LES INDONESIENS FONT LEUR REVOLUTION DIGITALE

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Emmenée par le commerce en ligne, l’économie digitale indonésienne connait une croissance exponentielle ces dernières années. Celle-ci va continuer, et devrait même s’accélérer dans les années à venir pour faire de l’Indonésie la place forte de l’économie numérique en Asie du Sud-Est. A condition que les reformes et investissements continuent.

Il y a des chiffres qui ne trompent pas. Les Indonésiens passent quotidiennement plus de huit heures sur internet et sont 130 millions d’utilisateurs actifs de réseaux sociaux. Des données qui s’appuient sur la troisième plus grande population de jeunes au monde. L’économie digitale, qui valait 27 milliards de dollars en 2018, devrait voir sa contribution à l’économie nationale presque quadrupler et atteindre les 100 milliards de dollars en 2025.

Cette croissance est poussée par quatre services numériques clés,
le commerce en ligne (ou e-commerce) qui y contribue à 53%, le voyage en ligne (25%), les services de transport à la demande (14%) et les médias en ligne (8%).

Les ventes en ligne de biens physiques en Indonésie devraient ainsi être multipliées par 8 et atteindre 65 milliards de dollars en 2020
(8 milliards en 2018) d’après un rapport de l’entreprise de conseil McKinsey. C’est le développement du nombre d’utilisateurs internet qui favorise le plus cette expansion. Ils étaient 143 millions en 2018.
83% des usagers d’internet devraient acheter en ligne en 2020, contre
74% actuellement.

Le commerce en ligne a par conséquent eu un impact positif sur la création d’emplois et l’égalité sociale en Indonésie. Il devrait soutenir 26 millions d’emplois directs et indirects en 2020, contre 4 millions actuellement. En addition à ces emplois, un rapport de Google explique que la croissance des services digitaux de transport comme Grab et Go-Jek, qui opèrent dans la livraison de nourriture, le transport et la logistique, devrait permettre à ces deux entreprises de tripler le nombre de leurs partenaires conducteurs dans la région à 12 millions en 2025 contre 4 millions cette année.

Le e-commerce permet aussi aux acheteurs d’économiser de l’argent puisque les biens achetés en ligne sont entre 11 et 25% moins chers en moyenne, notamment pour les populations éloignées de Java, où les économies sont entre 4 et 14%.

Il permet aussi d’améliorer la parité et l’inclusion financière. De nombreuses femmes au foyer se voient désormais donner l’opportunité de vendre en ligne. Et dans un pays où la moitié de la population vit en dehors du circuit bancaire, les transactions digitales croient rapidement. E-money, qui est principalement utilisé par les individus à faibles revenus, a quadruplé entre 2014 et 2017.

Il existe néanmoins plusieurs défis pour continuer l’accélération du commerce en ligne et de l’économie digitale dans son ensemble. Le gouvernement doit s’assurer que la logistique et les infrastructures soient dignes de confiance. Actuellement l’Indonésie se classe 63e sur 160 pays en termes d’infrastructures.

Les systèmes de paiement en ligne jouent aussi un rôle important dans la croissance du e-commerce. Or, seuls 49% des Indonésiens ont actuellement accès aux services financiers, contre 85% en Malaisie et 82% en Thaïlande.

Si l’internet est clé dans la construction d’un écosystème digital fort, seuls 60% des PME du pays ont actuellement une présence en ligne. Parmi elles, 15% seulement ont des systèmes de commande et de paiement en ligne, ce qui montre la nécessité pour les PME de s’adapter à ces changements.

L’Indonésie fait aussi face à un manque de capacités techniques. Le pays ne produit que 8 diplômés en science, technologie, ingénierie et mathématiques pour 1000 habitants, contre 34 en Chine et 20 en Inde. Pour tenter d’y remédier, le gouvernement encourage les universités du pays à établir des programmes d’étude sur l’économie digitale. Il va aussi proposer une bourse pour les talents digitaux à destination de 25.000 jeunes en 2019. Entre 2015 et 2030 l’Indonésie va avoir besoin de 9 millions de talents digitaux, soit environ 600.000 par an. D’autres initiatives que celles du gouvernement seront donc nécessaires.

Les politiques du gouvernement jouent aussi un rôle important dans le développement de l’économie digitale nationale. L’Indonésie a révisé sa liste négative d’investissement en 2016 pour autoriser jusqu’à 100% d’investissements étrangers dans le e-commerce, si cet investissement est supérieur à 6,8 millions de dollars.
Le gouvernement est aussi engagé dans l’amélioration des infrastructures du pays afin de réduire les coûts logistiques. Cet effort doit être maintenu, notamment pour garantir l’accès aux zones rurales. Le gouvernement a enfin établi plusieurs agences pour soutenir l’économie digitale, comme le Bureau des technologies financières et l’Agence nationale de l’économie créative.

Cependant, même si l’économie digitale indonésienne croît jusqu’aux 100 milliards de dollars prévus en 2025, cela ne contribuera qu’à 4% du PIB national planifié par le gouvernement cette même année. Cette contribution demeure plus faible que dans des pays plus développés comme Les Etats-Unis (6,5%) ou la Chine (33%).

Mais l’élément important est de constater que l’écosystème général se met peu à peu en place en Indonésie, et de manière générale partout en Asie du Sud-Est, afin de réduire l’écart avec les pays développés. Parmi les six facteurs (le financement, la connexion internet, la confiance des consommateurs, les talents digitaux, la logistique et les méthodes de paiement) qui limitent la croissance de l’économie numérique, l’Indonésie a réalisé des progrès significatifs sur les trois premiers grâce à une plus grande confiance des investisseurs, aux programmes d’infrastructures du gouvernement et à des campagnes marketing efficaces.

Les marges de progression se situent donc essentiellement dans la disponibilité d’une main d’œuvre qualifiée, la logistique et les moyens de paiement.

Le gouvernement actuel, en cas de réélection, promet de continuer ses programmes d’infrastructure et de mettre l’accent sur le développement d’une vraie politique d’amélioration des ressources humaines. Pour ce qui est des paiements, les entreprises internet vont devoir s’associer avec d’autres pour augmenter l’intégration des services de paiement dans un paysage pour l’instant trop fragmenté. La révolution numérique indonésienne est en marche.

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