« L’ETERNITE NE DURE JAMAIS LONGTEMPS »

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Critique du livre Le Portrait de Vincent van Gogh, par Berislav Loncarevic

Le Portrait de Vincent van Gogh, publié en janvier 2019 par l’écrivain croate, Berislav Loncarevic, appartient à ces livres étranges, pas vraiment classables, qui semblent s’adapter aux lecteurs. Selon celui qui le tient entre ses mains, l’histoire change. Pour certains, ce sera simplement la suite de Mon ami Vincent, pour d’autres ce sera un roman sur l’art ou sur la vie éternelle, et pour d’autres encore, ce sera un roman sur l’auteur, entrecoupé d’épisodes narratifs visant à soutenir le cadre de la petite histoire. Comme le dit Berislav Loncarevic, « certains aspects d’un roman ne peuvent être décelés et absorbés que par les lecteurs. Et d’une certaine manière, demeurer inconnus de celui qui les a créés ». Il est tout de même indéniable qu’à la lecture du Portrait de Vincent van Gogh, certaines questions seront posées dans l’esprit de la majorité des lecteurs. « Il n’y a donc rien qui soit éternel ? Pas même l’art ? » me suis-je demandé en refermant le livre, presque abasourdi par les conclusions de l’auteur. Si Oscar Wilde nous a pourtant suggéré en écrivant le Portrait de Dorian Gray – référence plus qu’assumée de l’auteur – que l’immortalité de l’art l’émancipait de son créateur quant à lui guetté par une fin promise, les dernières pages du livre affirment l’opposé : « L’éternité ne dure jamais longtemps ». Et ce, pas même pour l’art.

A travers un récit inspiré de faits réels, le livre nous emporte en premier lieu à Bali. Ses ruelles étroites, ces rizières, le bruit des scooters et le silence des rares plages préservées. L’écrivain, résidant sur l’île, nous livre un texte fortement infusé par la vie insulaire. Les descriptions de Bali nous apparaissent alors souvent sous la forme d’un réquisitoire contre la modernité dévastatrice. Comme le témoignage d’un premier résident, Certes conscient d’être un maillon de la chaîne, mais ne pouvant s’empêcher de voir le futur, au prisme de ressentiments souvent amers. Et au cœur de l’île, surgit l’intrigue. D’abord petite, comme un surfer qui se lèverait lentement sur sa planche pour sourdre la mer de sa présence, puis englobante, comme la vague qui finit par ravaler le surfer. Cette intrigue nous mène alors à travers une galerie de portraits entre peinture et réalité : des personnages étranges, mystérieux, des tableaux si réalistes, aux relents de souffrance si forts qu’ils en paraissent vivants. Enfin, derrière l’intrigue, ce sont les impressions de l’auteur qui jaillissent, avec effusion et sur autant de sujets qu’il y a de nuances dans ce qu’il écrit à leurs propos.

Ce sera d’ailleurs le seul reproche, ou plutôt regret, de ceux qui auront lu Le Portrait de Vincent van Gogh avec les mêmes yeux que moi. La grande histoire supplante parfois la petite, l’étouffe un peu trop à vouloir porter le roman sur ses seules épaules. Et c’est dommage, car en réalité c’est celle-ci qui étoffe le texte et le teinte des sentiments universels dont parle Rimbaud lorsqu’il nous dit qu’écrire, c’est fixer des vertiges.

En vente au Drifter Sell Shop, Periplus et Ganesha Bookstore à Bali.
Prix: 195 000rp

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