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Nautilus : un joli coquillage nacré en voie de disparition

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Si vous faites le tour des boutiques de souvenirs de Bali, vous remarquerez peut-être que l’un des coquillages en vente est très différent des autres. Plus grand que la main, mais étonnement léger, la coquille symétrique forme une spirale d’un large ovale qui se termine par un enroulement serré. La couleur naturelle est d’un blanc doux avec des bandes de marron clair qui se répercutent sur toute la surface, devenant noires vers le milieu. Lorsqu’il est coupé en moitiés longitudinalement, l’intérieur révèle une série de compartiments, tous interconnectés par un petit trou. En polissant la surface extérieure, on obtient un brillant perlé du plus bel effet. C’est le nautilus nacré, dont le nom veut dire marin en grec. C’est un mollusque appartenant à un important groupe d’animaux qui inclut les escargots, les palourdes, les moules, les pieuvres et les calamars. Le nautilus est un fossile vivant puisqu’il est là depuis 500 millions d’années sans avoir changé. Son corps rappelle celui de la pieuvre ou du calamar car ses tentacules et sa tête sortent de la coquille lorsqu’il nage. C’est étrange de voir un nautilus nager, parce qu’il se déplace relativement lentement et maladroitement, expulsant de l’eau comme une turbine, sa coquille se balançant doucement d’avant en arrière avec ses tentacules qui dépassent. Ils vivent dans les grandes profondeurs (jusqu’à – 700m) et préfèrent les courants de mer profonde où l’eau est plus froide. La nuit, lorsque la température en surface est plus froide que pendant la journée, ces créatures bizarres remontent des profondeurs pour se nourrir de crustacés le long des à-pics océaniques. Et malgré le fait qu’ils aiment les eaux froides des profondeurs, ils ont aussi besoin des eaux tropicales de surfaces chaudes pour se reproduire. Ils peuvent vivre plus de 20 ans et se développent plutôt lentement. Ils ne se reproduisent pas avant d’avoir au moins 15 ans d’âge, une période pendant laquelle ils doivent échapper à de nombreux prédateurs. Les humains qui collectionnent cet animal pour sa coquille apprécient aussi sa chair qui, parait-il, à le goût du mouton.
On les appelle cukli à Bali et Lombok, lobo au sud de Célèbes, kalabinga au nord, bia gengge à Ambon et sokle à Java, ce qui montre à quel point les noms d’animaux peuvent varier d’un bout de l’Archipel à l’autre ! La coquille, c’est cangkang. Jusqu’à présent, deux types de nautilus sont connus en Indonésie, le nautilus pompilius et le plus rare allonautilus scrobiculatus qui a un trou plus profond au centre de sa coquille. Son exploitation est très largement répandue dans toute l’Indonésie, incluant Bali, Lombok, Célèbes et Papua. Le commerce de ces espèces est toujours très commun ici pour les collectionneurs de coquillages et les amateurs de sa chair. Le coquillage entier est un objet décoratif et les fragments sont utilisés en marqueterie et sculpture. La plupart des gens s’imaginent que la délicate nacre irisée que l’on trouve ordinairement dans l’artisanat indonésien vient d’huîtres ou d’ormeaux, comme c’est le cas dans la plupart des endroits au monde. Il n’en est rien, la plupart de cette marqueterie provient en fait de morceaux de nautilus. Les artisans expliquent que, contrairement aux coquilles d’huîtres qui sont épaisses et à plusieurs couches (et par conséquent difficiles à travailler), la coquille du nautilus (au moins sa partie la plus large) est plate, beaucoup plus facile à couper et à insérer dans le bois d’articles comme des assiettes, des masques ou des meubles. A Bali et Lombok, les coquilles de nautilus sont transformées en bijoux et vendues dans le monde entier.

A la source, une coquille peut s’acheter 20 000 rp mais, le long de la chaîne commerciale, le prix monte drastiquement, jusqu’à 150 000 rp en boutique à Bali. Un ensemble de table et chaises ou un lit en bois avec de la marqueterie en coquille nautilus peut facilement se vendre 10 000 000 rp. Sur le marché international, des bibelots en nautilus recouverts d’argent peuvent se vendre des milliers de dollars.

Les quantités de coquilles de nautilus qui étaient pêchées, vendues localement ou exportées dans le monde entier étaient auparavant industrielles, avec des cargos remplis à ras bord les acheminant dans le monde entier. La viande est aussi exportée à Singapour. Les pêcheurs utilisent de longs filets avec des appâts pour les attraper la nuit. Les filets sont descendus à -100, -200m environ puis remontés après 2-3 heures. Les nautilus vivants ne peuvent être pêchés qu’entre octobre et novembre et quand la saison est passée, les collectionneurs tournent leur attention vers d’autres espèces marines.

Une autre façon de récolter des nautilus consiste à chercher des coquilles vides échouées sur les plages, surtout dans l’est indonésien. Il y a longtemps de cela, alors que je voyageais dans les îles Banda aux Moluques, j’ai vu des nautilus vides sur les plages. J’étais surpris par leur nombre, ils avaient tous été amenés par la marée. Etonnamment, la plupart de ces coquilles pourtant bien fines n’étaient pas cassées, indiquant que ces animaux étaient morts récemment. Comme avec les autres types de coquillages, qui ont tendance à être plus épais, les nautilus deviennent rapidement fragiles et décolorés lorsqu’ils sont évidés. Les villageois du coin en avaient plein leurs maisons, tous ramassés sur la plage. Des acheteurs passaient éventuellement par là pour les acheter, ce qui avait convaincu les habitants de la valeur (même vide) de cet animal qui était devenu une source de revenu bien commode pour eux. Les marchands se rappellent d’une époque où ils pouvaient en collecter par milliers juste en les demandant de village en village.

A présent, seule une des deux espèces de nautilus est protégée par la loi indonésienne (depuis 1999) et comme elle ressemble de très près à l’autre et qu’elle n’est pas facilement reconnaissable pour celui qui est chargé de faire respecter la loi, elle est donc commercialisée sous le nom de la variété la plus commune. Et puis, une fois que la coquille est en mille morceaux, elle est encore plus difficile à identifier, alors les fragments de nautilus protégés peuvent ainsi être revendus et exportés facilement sans possibilité de détection. Mais la situation a changé depuis que le nautilus est devenu rare à cause de la surexploitation. Les marchands sont de moins en moins enclins à vendre ouvertement de grandes quantités de ces coquillages. A Lombok, tous les gens à qui j’ai parlé m’ont affirmé qu’ils étaient bien plus difficiles à trouver qu’il y a dix ans. Après de nombreux raids de la police dans leurs boutiques, les vendeurs hésitent désormais à les exposer ouvertement et refusent à informer sur la provenance.

Puisque ces animaux vivent en profondeur, il est difficile de les observer dans la nature. Par conséquent, les études sont limitées et beaucoup de leurs comportements restent encore un mystère. Il est cependant sûr que toutes les variétés de populations de nautilus sont en train de décroître. Ne serait-il pas dommage que ce résident des profondeurs disparaisse pour de bon des océans ?

Pour toutes questions sur la vie naturelle en Indonésie, posez vos questions par courriel à [rphlilley@yahoo.co.uk->rphlilley@yahoo.co.uk], ou sur Facebook à
« Ron Lilley’s Bali snake Patrol ».

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