Mon Bali : Tatiana Scali

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Propos recueillis par Meryam El Yousfi

Avec son port de tête altier, sa silhouette longiligne, son look éthnique épuré et son savoir livresque (constitué partout dans le monde), Tatiana Scali incarne littéralement ses grandes passions : la danse, les voyages et l’art. 

Munissez-vous d’un calepin pour noter les adresses balinaises de cette quadragénaire -peintre, écrivaine, danseuse-  qui s’est longtemps cherchée une terre d’adoption avant que l’île des dieux ne l’appelle.

Pourquoi avoir posé vos valises de grande voyageuse à Bali ?

J’ai grandi entre Paris (avec sa vie culturelle riche) et la Côte d’Azur : la mer, la faune et la flore.  Après un début de parcours en classe préparatoire aux Beaux-Arts (qui ne m’a pas du tout donné satisfaction parce que ça m’éloignait de l’art pur), j’ai commencé à voyager. A 20 ans, je file donc au Mali, toute seule, c’était un rêve car je nourris une passion pour l’art tribal et primitif. Les destinations vont s’enchaîner : New- York, Buenos Aires, Mexico, Ibiza. Et les rencontres générées par ces voyages vont me faire croiser des artistes et des collectionneurs d’art dont l’un m’initiera pour la première fois,  il y a exactement 10 ans, à la vie balinaise. Mais en 2015, j’ai eu l’impression d’avoir fait le tour de l’île et je l’ai quitté. Mais ça ne fonctionne pas comme ça : c’est Bali qui décide pour vous. Ma maison, cette terre, la nature d’Ubud et la vie spirituelle indonésienne m’ont hantés dans mon sommeil jusqu’à me rappeler où se trouvait mon chez moi, alors j’y suis revenue comme attirée par un aimant.

C’est l’art qui vous a conduite ici, des activités, artistes ou lieux à conseiller ?

Chaque année, David Metcalf organise le fascinant  Bali indigenous film festival (à Ubud) . C’est essentiel de continuer à protéger les cultures primitives et certains modes de vie. David  envoie aussi aux jeunes Dayaks des photos des années 60 pour que la mémoire perdure. Pour ceux qui le souhaite, il organise même des stages-ateliers photographiques à la rencontre de ces peuples. Une partie des fonds leur étant reversée. 

Setia Darma House of Mask and Puppets ( Musée du masque et des marionnettes) à Sukawati. Un lieu comme celui-là c’est une rareté. J’ai même eu l’honneur d’y faire une performance artistique il y a 5 ans.

Je conseille la découverte du travail du sculpteur balinais Made Yogi Artha. Il mêle influences européennes (comme les statues grecques) et balinaises, et pourtant il n’est jamais sorti d’Indonésie.  Il y a aussi LA référence : Ketut Budiana. Je l’aime pour son univers plein de liberté, d’imaginaire, de fantasmagorie, on est entre la mythologie, le cosmique et l’érotisme parfois. 

Art toujours… Après 20 ans de pratique de la danse, vous devez être la reine de la nuit ?

Je l’ai été au début, mais je sors moins à présent, car il n’y a plus tant que ça de bonnes adresses pour de la bonne musique live dansante. Je ne suis pas du tout nightclub.

Heureusement, il y a encore Bali Bohemia à Ubud qui dispose des meilleurs groupes de la ville. La programmation musicale est excellente et très hétéroclite. L’ambiance y est bohème et on peut y partager de jolis moments artistiques.

Franky Raden organisait un super festival de World Music : il est ethno-musicologue javanais, compositeur pour un orchestre de 40 instruments de musique indonésienne. J’ai tellement dansé lors de cet incroyable rassemblement. Maintenant,  l’événement en pays Toraja (Sulawesi). Sinon à Peliatan, Agus Bagus organise des soirées culturelles l’occasion de (re) découvrir les danses traditionnelles de l’île.

Votre vie balinaise repose-t-elle sur une hygiène alimentaire particulière ?

Je ne suis pas une très grosse mangeuse mais je n’ai pas de régime particulier. J’essaie de prendre la plupart de mes repas à la maison, mais de temps à autre, je sors. 

Un lieu agréable avec un staff adorable : Warung Semesta à Ubud. Pour leur curry tofu tempeh ou poulet, très frais. On se sent loin du bruit alors qu’on est proche de l’agitation.

Le Café du Monyet , pour sa touche très vintage, avec des photos de stars des 60’s. Il n’y a là aucune faute de goût et tout a été pensé dans les moindres détails. Comme par exemple dans les wc, une déco photo un brin olé olé. J’apprécie particulièrement leur bande musicale : Gainsbourg, Léonard Cohen, rien qui n’agresse. Dans l’assiette, j’aime leur cheeseburger frites. Et c’est aussi le seul endroit où je savoure le beef rendang.

