Ma (nouvelle) vie a bali

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Près de 170 000 touristes français sont venus découvrir l’île des dieux selon les dernières estimations. Et parmi eux, un bon nombre rêve de poser définitivement ses valises, pour rejoindre les rangs des 3 000 Français (environ) vivant officiellement à Bali. Pourtant, cette expatriation insulaire n’est pas toujours idyllique, souvent faute d’une préparation suffisante. Le changement de modes de vie et de consommation peut également compliquer ce nouveau départ. Lisez les parcours et conseils d’un avocat ainsi que de ceux qui se sont lancés : seul ou en famille, avec un budget serré ou plus confortable, stagiaires, entrepreneurs ou salariés.
Votre (nouvelle) vie à Bali, c’est par ici !

Par Meryam El Yousfi et Basil Burté

Bali : le compte est bon ?

Une famille française a accepté de passer ses finances au crible pour vous donner une idée de ce que leur coûte une vie d’expatrié assez simple mais agréable. De prime abord, Julia (43 ans) et Antoine (42 ans) n’ont pas un profil ni un parcours comme les autres. Julia est parisienne, d’origine anglo-saxonne. Antoine est Chti mais a grandi à Marseille. Ils évoluent dans le monde des festivals jusqu’à leur rencontre aux Pays-Bas. Début 2000, ils ouvrent une petite entreprise de vêtements en Angleterre. Antoine et Julia aiment également la plongée et passent leur diplôme d’instructeurs en Asie du Sud-Est. Quand un ami leur parle de son nouveau centre de plongée à Dahab, en Egypte, il n’en fallait pas plus pour que le duo prenne la route !  Après quelques douces années, en 2013, le coup d’Etat les contraint à quitter le pays, faute de tourisme et donc d’emplois.
Ni une ni deux, ils décident de s’installer à Bali… qu’ils n’avaient pourtant jamais visité, mais dont de nombreux amis leur avaient dit du bien.

Avec leur profession, en moins de deux mois, ils trouvent du travail à Amed.
Tiago a 1 an et Mila 3. Leurs deux enfants mènent donc une vie tranquille de village balinais.
Jusque-là « on gagnait bien nos vies, on a pu économiser. De toute façon, à part savourer la nature, il n’y avait pas vraiment beaucoup de façons de gaspiller notre argent à Amed », plaisante Julia.

Mais fin 2016, se pose le problème de la scolarisation de la petite Mila.
Les écoles coûtent très cher donc le choix c’est fait par rapport au budget et c’est comme ça que Julia et en les enfants s’installent à Sanur. Une école en anglais et indonésien, avec 30 millions de frais d’entrée pour les 6 années à venir et 60 millions de frais de scolarisation annuels. « Cette année on en a donc eu pour 160 millions. Quand on pense que l’école est gratuite en France…ça fait mal au porte-monnaie ici . C’est le poste de dépense qui fait exploser le budget. Un très gros sacrifice. »Aujourd’hui Mila a 8 ans et Tiago 6 ans. Par ailleurs, les écoles internationales demandent en général la présentation d’un Kitas pour pouvoir scolariser les enfants, il faut donc s’assurer de la stabilité professionnelle d’au moins un des deux parents. Concession importante donc : Antoine ne pouvait pas lâcher son poste à Amed avant que Julia ne trouve du travail à Sanur. Il va donc -pendant plusieurs mois- faire des aller-retours pour retrouver sa famille, 2 à 3 jours par semaine. Pourtant, selon eux, « il faut bien garder en tête qu’on est loin d’être un cas unique » et de nombreux couples ou familles doivent repenser leur mode de vie pour s’offrir leur aventure balinaise.

