MACAN : UN ENVIRONNEMENT CHALEUREUX QUI INVITE A UNE EXPERIENCE ARTISTIQUE

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L’Indonésie possède depuis la fin de l’année dernière son premier Museum of Modern and Contemporary Art in Nusantara (MACAN), grâce à la passion d’un collectionneur, Haryanto Adikoesoemo, et d’une équipe avec une mission : donner le goût de l’art et des musées à un pays qui, bien que riche artistiquement, a accumulé beaucoup de retard dans la conservation. C’est maintenant chose faite avec l’ouverture de ce musée à Jakarta, qui propose pour démarrer à un public enthousiaste l’expo « Art Turns. World Turns », un éventail de 90 œuvres exécutées par environ 70 artistes indonésiens et internationaux. Avec le directeur du MACAN, l’Australien Aaron Seeto, passons en revue les différents atouts et objectifs de cette ambitieuse entreprise culturelle…

Bali-Gazette : Quelle a été votre toute première motivation en acceptant cette position de directeur du MACAN, et par conséquent de quitter l’Australie qui possède pourtant une vie artistique bien plus active ?
Aaron Seeto : Avant de venir à Jakarta, j’ai construit ma carrière en Australie avec une spécialisation dans l’art d’Asie-Pacifique. Ces différentes responsabilités m’ont permis de connaitre l’art du Sud-Est asiatique, y compris d’Indonésie. Le pays a toujours eu quantité de talents et de pôles artistiques, comme Bandung ou Yogyakarta, donc quand il y a eu cette opportunité d’être impliqué dans ce qui allait être le premier musée d’art moderne et contemporain du pays, je n’ai pas réfléchi à deux fois.

B-G : Vous avez donc été séduit par MACAN, pouvez-vous décrire l’endroit, son contenu artistique et pourquoi il est si unique dans cette partie du monde ?
A S : MACAN est logé à l’intérieur d’une structure construite avec ce propos en tête, avec une température et une hygrométrie contrôlées qui protègent les œuvres exposées. L’intérieur a été designé par le studio MET basé à Londres, avec le but de créer un environnement chaleureux qui invite à une expérience artistique. La collection en elle-même est évaluée à environ 800 œuvres en provenance d’artistes indonésiens, asiatiques et occidentaux, et elle continue de grandir. 90 de ces œuvres (d’environ 70 artistes) sont actuellement dévoilées dans notre exposition d’ouverture : Art Turns. World Turns.

B-G : Bien sûr, nous devons également évoquer la présence de M. Haryanto Adikoesoemo, son énorme collection d’œuvres d’art. Qu’y a-t-il de spécial à son sujet, au sujet de sa collection ?
A S : La collection est spéciale en raison de son contenu à la fois indonésien et international. Cela reflète la vision globale du collectionneur, Pak Haryanto, qui a réuni ces œuvres depuis 1990. Il s’informe lui-même en continu sur les tendances artistiques globales, que ça soit en lisant ou en rencontrant artistes, curateurs ou collectionneurs.

B-G : Etes-vous le seul curateur ?
A S : Le musée possède sa propre équipe de curateurs et ensemble, nous développons les projets d’expos et la direction générale de la conservation du musée. Pour cette expo d’ouverture, nous avons travaillé avec deux curateurs invités, Agung Hujatnika, de l’Institut Teknologi Bandung (ITB), et Charles Esche, du Van Abbemuseum aux Pays-Bas.

B-G : Quelle est la pièce la plus singulière exposée ?
A S : Une pièce qui est vraiment spéciale pour nous, c’est un projet commissionné sur lequel nous avons travaillé pour cette expo d’ouverture. C’est le projet de l’artiste japonais Yukinori Yanagi dont nous proposons une version régionale de sa série phénoménale Ant Farm. Intitulée ASEAN + 3 (2017), cette œuvre dépeint le mouvement des humains, des capitaux et des marchandises dans les pays de l’ASEAN et dans les pays voisins que sont la Chine, le Japon et la Corée. D’une façon singulière, cette œuvre implique la présence de 5000 fourmis vivantes d’espèces particulières, qui font l’objet d’une attention spéciale de l’Institut indonésien des sciences (Lembaga Ilmu Pengetahuan Indonesia – LIPI).

