heureusement, l’homme de la maison tenait bravement le sac que j’avais avec moi et j’ai pu y relâcher au fond, et sans danger pour moi, la bête qui se tordait dans tous les sens, toutefois pas avant qu’elle ne déféquât le contenu gluant de ses intestins sur moi. Les excréments de serpent ont une odeur vraiment caustique qui reste longtemps sur la peau et les vêtements, malgré les lavages. La famille soulagée m’a remercié chaleureusement, et a fait la queue pour les toilettes, toutefois après avoir attendu que j’aie fini le nettoyage des saletés au sol. Donc, après avoir bu une tasse de bienvenue de café bien fort et leur avoir donné quelques conseils pour avoir une maison sans serpent (je ne peux pas demander de paiement !), je suis rentré chez moi avec le python malodorant dans mon sac, sur la banquette arrière. Je sais que mon épouse sera tout sauf contente lorsqu’elle utilisera la voiture plus tard dans la journée… Et je lui suis éternellement reconnaissant pour sa tolérance, car elle a souffert de ces inconvénients bien trop souvent, après toutes ces années passées ensemble.

Deux jours plus tard, encore le matin, j’ai reçu un appel au sujet d’un serpent à Sanur. Celui-ci s’était réfugié derrière la machine à laver près de l’évier de la cuisine et était déterminé à ne pas être secouru tant qu’il n’aurait pas descellé la conduite d’évacuation d’eau du mur. Ces eaux usées puantes mélangées aux inévitables déjections de serpent annonçaient une nouvelle série de douches et de vêtements propres pour moi… Celui-ci était d’une bonne taille, atteignant probablement les 3,5m, avec une large excroissance au milieu de son corps. Comme la famille s’en doutait, il avait avalé leur chat favori. S’il n’avait pas été dérangé, il serait resté derrière la machine à laver pendant des semaines, digérant tranquillement son repas. J’ai tenté d’apaiser la famille, pleurant maintenant la perte de leur matou adoré, je leur ai donné encore plus de conseils pour avoir une maison sans serpent et, une fois de plus, je m’en retournais chez moi. Un autre jour, un autre python à problème secouru.

Ces histoires ont pour but d’illustrer un phénomène grandissant à Bali. Les pythons vivaient originellement dans la jungle épaisse de l’île, partageant avec les tigres, les léopards et autres prédateurs de grande taille les proies que sont cochons et daims, leur nourriture préférée quand ils ont dépassé les 4m de long. L’île a dû être un endroit merveilleux pour les espèces avant que l’homme n’entre en compétition avec eux pour l’espace vital. De nos jours, les forêts sont largement décimées et les grottes calcaires (où les serpents vivent et se nourrissent) sont détruites pour l’utilisation de la roche dans la construction. Seul et avec de la nourriture en quantité suffisante, un python peut vivre de 30 à 40 ans sans être vu une seule fois par un humain. Sans leur habitat naturel, ces serpents vont se rapprocher des habitations où ils vont trouver des rats, des poulets, des chèvres et toutes sortes d’animaux domestiques incluant lapins, chats et chiens. L’odeur des chiots et des chatons va les attirer de très loin. Ces six derniers mois, beaucoup des appels que j’ai reçus étaient en relation avec la disparition de chiots et de chatons nouveau-nés, quand ce n’était pas avec celles pures et simples de chiens ou chats adultes. Le message est donc simple : si votre bêbête s’apprête à accoucher, soyez sûr qu’elle le fasse dans un endroit inaccessible aux serpents !

Les fermiers détestent les pythons parce qu’ils sont des maraudeurs de poulailler et les attrapent pour vendre leur viande, leur peau et fabriquer des onguents d’huile magique. Il n’y a pas de ferme à serpents en Indonésie, donc je recommanderais à quiconque de ne pas acheter de produits liés aux serpents, de ne pas en manger ni d’en boire le sang ! Sur le long terme, ces animaux vont sûrement disparaitre du paysage et déjà, dans certains endroits, certains me disent qu’ils n’ont pas vu de python depuis longtemps. Une fois que ceux-ci et les autres aussi auront disparu, les pauvres fermiers vont perdre une part importante de leurs récoltes à cause d’une population de rats en plein boum qui, à la fin, se déplacera aussi vers les demeures de gens plus aisés, contaminant leurs provisions, disséminant des maladies et mâchant les câbles électriques. Nous avons la liberté de gérer ces problèmes avec intelligence, mais pas les serpents.

Certaines personnes me demandent pourquoi j’ai cet étrange, sale et quelquefois dangereux passetemps de secourir ces bêtes que la plupart des gens haïssent. Je peux simplement rétorquer que chaque animal secouru apporte de nouveaux défis, que ça me fait sortir de chez moi, que je rencontre des gens merveilleux et que ça fait du bien de réintroduire le serpent dans la nature loin des humains ! Chacun a besoin d’un endroit où vivre, où manger, où boire, et les pythons sont comme les autres. Je m’attends à ce que la plupart des serpents sauvages disparaissent, comme avant eux le tigre de Bali. Franchement, il y a des millions de chiens et chats, élevés et domestiqués tout spécialement pour le plaisir des gens (bien que nombre d’entre eux soient laissés à l’abandon à Bali) alors que le nombre de bêtes sauvages continue de décroitre de façon dramatique. En tant que défenseur de l’environnement, je crois qu’avec un peu d’éducation, les gens peuvent vivre en harmonie avec la nature sans peur et c’est pourquoi je considère qu’il est primordial de parler aux enfants dans les écoles. Comme je l’ai dit précédemment, les gens viennent ici pour trouver le paradis mais ne veulent pas accepter le fait qu’il y a toujours des serpents dans le Jardin d’Eden !

Pour toutes questions sur la vie naturelle en Indonésie, posez vos questions par courriel à
rphlilley@yahoo.co.uk, ou sur Facebook à
« Ron Lilley’s Bali Snake Patrol »

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