Pour trouver un logement le couple conseille de « faire jouer le bouche à oreille, se promener dans les quartiers qui vous plaisent et ensuite directement négocier avec les propriétaires. « Les agences ça coûte trop cher. En direct avec un propriétaire, on a réussi à avoir une maison avec jardin et piscine pour le prix d’un 40m2 à Paris ».
Il est vrai qu’à Sanur, certains quartiers restent bien moins chers que Seminyak et Canggu. Et pour ceux qui veulent une maison balinaise assez simple mais confortable il y en a pour 40 millions par an. Mais Julia rappelle « Attention, par contre, il faut payer l’année de location à l’avance, cela nécessite donc d’avoir de la trésorerie. »

Et côté professionnel, pour faire mieux bouillir la marmite, Julia vient d’ouvrir le 1er juillet son propre club de plongée à Nusa Penida (Purple Dive Penida), en s’associant avec Hélène, une autre française qui est formatrice d’instructeurs de plongée. « Un instructeur de plongée, ça gagne minimum 10/15 millions par mois et ça peut aller jusqu’à 30 millions en haute saison. C’est bien, mais avec deux enfants à scolariser et élever ça n’est finalement pas tant que ça. Donc le mieux c’est d’essayer de devenir son propre patron. J’ai profité d’un petit héritage et de nos économies pour me lancer dans l’entreprenariat. Je n’aurais bien évidemment pas pu me permettre d’ouvrir un tel centre en Europe. Avec les associés, on a mis l’équivalent de 150 000 euros dans ce projet. » C’est donc à présent Julia qui fait la navette Nusa Penida/Sanur le week-end et Antoine qui travaille dans leur ville de résidence.

Pour les visas, « on a eu de la chance car Antoine, grâce à son travail, a un KITAS de 5 ans et il a donc pu en faire bénéficier la famille ». Il faut compter 10 millions par enfant et l’IMTA (permis de travail) doit revenir à 1 200 dollars environ, c’est au frais de la société qui vous emploie ou souhaite vous employer.

Comme on travaille beaucoup, on a une garde d’enfant qui fait aussi le ménage à la maison. Elle travaille 3 à 4h par jour. Il faut compter un salaire fixe de 2 millions et quelques par mois mais y ajouter aussi des bonus pour certaines soirées par exemple.

Et comment ça se passe dans le frigo ?
Pour Antoine : « C’est simple, on va presque une fois par jour manger dehors pour savourer la nourriture indonésienne à 30 000 roupies et pour assouvir les envies de plats européens, de temps en temps, on achète des produits dans des épiceries spécialisées et on cuisine à la maison. Sinon, c’est bien trop cher d’aller dans les resto occidentaux en
famille ». Les enfants mangent à la cantine pour 20 000 à
25 000 roupies le déjeuner. Sinon pour les fruits et légumes la famille fait les courses chez les petits commerçants locaux. Le couple estime faire au moins 50% d’économie sur l’alimentaire par rapport à la France.

« Côté santé, c’est la première fois que nous nous payons une assurance un peu plus « luxe ». Il faut compter 2 400 euros par an pour toute la famille. » Antoine et Julia ont aussi chacun une assurance professionnelle qui leur coûte environ 150 euros. Sinon, pour tous les bobos et soins courants « nous nous rendons dans une clinique indonésienne de quartier. Avec certains soins accessibles dès 100 000 roupies. Antoine est même allé chez le dentiste, et ça c’est très bien passé. Pour mon opération du genou par contre, j’ai préféré la faire en France, en cas de complication, pour un meilleur suivi ».

Pour les loisirs : le couple travaille beaucoup donc il s’octroie principalement des activités dans la nature, comme le fameux Bali H.A.S.H. qui ne coûte que 25 000 roupies par personne. Julia s’offre une à deux fois par mois un soin en institut de beauté pour 100 à 150 000 roupies.
Les enfants, eux, profitent de pléthore d’activités : skate park (25 000 roupies/jour/enfant), musique (50 à 70 000 roupies l’heure), gym (100 000 pour 2h) ou même foot (300 000 roupies par mois).
« Le shopping ? on ne connaît pas » plaisante Antoine, et d’ajouter : « avec notre métier, on n’a pas vraiment besoin de refaire notre garde robe très souvent ».

