Mayori sur la trace de ses ancêtres

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« Comme je trouvais que je n’étais pas jolie, je pensais que les Indonésiens n’avaient peut-être rien de particulier.

Comme je pensais que je ne ressemblais à personne physiquement, je pensais qu’ils ne me reconnaîtraient pas parmi eux.

Comme j’ai été adoptée, je pensais que je ne serais peut être pas une bonne mère. J’avais peur de visiter mon pays car je ne voulais pas les décevoir.

Comme je ne parlais pas la langue, je pensais qu’ils ne me comprendraient pas.

Trois semaines plus tard

J’étais fière de constater que les Indonésiens étaient bosseurs, instruits, souriants, malins, ouverts et qu’ils rêvaient tous de découvrir leur « Amérique. » J’ai adoré observer les parents apprendre à leurs enfants à dire « Hello », à saluer de la main les touristes. J’ai été surprise, gênée et déstabilisée que, durant mon voyage, on m’ait dit
que j’étais « très belle » et qu’on me drague dans mon pays. Je ne me suis pas retrouvée « physiquement » mais davantage dans leur manière d’être, ce qui m’a troublé. Je n’ai pas bien compris pourquoi mais les Indonésiens étaient sensibles à mon humour. Mon chauffeur m’a touchée dans sa volonté de ne pas vouloir prendre sa place, sa façon de s’effacer et l’image négative qu’il avait de sa profession et de lui-même.

J’étais heureuse qu’on me dise que cela se voyait que j’aimais les enfants, à cause de mon regard et parce que j’essayais par tous les moyens de les prendre en photo. Les enfants sont d’une telle beauté naturelle que le simple fait de poser mes yeux sur eux m’a fait du bien. Les mères s’occupent bien de leurs enfants. Ils sont considérés
comme des rois jusqu’à 13 ans. La population avait du mal à me dire d’où je venais, si ce n’est de la montagne. Pour eux, je serais originaire de Java ou de Sumatra, je vais avoir des enfants, je suis très sensible à la lune, je n’aime pas dépenser l’argent pour rien, j’aime m’instruire,
je vais vivre longtemps, j’aime les enfants, je suis créative, j’ai beaucoup d’imagination, d’humour. Ils ne comprenaient pas pourquoi je suis encore célibataire et m’ont conseillé de me détendre.

Bien sûr, il y a des peuples qui sont pauvres et qui font du trampoline sur des sacs-poubelles en riant, seulement ils sont solidaires. Les enfants respectent les personnes âgées, font des études pour faire vivre leurs familles. Ils sont malins, francs, lucides sur la vie. Ils sont très à l’écoute, respectueux. Les parents essaient, par leur travail
physiquement éprouvant, d’offrir la possibilité à leurs enfants de quitter les montagnes et d’étudier. Voyager est un privilège et je reste convaincue que la richesse d’une personne, c’est son expérience, ses connaissances et sa générosité à les faire partager. Voyager toute seule à été une expérience unique que je souhaite à tout le monde de connaître.

Durant le voyage, lorsque j’ai été perdue dans ma quête, j’ai toujours trouvé une personne qui m’a offert son sourire, son temps, ses conseils et qui m’a aiguillée. Chaque jour, je fermais les yeux en me disant que j’étais privilégiée. Certains d’entre eux ne quitteront jamais leur village et n’ont pas le droit de travailler sur une autre île alors que, pour moi, mes rêves n’ont pas de frontière. Cela m’a fait plaisir que les Indonésiens me considèrent comme l’une des leurs et qu’ils me parlent spontanément dans leur langue.

C’est la première fois que j’ai pleuré devant un paysage. Ces rizières à perte de vue m’ont fait douter de mon retour en Suisse. Les gens sont très fiers de leur pays, de leur culture. Ils voulaient que je prenne des photos de tout. A Malang, je ne voulais plus rentrer. Curieusement,
c’est en regardant ces paysages que j’ai appris sur moi. Prendre des photos pour moi est plus qu’une boîte à ramener des souvenirs qu’on range mais un formidable passeport vers la découverte des autres. Quand il y a eu l’attentat, j’avais peur que les touristes ne veuillent plus découvrir mon beau pays. Il n’y a pas de mot pour décrire
tous ces paysages magnifiques, magiques, dont nous avons tous fait le rêve.

La prochaine fois, je visiterai l’Indonésie à moto. Les Indonésiens ont bon appétit et m’ont réconcilié avec la soupe. C’est un vrai délice. Ils sont de vrais chefs. Les femmes sont assez dodues et certains enfants ont de jolies joues.

Ah oui, je ne vous ai pas dit ! Je vais envoyer un article sur mon aventure à La Gazette de Bali et le journal m’a informé que si mon article leur plaisait, il le publierait avec plaisir. J’ai eu un guide qui se nomme Guntur, un ami. Il m’a dit qu’il serait ravi, la prochaine fois que je viens à Bali, que je lui présente mon mari et mes enfants. Mon
voyage m’a confirmé que le chemin que je prenais dans la vie était le mien et que je devais avoir confiance en moi et en les personnes qui en font partie.

Mon retour en Suisse est difficile car mon pays me manque et je ressens un vide. Je n’ai qu’une envie, c’est d’y retourner et pourquoi pas d’y vivre ? Si je vous écris tout cela, c’est pour vous convaincre que la plus belle chose que je vous souhaite, c’est de visiter mon pays et de réaliser vos rêves. Je suis maintenant prête à réaliser la suite de mes rêves. Avec toutes mes pensées. »

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