Pour un bon cappuccino, je file chez Casa Luna, l’espace est grand, les tables espacées : on res-pire ! J’y déguste aussi une salade libanaise ultra fraîche (betterave, avocat, pois chiches,..) avec leur pain délicieux maison.

Comment faire pour jouer à la belle des champs, enfin des rizières ?

J’ai beau aimé la nature, je ne suis pas non plus Jane de la Jungle. J’ai déjà ramené une sacrée valise avec mes affaires de Paris. J’apprécie les jolies choses. J’aime le beau et je trouve que l’ère du pratique a remplacé le beau. De temps à autre, j’achète une pièce. Quand je venais de m’installer à Bali, j’allais souvent chez Milk & Roses. J’aime cette marque pour sa fraîcheur, douceur et féminité, ça se joue dans les petits détails (les boutons, certains motifs légèrement fleuris). Sinon il y a Vintage Century pour une touche rétro… ça n’est pas pour me déplaire car j’aime la nostalgie.

Il y a aussi Asmara Butik une marque balinaise, ce qui veut dire “romance”, c’est donc une promesse alléchante. C’est une version un peu revisitée de motifs batik, c’est moderne et mignon.

Pour les bijoux, j’adore la marque hispano-balinaise IOU D-Sign. Tout est beau dans cette boutique, les bijoux sont délicatement exposés sur des pierres, des coraux, du bois, …Il y a une inspiration un peu antique/ethnique, c’est très fin et raffiné.

Quels hôtels pour s’échapper du quotidien ?

Bambu Indah : le plus bel hôtel d’Ubud et probablement de l’île. Il ne s’inscrit pas dans cette tendance de la standardisation de l’offre hôtelière. Il a été créé par les créateurs de la Green School donc ça repose sur une utilisation stupéfiante du bambou. Un lieu très sophistiqué qui emprunte les codes de différentes ethnies indonésiennes. Et la vue sur la nature est fabuleuse.  On peut y passer une journée magnifique même sans y avoir réservé une nuitée : essayer le délirant ascenseur de bambou, se faufiler dans les dédales quasi labyrinthique de cordes et bambous pour ensuite se poser sur une balançoire et admirer la rivière.

L’hôtel Blue Lagoon à Padangbai. Créé par un architecte britannique  venu dans les années 70. C’est un lieu intelligent parce que dans l’écoute de la nature, c’est simple, et on y voit la mer de partout. Un lieu très paisible.

Comment explorez-vous votre spiritualité ?

Bali c’est un miroir, une terre de guérison. Une fois que le processus est enclenché, on ne peut l’arrêter. Quand tout va mal, je me rends à l’Ashram d’Ubud pour discuter avec le grand Guru Ketut Arsana. Il pratique aussi un massage magnétique qui est très équilibrant. 

Et il  y a encore de très bons et honnêtes guérisseurs traditionnels sur l’île. Je recommande la balian Tujung (+62 813 3888 5287), elle est rieuse, généreuse et en un sens, c’est une rebelle. Elle a toutes les connaissances des balian mais elle a également été initiée comme guérisseuse amérindienne, chamane. Elle se met à votre disposition comme un outil de clairvoyance, c’est bluffant.

Bali, entre enfer et paradis ?

Bali, c’était mon premier pas en Asie. Alors les premières impressions étaient paradisiaques : la moiteur, la chaleur, les temples à chaque coin de rue, le rapport au spirituel, le choc entre l’ancien et le moderne. C’est le paradis, on y mène une belle vie mais ça peut être rude. D’abord, il y a une forme de lenteur ou de nonchalance qui peuvent en agacer certains. Et puis, j’essaie d’expliquer à mes amis occidentaux que c’est exigeant de vivre dans ce paradis car il faut toujours être en alerte. Vérifier en sortant de la maison qu’il n’y a pas un serpent, slalomer entre les gros nids de poule en scooter, en revenant s’assurer que les singes n’ont pas chapardé des objets ou que la toiture ne fuit pas. On est bien loin du farniente méditerranéen. Mais j’aime ce type d’incommodité, j’ai le goût du sauvage (c’est un luxe), et quand on cherche bien c’est encore possible de vivre comme cela à Bali.

Et Bali, c’est surtout un mélange unique de personnes.  J’aime la douceur et la part de mystère des Balinais. Et un coût de la vie très raisonnable. C’est un bumbu unique au monde, une effervescence créative  avec un intéressant rapport de l’éthique religieuse et de l’esthétisme : tout prend un sens.

C’est donc un paradis mais duquel il faut parfois savoir s’extirper pour mieux le retrouver.

Retrouvez le travail artistique de Tania sur : www.titaniartemas.org

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