Alors, le compte est bon ?
« Absolument ! On adore notre vie même si cela demande d’être bons jongleurs voire équilibristes… mais on n’a jamais aimé la facilité » s’amuse Julia. Une vie semblable leur serait-elle possible au pays ? Difficile de travailler à l’année en tant qu’instructeur en France métropolitaine. « Et puis, nos économies pèsent plus lourd ici qu’en France, donc on a un meilleur train de vie. Et on paie beaucoup moins d’impôts qu’en France. »
Mais il y a un élément important à prendre en compte pour les familles : « il vaut mieux avoir pas mal d’économies. Parce qu’il n’est pas facile ni rapide de trouver un emploi et encore moins de créer son entreprise. Et pour rentrer en France, il y en a pour 3000 euros de billets d’avion pour une famille de 4, heureusement qu’on est aidé par notre famille. »

Un budget qui fluctue donc beaucoup en fonction des choix de logement, scolarisation et d’activités.

Dans la peau d’une stagiaire

Nice, mi-mai : Emily finit sa troisième année d’école de commerce. Et pour décrocher le stage de ses rêves à Bali, elle joue l’atout bluff. N’ayant pas fait « broken English indonésien » LV1, elle se voit contrainte de simuler un bug informatique pour écourter un entretien Skype qui lui paraît difficilement compréhensible. La direction de l’hôtel (à Kerobokan) où elle brigue son stage finit pourtant par retenir sa candidature. Emily sera donc stagiaire chargée de communication pendant deux mois, entre juin et août 2019. Le début de l’aventure balinaise.

A mi-terme de son stage, Emily a largement pris le rythme. 9h30, pleine d’entrain, elle commence sa journée. Aujourd’hui, conception des visuels de la newsletter. Un grand classique pour fidéliser la clientèle… mais qui n’a pourtant pas encore été mis en place. Etonnant ? Pas tant que ça, puisque dès son premier jour de stage, son manager -Koko- lui a donné « carte blanche ». Une situation à l’extrême opposé du fameux stage-cafetière. Un degré de responsabilité qui peut donner le tournis à une jeune fille de
20 ans, en quête d’expériences.
Mais faire un stage au bout du monde, c’est s’ouvrir à d’autres modes de vie, pensée et travail. Et à Bali, l’un des écueils c’est le rapport à la productivité. Peu avant le déjeuner, elle termine ses premières ébauches de visuels. Après discussions avec le manager, quelques modifications sont apportées et les illustrations sont envoyées au siège de Aldeoz Grand Kancana à Jakarta, pour validation. Une élasticité du temps et des objectifs de rentabilité moins pressants dont Emily a
conscience : « Tout va moins vite qu’en France. Mais une telle ambiance de travail permet à l’équipe d’être soudée et ainsi les moments de stress sont extrêmement rares. »
Responsabilisation, apprentissage et autonomisation dans une atmosphère décontractée. Le stage parfait en somme ? Sauf qu’effectuer un stage à Bali c’est aussi faire certaines concessions. Comme diviser par six une indemnité déjà très faible en France (577 euros par mois). Se restreindre… difficile quand on a envie de visiter l’île de fond en comble.
Un stagiaire rencontre majoritairement des vacanciers au budget souvent confortable. Mais Emily, elle, travaille 40 heures par semaine pour 1,5 million de rupiah (environ 90 euros). Elle a bien entendu prévu une réserve d’argent : 800 euros. Ses parents l’aident chaque mois. Certes. Mais les imprévus font partie de l’aventure. Dès son deuxième jour, elle se fait ainsi mordre par un chien… Elle en a alors pour plus de 400 euros de vaccins. Tentant de faire bonne figure, Emily soupire : « toutes les mésaventures ne sont pas vécues comme en France. Lorsqu’on voit les conditions de vie de certaines personnes ici, je me dis qu’il y a bien pire qu’une morsure dans la vie. »
Sourire retrouvé en fin de journée puisque le siège à Jakarta a validé et apprécié sa newsletter. Sereine, elle se rend à la plage pour un coucher de soleil avant de retourner à son auberge, où elle partage une chambre avec son amie d’école.
Un mode de vie qui lui paraît agréable grâce à ses nombreux à-côtés. Et s’il est certes difficile dans un premier temps de quitter sa zone de confort, un stage à Bali, loin de tout et de tous, promet un réel enrichissement à la clef.

