UN MUSEE QUI RELIE ENFIN L’INDONESIE AU RESTE DU MONDE

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A Jakarta, les embouteillages font tellement peur qu’on ne décide pas sur un coup de tête d’aller visiter un musée pour occuper une demi après-midi. Mais le MACAN a eu la bonne idée de se situer presque sur la route de l’aéroport, alors le détour s’est fait sans appréhension. Grande surprise, dès mon arrivée dans le hall, il m’a fallu faire la queue pendant plus de 20mn, ce qui est loin d’être fréquent tant les musées indonésiens sont d’ordinaire plutôt traversés par les courants d’air et les fantômes. Je ne connais presque rien à l’art indonésien mais les premières œuvres sont faciles d’accès. Je ne suis pas le seul à être totalement magnétisé par le Walter Spies exposé. Je ne sais pas si c’est le fait de le voir hors de Bali ou bien dans un musée plus moderne mais ça fait encore plus ressortir son attrait et la magie de cette obscure lumière développée par cet artiste si talentueux qui a tant contribué à faire connaitre et aimer Bali dans les années 30.

Autre artiste qui vous donne l’impression d’être familier avec l’art indonésien, Hendra Gunawan dont on peut admirer deux œuvres entre lesquelles j’ai aussi fait des allers-retours. C’est une des figures de proue de l’art moderne indonésien, le « must have » de tout musée qui se respecte mais là encore les deux toiles sont particulièrement captivantes et donnent envie de sortir un chevalet et de se mettre à peinturlurer. Il y a une liberté dans l’usage qu’il fait de la couleur, et d’un vert si particulier, dans ses femmes dépoitraillées, une liberté qu’on a l’impression de ne plus du tout trouver dans l’art indonésien contemporain. On sent une influence européenne de la peinture expressionniste des années 30, Gunawan est originaire de Bandung, la plus européenne et métissée des villes indonésiennes.

Tout de suite après, notre œil est attiré par l’attroupement devant les toiles de Warhol. Selfie par-ci, selfie par-là, oui on est en Indonésie, on ne perd pas ses bonnes habitudes mais ça fait chaud au cœur de voir des toiles de Warhol et Basquiat et c’est tellement bon de se self-portraiturer devant ! C’est un peu comme si l’Indonésie n’était plus ce pays fièrement replié sur lui-même et qu’il avait accepté de se confronter aux autres à travers ses artistes, ça fait du bien de le sentir relié au reste du monde. Difficile ensuite de résister à prendre discrètement une photo de cette toile avec le minaret en forme de pénis en arrière-plan de quelques visiteuses en jilbab. Renseignement pris, le peintre porte un nom chrétien, décidément ces chrétiens ne respectent rien, ils sont au moins autant obsédés que ces oulémas fanatiques qui ne supportent pas de voir un centimètre carré de chair féminine non voilée sans risquer d’être atteint de priapisme !

La visite se poursuit ensuite avec la découverte de cette truie en résine, une œuvre politique qui interroge beaucoup avec son porcelet israélien en train de téter la truie américaine confortablement installée entre ses frères japonais et coréens ! La visite est déjà terminée, on est presque frustrés, vraiment envie d’en voir plus. Les habitués des grands musées internationaux ne seront sans doute pas aussi enthousiastes que moi mais ce musée représente une véritable révolution dans la représentation de l’art en Indonésie. Voilà c’est dit, bravo pour cette initiative et je suis impatient d’y retourner !

Socrate Georgiades

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