L’INDONESIE SORT GRANDIE DES JEUX ASIATIQUES

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Forts d’une organisation sans faille majeure, d’un soutien populaire massif et de résultats sportifs au-delà de toute attente, les jeux Asiatiques de 2018 organisés conjointement à Jakarta et à Palembang ont permis à l’Indonésie de booster sa confiance et d’impressionner le monde. Reste à capitaliser sur l’évènement pour
faire de l’archipel une nation sportive qui compte.

Soyons honnêtes. Même si l’on se réjouissait de voir les 18ème jeux Asiatiques être organisés par l’Indonésie, on imaginait tous avec un rictus au coin des lèvres une organisation un peu chaotique où amateurisme, irrationalité, pollution et trafic routier conjugueraient leurs efforts pour donner de Jakarta l’image qu’elle se tresse au quotidien, celle de l’imprévisibilité.

Les efforts un peu ridicules de couvrir d’une bâche une rivière polluée située au bord du village des athlètes, quelques jours avant le début de la compétition, nous avaient aussi confortés dans cette idée. Comme les soubresauts initiaux de la billetterie, avant qu’ils ne soient réglés efficacement dès les premiers jours.

Puis vint la cérémonie d’ouverture, magnifique. Feux d’artifice grandioses, scène géante en forme de montagne, couverte de verdure et arrosée d’une cascade. Plusieurs milliers de danseurs, une dizaine de chanteurs. Et le président Jokowi qui s’offre un moment d’anthologie avec une vidéo où, empêtré dans le trafic de la capitale, il enfourche une moto de ses équipes et après de multiples cascades arrivent en chair et en os dans la tribune officielle du Gelora Bung Karno sous les acclamations du public.

Le rictus s’est alors fait plus étonné, plus admiratif. La cérémonie a de fait impressionné le monde entier. Même l’institution Paris Match s’en est fait l’écho.

L’évènement commençait sur les chapeaux de roue. Il ne restait plus désormais aux athlètes indonésiens qu’à se montrer au niveau afin d’entretenir l’enthousiasme naissant. Et là aussi, on a été impressionné. Le Ministre des Sports avait annoncé vouloir rapporter 16 médailles d’or pour envisager une place dans le top 10 au classement général. Au soir de la cérémonie de clôture le 2 septembre, ce sont 98 médailles, dont 31 en or (24 en argent, 43 en bronze) qui furent glanées par la délégation indonésienne, la plaçant au quatrième rang des nations derrière les trois puissances asiatiques intouchables que sont la Chine, le Japon et la Corée du Sud.

L’accumulation des résultats a nourri l’enthousiasme du public. Il fallait voir l’engouement autour des épreuves de football, de badminton, de pencak silat, de sepak takraw ou d’escalade sportive. Ou l’accumulation de messages de soutien et de fierté sur les réseaux sociaux. Le public indonésien, sevré de résultats sportifs majeurs sur la scène internationale, a mis son nationalisme au service des athlètes.

Le sport indonésien n’est en effet pas souvent à pareille fête. L’Indonésie compte à ce jour un bien modeste bilan de médailles dans le cadre de ses participations passées aux Jeux Olympiques, avec seulement 25 breloques glanées par ses athlètes depuis 1952, dont 6 médailles d’or obtenues exclusivement sur le terrain du badminton. L’archipel n’avait en outre plus atteint le top 10 au tableau des médailles des Jeux Asiatiques depuis 1990. Le pays avait alors terminé les compétitions à la 7ème place avec
30 médailles dont 3 titres. Et si l’on remonte encore plus loin, la meilleure moisson indonésienne fut acquise en 1962. Cette année-là, la quatrième édition des jeux Asiatiques s’était déjà déroulée à Jakarta et les athlètes indonésiens avaient récolté pas moins de 51 médailles dont 11 titres.

Dans l’euphorie et en marge de ces jeux Asiatiques réussis, le président Jokowi a ainsi exprimé son souhait de proposer une candidature aux Jeux Olympiques et Paralympiques. Au moment où Shanghai (Chine) confirme son intérêt pour l’échéance olympique et paralympique de 2032, et alors que New Delhi (Inde) se dirige elle-aussi dans la même direction, une autre puissance asiatique pourrait à son tour se mettre sur les rangs de ladite échéance.