B-G : Vous arrive-t-il de ne pas être d’accord quelquefois avec M. Haryanto Adikoesoemo ?
A S : En fait, Pak Haryanto est le fondateur du musée, mais légalement, il ne fait plus partie de la structure organisationnelle du musée. Sa collection est prêtée sur le long terme au musée. Et le musée est sous la tutelle de la Fondation du Musée MACAN, présidée par Fenessa Adikoesoemo.

B-G : Pouvez-vous néanmoins nous dire quelques mots de sa passion et de sa motivation dans la création du MACAN ?
A S : Il a une grande passion pour l’art, pas seulement pour collectionner mais aussi dans le but de développer le pays à travers l’art. Il a eu cette vision de la nécessité d’ouvrir ce musée depuis plus de dix ans. Et sa vision, c’est que le musée permette le développement d’un plus grand nombre de passionnés d’art dans le pays.

B-G : Il y a un espace d’expo permanent et aussi des lieux pour des expos temporaires. Pouvez-vous nous expliquer comment ces deux propos vont pouvoir fonctionner ensemble ?
A S : Pour l’instant, tout l’espace de nos galeries est utilisé pour l’expo temporaire. Nous avons des projets d’expansion dans le musée et nous aurons dès lors probablement un espace d’expo permanente.

B-G : Il apparait qu’il y a une dimension pédagogique au MACAN. De quoi s’agit-il exactement ?
A S : L’éducation est au centre des trois missions de base du MACAN. Le musée a pour but d’éduquer les Indonésiens sur l’Histoire et les dossiers sociaux à travers l’art. Certains de nos programmes d’éducation incluent des visites parrainées trois ou quatre fois par mois pour les écoles publiques de Jakarta et d’ailleurs. Egalement un Forum des Educateurs que nous organisons deux fois par an pour les enseignants des écoles et universités et enfin le Children Tour hebdomadaire.

B-G : Pouvez-vous nous expliquer aussi ce que proposent vos ateliers ? Il y a aussi de la musique parait-il…
A S : Ces ateliers se déroulent régulièrement pendant la semaine. Deux d’entre eux sont dédiés, l’un à un programme baptisé « Storytelling & Sensory Play through Art » pour les tout petits et l’autre à un cours appelé « MACAN Drawing Class » qui permet d’initier des visiteurs de tous niveaux aux différentes techniques de dessin. Le tout premier programme de musique vient de se dérouler en janvier en conjonction avec le conservatoire Universitas Pelita Harapan. Toutes ses activités ont été créées pour développer l’intérêt des visiteurs pour l’art.

B-G : Justement, pensez-vous que les Indonésiens doivent encore développer leur goût pour l’art moderne et contemporain ?
A S : L’Indonésie a toujours eu une scène artistique bien vivante, et la société a vécu ici en contact avec l’art depuis très longtemps. Ce qui manque, c’est plutôt une culture du musée, et c’est quelque chose que ce musée, et je crois, d’autres institutions d’art, sont en train de développer. Ces dernières années, nous avons assisté à une croissance de l’intérêt du public pour les événements culturels et artistiques, de l’expo annuelle du National Palace à la Galeri Nasional, à la biennale de Jakarta. Ici, au MACAN, nous avons été plaisamment surpris par la réponse phénoménale du public, reflétée notamment par le nombre des visiteurs et les discussions sur les réseaux sociaux.

B-G : Quelle est l’œuvre du MACAN la plus populaire auprès des visiteurs ?
A S : Si nous devions mesurer la popularité à travers les discussions sur les réseaux sociaux, alors ce serait celle de Yayoi Kusama intitulée « Infinity Mirrored Room, Brilliance of the Souls » (2014). Nous avons vu des gens faire la queue pendant des heures pour voir l’installation, un goût de phénomène global qui entoure ce travail. Sinon, nous avons vu des étudiants exprimer un grand intérêt envers les œuvres exposées dans la section « Independence and After », tout particulièrement celle de Dullah, « Bung Karno di Tengah Perang Revolusi » (1966).

B-G : Pour terminer cet entretien, donnez-nous une bonne raison de venir au MACAN.
A S : L’expo d’ouverture va bientôt se terminer, le 18 mars, et c’est donc la dernière opportunité de voir la collection du musée dans un avenir proche.

Interview par Eric Buvelot

Museum MACAN, 1  AKR Tower, Jalan Panjang No.5, Kebon Jeruk, RT.11/RW.10, Kb. Jeruk, Kota Jakarta Barat, Daerah Khusus Ibukota Jakarta 11530

www.museummacan.org

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