Bali : ma vie, mes amies, mes sorties

A travers nos échanges sms, découvrez la vie sociale et professionnelle d’une jeune française – Pauline (23 ans) – installée depuis un an et demi à Bali.

Expatriation : à (ne pas) faire !

Avec 30 ans d’expérience en Indonésie à Jakarta, Surabaya, Batam puis Bali, l’avocat franco-américain Benjamin Abrams (fondateur du cabinet juridique Bali Safe Harbour), vous rappelle quelques basiques pour votre expatriation.

1/ L’info à la source
Diversifier vos sources d’information mais fiez-vous principalement à deux catégories : un avocat (de n’importe quel pays) et les expatriés ayant 20 ans d’expérience dans le pays car ils connaissent les obstacles et difficultés auxquels vous serez confrontés. Et en cas de doute, n’oubliez pas de vous demander quel est l’intérêt de la personne qui vous conseille. Comme j’aime à le répéter : la confiance c’est comme un canot de sauvetage : on est content de savoir que ça existe mais on préfère l’utiliser en dernier recours.

2/ Le syndrome “Bali c’est le paradis!”
Si vous faites votre vie ici, ça ne sont pas des vacances permanentes : il faut rester les deux yeux grands ouverts et agir comme vous agiriez dans votre pays d’origine c’est-à-dire : en vous renseignant sur la loi pour ensuite l’appliquer correctement. Quand je suis arrivé à Bali il y a une vingtaine d’années, j’avais un petit pécule à investir et comme beaucoup je suis tombé amoureux d’un lopin de terre. Vous savez le fameux panneau : “oh ce soleil, ces cocotiers, que ce lieu est beau et paisible, j’ai trouvé mon petit paradis”. Résultat ? Je n’ai pas été assez vigilant dans la paperasse et j’ai perdu mon terrain.

3/ Visa
Les nouveaux arrivants ont tendance à filer à l’immigration mais pensez également aux services sociaux et du travail car ce sont les seuls à décider si vous avez besoin d’un permis de travail pour une activité donnée.

4/Création d’entreprise
Certaines activités ne peuvent être menées par des étrangers, pensez à consulter la liste des secteurs d’activité (DNI – Daftar Negatif Investasi). Il vous faudra donc peut-être trouver un partenaire indonésien.
Et surtout, il faudra s’armer de patience. Cela prend du temps de trouver le bon associé. Mon astuce c’est également de contacter votre consulat d’origine qui peut parfois vous communiquer des noms d’acteurs économiques de confiance.

Concernant la création de votre entreprise… et bien c’est (presque) simple puisqu’il n’y a que deux options qui s’offrent à vous : PMA et PT. PMA est une société à responsabilité limitée à capitaux étranger et la PT est considérée comme une entreprise locale à 100% indonésienne. Mais pourtant, des joint venture sont tout à fait possibles surtout pour les investisseurs étrangers au capital restreint (moins de 50 000 dollars). Vous pouvez donc vous associer et avoir une PT. Le gouvernement oriente les étrangers vers la création d’une PMA mais rappelons-le ça n‘est pas obligatoire !

5/ Taxes et Impôts
Vous déléguez certainement à votre comptable la paperasse et vos impôts, mais saviez-vous que vos dépenses à Bali peuvent être déductibles dans votre pays d’origine s’il s’agit de dépenses professionnelles ? Votre prochain aller-retour à Bali pourrait donc être gratuit !

Fait important à souligner : durant leur formation, les avocats indonésiens ne reçoivent pas de cours sur la protection des investissements étrangers.
A bon entendeur, salut !

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