ONLINEPAJAK : UN FRANÇAIS LÈVE L’IMPÔT 4.0 EN INDONÉSIE

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En Indonésie depuis 2011, Charles Guinot a transformé sa phobie administrative et la complexité du système fiscal indonésien (une quinzaine de taxes mensuelles différentes pour les entreprises) en business. Lancée en 2015, OnlinePajak compte aujourd’hui plus de 500 000 utilisateurs – dont certaines des plus grandes entreprises du pays – plus de 65 employés et a aidé à récolter plus de 3 milliards de dollars d’impôts en 2017. Rencontre avec un entrepreneur d’une économie numérique indonésienne qui révolutionne les services et à la croissance exponentielle…

Bali-Gazette : Pour ceux qui ne connaissent pas encore OnlinePajak, en quoi consistent ses activités ?
Charles Guinot : OnlinePajak est une application dont l’objectif est de faciliter la vie du contribuable indonésien, en lui permettant de préparer toutes ses déclarations d’impôts, de payer ses impôts et d’en obtenir l’officialisation en ligne. Le tout de manière simple et ergonomique, et évidemment en lien avec l’administration fiscale indonésienne. Notre mission principale est de travailler pour le contribuable de ce pays, pour éviter qu’il passe sa vie à remplir des papiers.

B-G : L’utilisation de la plateforme étant gratuite, quel est le modèle économique de OnlinePajak ?
C G : Nous appliquons un modèle « freemium ». On se sent un peu coupable de dire aux contribuables : « Vous allez nous payer pour payer vos impôts », donc l’utilisation de l’application est gratuite mais nous avons aussi en parallèle de nombreux services premium à destination des entreprises. Nous comptons parmi nos clients de très grosses entreprises comme Telkomsel, Astra, Garuda, Mandiri, Go-Jek ou Tokopedia et toutes ces sociétés ont besoin de services personnalisés premium que nous leur facturons.

B -G : Lancée en 2015, l’entreprise est-elle déjà profitable ?
C G : Non, nous ne sommes pas encore profitables. On fonctionne comme une startup, dans le sens ou nous sommes pour l’instant dans une phase de développement plus que de recherche de profitabilité. Mais l’horizon est clair : d’ici 2 ans et demi, nous serons profitables. C’est sûr.

B-G: Fin 2017, vous avez levé entre 3 et 5 millions de dollars avec un investisseur local (Alpha JWC Ventures) et le fonds américain Sequoia Capital. Qu’est-ce que cela permet d’envisager pour OnlinePajak ?
CG : Ces deux investisseurs nous apportent tout d’abord une expertise incroyable. L’expertise locale du côté d’Alpha et celle dans le « team building » pour Sequoia, qui a quand même investi dans Go-Jek, Tokopedia et Traveloka, des références. En ce qui concerne les fonds, en tant qu’ingénieur moi-même, tout notre argent est dépensé dans la recherche et le développement. Nous faisons très peu de marketing, mais nous essayons vraiment de raffiner le produit, de transformer la manière dont les gens abordent l’impôt et de réduire la notion de temps perdu pour une activité, les taxes, qui n’est quand même pas ce qu’il y a de plus important dans la vie d’une entreprise. Ensuite, il y aura d’autres levées de fonds dans le futur, et nous envisagerons d’ici un an au minimum d’étendre notre modèle à d’autres pays en développement.

B-G : Vous avez très récemment nommé Gita Wirjawan (ancien directeur du Bureau de coordination des investissements (BKPM) et ancien Ministre du Commerce) au conseil d’administration d’OnlinePajak. Quel est le raisonnement derrière cette nomination ?
C G : Nous souhaitons être une entreprise sociale. Certes, en tant qu’entreprise, il nous faut faire entrer de l’argent à la fin de la journée et la présence de nos deux investisseurs nous y aide. Mais d’un autre côté nous voulons aussi être utile et conserver certaines valeurs. C’est pourquoi, dans notre conseil d’administration, nous avons des personnalités qui souhaitent vraiment le développement de leur pays. La présence de Pak Gita répond à cette volonté.

B-G : L’économie numérique indonésienne pourrait peser 130 milliards de dollars en 2020, avec une croissance annuelle de 50%. Qu’est ce que cela vous inspire en tant qu’acteur de ce boom ?
C G : Pour moi, ce qu’on appelle la disruption numérique est une évidence. Je l’appelle de tous mes vœux. Et je suis un grand fan du e-commerce qui permet de gagner du temps, surtout en Indonésie. A la base, OnlinePajak a été créée parce que justement, je déteste perdre mon temps dans des taches qui me semblent inutiles. Quand je vois comment fonctionnent les banques partout dans le monde, je suis heureux d’observer l’émergence d’entreprises de fintech (technologies financières) qui veulent servir le client, pas servir la banque. Tout cela est amené à s’accélérer.

B-G : Cette économie numérique indonésienne est actuellement menée par 4 licornes (entreprises non cotées et valorisées à plus d’un milliard de dollars : Go-Jek, Tokopedia, Traveloka et Bukalapak) dont plusieurs sont d’ailleurs vos clients. Comment les percevez-vous ?
C G : La force des startups, c’est que nous adorons former des partenariats. On passe notre vie à recomposer et ces entreprises sont vraiment des partenaires. Nos premiers clients étaient des startups parce qu’elles ont le même problème que nous : quand vous démarrez une startup vous avez autre chose à faire que de déclarer vos impôts.

B-G : Le paysage actuel des startups indonésiennes est largement dominé par le e-commerce et les transports. Les analyses prospectives affirment que la santé, l’éducation et la fintech seront les prochains domaines de réussite digitale dans l’Archipel. Où se situe OnlinePajak ?
C G : Nous sommes encore dans une autre catégorie que l’on appelle la « regtech » (technologies de la règlementation). Il s’agit d’une catégorie qui émerge tout juste même au niveau mondial et dans laquelle nous nous sentons très bien. Nous garderons donc notre focus sur servir le contribuable, et le faire de manière gratuite sur notre plateforme.

B-G : Un des plus importants freins à la croissance de l’écosystème digital en Indonésie est le manque d’ingénieurs et de développeurs. Comment y remédiez-vous ?
C G : Nous y sommes aussi confrontés et nous y remédions avec beaucoup de formations. Nous faisons venir énormément de consultants afin d’augmenter le niveau de notre équipe. Notre multiculturalisme et notre manque volontaire de structure créent aussi beaucoup d’échanges qui facilitent la compétence. La pénurie de talents ralentit forcément notre croissance mais tout le monde a les mêmes contraintes, même au niveau international. Ce qui est peut-être propre à l’Indonésie, c’est qu’il faut de la patience et beaucoup d’endurance. Mais si nous parvenons à renforcer notre partenariat avec le gouvernement, les perspectives peuvent être hallucinantes et nous pourrions avoir un réel impact. Il y a tant à faire dans ce pays pour faciliter la vie des contribuables et réformer le prélèvement de l’impôt.

www.online-pajak.com/id

 

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