Sur la base des aménagements réalisés pour accueillir l’événement continental, l’un des plus grands rassemblements multisports au monde, Joko Widodo a en effet profité d’une entrevue avec le président du Comité International Olympique (CIO) et du président du Conseil Olympique d’Asie (COA) pour évoquer cette perspective.

Les trois leaders ont évidemment échangé quant à l’organisation des jeux Asiatiques 2018, tout en se projetant vers une possible candidature de l’Indonésie qui, bien qu’étant le quatrième pays le plus peuplé de la planète et une puissance émergente de l’Asie, n’a jamais abrité les jeux Olympiques d’été.

En se fixant l’organisation des jeux Olympiques et Paralympiques comme prochain objectif d’envergure, l’Indonésie pourrait dès lors gravir de nouveaux paliers et tenter de concurrencer les autres puissances asiatiques.

Le président du CIO, Thomas Bach, ne s’y est d’ailleurs pas trompé en soulignant, dans un propos des plus encourageants, l’ambition de l’Indonésie : « Avec ces Jeux Asiatiques, avec ce grand succès, l’Indonésie a montré qu’elle disposait de tous les ingrédients pour organiser les Jeux Olympiques avec succès. Pour ces raisons, le CIO apprécie la candidature de l’Indonésie pour 2032 ».

Quelques jours seulement après le début des Jeux Asiatiques, le Sheikh Ahmad Al Fahad Al Sabah, président du Conseil Olympique d’Asie avait pour sa part mentionné le succès organisationnel de l’événement.

Il faut dire que celui-ci a rassemblé un nombre record de 17 000 athlètes, accompagnateurs et officiels, sans compter les 11 000 représentants des médias accrédités pour couvrir les diverses compétitions, et les 13 000 volontaires sollicités pour assurer l’information, l’accueil et la logistique sur les sites.

Équipement majeur des Jeux Asiatiques 2018 et potentiel écrin des Jeux de 2032, le vaste Gelora Bung Karno Sports Complex dispose en son sein de plusieurs installations de premier plan, à l’instar du stade principal d’une capacité de 76 127 places. Outre cette enceinte, le site possède aussi un centre aquatique de 8 630 places, une arène multifonctionnelle de 7 110 places, mais encore des courts de tennis de 3 300 places et 5 000 places.

Le Jakarta Convention Center pourrait également être mobilisé dans le cadre d’une candidature aux Jeux, de même que le Jakarta International Expo dont les halls pourraient être reconfigurés le temps de l’événement pour les sports de combat par exemple.

Au-delà de ces sites, d’autres équipements de pointe pourraient être des lieux potentiels de compétition, à l’image du Parc Équestre International, du Pondok Indah Golf Course ou du Vélodrome International (3 500 places).

C’est donc désormais au politique de prendre le relais et de faire vivre le legs de ces jeux Asiatiques.
A court terme, le président Jokowi sort comme le grand vainqueur non sportif de l’évènement, ce qui pourrait l’aider en 2019 pour sa réélection, notamment auprès des électeurs de moins de 30 ans, qui représentent plus de 30% de la population indonésienne. A plus long terme, c’est toute une politique sportive qui doit être repensée et soutenue afin d’assurer des résultats continus sur la scène internationale aux sportifs locaux.

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1 COMMENTAIRE

  1. Dans le numéro 383 de LA CHRONIQUE D’AMNESTY INTERNATIONAL ( octobre 2018 ), il est question du nettoyage préalable des villes d’accueil : des opérations de police de grande envergure auraient conduit à la mort de 77 présumés délinquants, à des milliers d’arrestations et fait plusieurs dizaines de blessés.
    Des infos à ce sujet ?
    Il y avait aussi le « nettoyage » du fleuve qui traverse Jakarta ( la presse internationale a largement relayé l’info ) : les autorités s’étaient contentées de le recouvrir d’une bâche au lieu de le nettoyer …

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