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ORANGS-OUTANS AU BOUT DE LA ROUTE

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« Sans ce projet de route baptisée Ladia Galaska, le rythme de disparition de l’orang-outan de Sumatra est déjà de 1000 par an », explique Inge Huijbrechts, la nouvelle directrice de l’association S.O.S, basée à Ubud. La cause, bien sûr, est la diminution continuelle de son habitat, pour des raisons qui vont de la déforestation illégale à la production d’huile de palme. Le monde entier raffole de cette huile de palme aujourd’hui et cela fait la richesse de certains dans les pays émergents comme l’Indonésie ou la Malaisie. Située à Aceh, la forêt de Leuser constitue le dernier écosystème de Sumatra, qui a vu sa jungle diminuer de 70% en 70 ans. Aujourd’hui, les derniers orangs-outans survivent sur seulement 6% de leur habitat d’origine. La forêt de Leuser (26 000 km2), qui abrite aussi les derniers rhinocéros, tigres, éléphants et quantité d’espèces animales et végétales, est l’un des derniers joyaux de la planète. Le réseau routier Ladia Galaska, qui découle des accords de paix entre les indépendantistes du GAM et Jakarta, devrait lui porter le coup de grâce. Le budget de construction de cette route est de 169 millions de dollars, soit un tiers du budget annuel de cette province régie par la charia. Sur le papier, la Ladia Galaska doit aider à relier les zones isolées de l’ouest aux centres économiques de la côte est. Hachée en 9 parties, la forêt de Leuser n’en sera que plus facile d’accès aux « barons » de la déforestation illégale, à laquelle prennent part de nombreux officiels et militaires. L’Université d’Indonésie a récemment décerné à Aceh la triste distinction de province la plus corrompue du pays. L’ancien gouverneur, condamné depuis pour corruption, n’avait pas hésité à affirmer ouvertement devant des journalistes être « en affaire » avec les trafiquants de bois et les producteurs de l’incontournable huile de palme.

Ce produit miracle est devenue l’huile végétale la plus prisée au monde. Elle est utilisée dans des centaines de produits de la vie quotidienne, de la margarine au rouge à lèvres en passant par le savon. Elle sert aussi à fabriquer ce « biocarburant » au nom si politiquement correct à priori qu’on ne saurait le mettre en doute. Sa popularité n’est menacée que par l’huile de soja, dont le premier producteur est le Brésil, l’autre grand dépositaire des forêts de la planète. Dans cette nouvelle quête de l’Eldorado que se livrent les pays tropicaux en voie de développement, l’Indonésie a un des taux les plus élevés de déforestation légale ou illégale. Deux millions d’hectares disparaissent chaque année et les feux non maîtrisés qui embrasent la région tous les ans sont essentiellement le fait des planteurs de palmiers, comme l’a reconnu le ministre indonésien de la Forêt en 2005. L’orang-outan de Sumatra en paye le prix. Il a été déclaré en « danger d’extinction » par les environnementalistes. Seuls trois des derniers groupes survivants sont génétiquement viables.

Dans cette lutte avec des intérêts privés et nationaux colossaux, S.O.S et les autres ONG impliquées dans la sauvegarde n’auront de poids que si elles sont soutenues et financées par les citoyens. Inge Huijbrechts, qui a pris la succession de la charismatique Lucy Wisdom, à la tête du bureau d’Ubud de S.O.S est prête à relever le pari de cette mission impossible. Car, si beaucoup d’orangs-outans meurent, d’autres, en nombre important, sont les victimes de différents trafics dans lesquels ils deviennent des animaux de compagnie, des boxeurs de foire ou même des prostitués. S.O.S a donc créé un centre de réhabilitation en 2002 dans lequel 90 animaux sont passés. Près de 80% des grands singes recueillis viennent de « possession privée », pourtant interdite par la loi. Les propriétaires sont très souvent des militaires, démontrant ainsi la toute puissance de l’armée dans ce dossier. La réintroduction en milieu naturel est pour l’instant une réussite à 100%. Apres une série de tests médicaux, les orangs-outans sont mis en quarantaine, de un mois à un an selon les cas. Ils intègrent ensuite de grandes cages, remplies de jouets pédagogiques, dans lesquelles ils vont réapprendre à grimper aux arbres, se nourrir et socialiser. Cette « rééducation » prend en général trois semaines, « une rapidité qui étonne tout le monde », commente Inge. Les bêtes sont ensuite relâchées dans une zone forestière du sud du Sumatra.

Sur place à Aceh, ici à Bali, mais aussi en Europe, différents types d’actions sont entrepris par S.O.S au niveau de l’information et de l’éducation. En collaboration avec la BBC et le peintre Jason Monet (cf. La Gazette de Bali n°11, avril 2006), S.O.S a produit un jeu baptisé Jungle Adventure Chase pour sensibiliser les écoliers britanniques sur les espèces en danger. Une camionnette appelée « Orang-U-van » circule dans les villages d’Aceh pour transmettre aux enfants la volonté de protéger le grand singe. Le Club des Amis des Orangs-outans, fort de 800 membres en Indonésie, fait de même dans toutes les écoles du pays. Mais la lutte pour la sauvegarde des orangs-outans nécessite un financement important. Afin de continuer à lever des fonds pour S.O.S, Inge Huijbrechts est en train d’organiser plusieurs événements exceptionnels, dont certains vont se dérouler en ce début d’année 2007 à Bali. Soyez nombreux à y participer, la survie du grand singe, dont 96% du capital génétique est identique à celui de l’homme, en dépend.

(Sources: Jungle Vine n°19 – mai 2006, « Stand up, be counted » par Lucy Wisdom -IslandLife, « The oil for ape scandal » par Helen Buckland – Friends of the Earth Trust)

Sumatran Orangutan Society: tél. (0361) 972 906, www.orangutang-sos.org, courriel à bali@orangutan-sos.org

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