L’EDUCATION, MERE DE TOUS LES MAUX INDONESIENS

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Toutes les études internationales le montrent, le système éducatif public indonésien est à la traîne. Bien loin des standards d’un pays du G20 qui se rêve en 5e économie mondiale à l’horizon 2030. Le gouvernement semble en être conscient. Après le développement des infrastructures, il a décidé de mettre l’accent sur celui des ressources humaines. Un travail titanesque. Impossible ?

Nationaliste et religieux. C’est la plateforme unique de tous les partis politiques en Indonésie. C’est aussi le cœur du programme éducatif du système public national. On peut comprendre le nationalisme. Dans un pays aussi vaste et divers, le nationalisme représente le ciment du NKRI, l’unité territoriale et nationale chère aux dirigeants. Dans le contexte indonésien, on peut aussi comprendre la religion. L’Indonésie est un des pays les plus religieux au monde, et dans l’esprit des dirigeants de ce pays, l’éducation religieuse est une éducation morale. En ce sens, le système éducatif indonésien est efficace. Il crée en effet à la chaine des individus nationalistes et religieux. Mais ni le nationalisme ni la religion ne forment d’ingénieurs, de managers, de programmeurs ou de fonctionnaires compétents. Ni le nationalisme ni la religion ne développent l’esprit critique et la réflexion nécessaires à la créativité, à l’indépendance et à la prise de décision autonome.

Certains ont probablement déjà entendu parler de l’étude PISA menée annuellement par l’OCDE. Celle-ci juge les compétences des étudiants de 15 ans et place trop régulièrement l’Indonésie en queue de peloton.
Il y a eu moins d’écho concernant une autre étude rendue publique par l’OCDE en juin 2017, le PIAAC. Cette dernière juge cette fois les compétences des adultes de 16 à 65 ans, la partie productive de la population, dans une quarantaine de pays et en matière d’alphabétisation, de compréhension mathématique et de résolution de problèmes dans un environnement technologique. C’est la première fois que l’Indonésie participait volontairement à cette étude.

Sur les 34 pays comparés, l’Indonésie s’est constamment classée dernière dans toutes les catégories, pour tous les âges. Par exemple, le score en alphabétisation des adultes indonésiens entre 25 et 65 ans avec une éducation universitaire est plus bas que la moyenne des adultes de 16 à 24 ans ayant seulement une éducation primaire des autres pays de l’OCDE. En d’autres termes, les adultes indonésiens diplômés d’université sont moins compétents en lecture que les diplômés d’école primaires des autres pays de l’OCDE. Les diplômes universitaires ne veulent donc rien dire des compétences d’un Indonésien. Tous les employeurs étrangers dans l’archipel le savent déjà. Et ces diplômés du tertiaire ne représentent qu’environ 14% de la population active nationale, contre plus de 43%, soit plus de 52 millions de personnes, qui n’ont que l’école primaire comme (mauvaise) formation.

Pour remuer le couteau dans la plaie, le test PIAAC n’a été mené qu’à Jakarta, le centre du développement indonésien. On peut donc imaginer que s’il avait été national, les résultats eussent été encore pires.

D’après un rapport très récent de la Banque Mondiale, les enfants indonésiens pourraient ainsi n’atteindre que la moitié de leur potentielle productivité au moment où leur génération arrive sur le marché du travail, démontrant un besoin pressant pour le pays d’améliorer sa santé et son éducation.

Le nouvel Index de capital humain offre un nouveau moyen de juger comment les pays parviennent à permettre à leurs citoyens d’atteindre leur potentiel maximum. Il mesure 5 indicateurs simples, dont des études scientifiques ont montré qu’ils sont fortement liés à la productivité d’une nation.

Il s’agit de la probabilité de survivre jusqu’à l’âge de 5 ans ; le nombre attendu d’années d’école ; un test de mesure de la qualité d’apprentissage ; une croissance en pleine santé ; et le taux de survie adulte.

D’après ce rapport, l’Indonésie se classe 87ème sur 152 pays avec un score de 0,53 sur 1. Cela signifie que les enfants du pays atteindraient 53% de la productivité potentielle maximale que leur génération aurait pu atteindre si elle bénéficiait d’une bonne santé et d’une excellente éducation.

L’Indonésie dépasse ses pairs parmi les pays à revenus moyens-bas, qui ont une moyenne de 0,48, mais est juste en-dessous de la moyenne globale et derrière les autres pays d’Asie-Pacifique, qui ont une moyenne de 0,62. Singapour est au sommet avec 0,88, alors que la Malaisie est en 55e place avec 0,63.

Si l’Indonésie veut s’améliorer, l’approche transformatrice doit être d’améliorer son capital humain.

Le problème majeur qui ralentit la productivité future du pays est le retard de croissance. Alors que 97% des enfants indonésiens survivent jusqu’à l’âge de 5 ans (comme la moyenne globale), seuls 66% grandissent en bonne santé.

Pour faire face à ce problème le gouvernement a lancé en août 2017 un plan national de 14,6 milliards de dollars pour accélérer la prévention contre le retard de croissance qui pourrait bénéficier à 48 millions de femmes enceintes et d’enfants de moins de 2 ans sur les 4 prochaines années.

En termes d’éducation, les résultats sont mitigés. Les étudiants indonésiens doivent en théorie passer 12,3 ans à l’école (plus que la moyenne mondiale) mais leurs résultats aux tests de compétence sont là encore en-deçà du reste du monde.

Dans les résultats ajustés, qui combinent les résultats aux tests et les années passées à l’école, les enfants indonésiens ont une qualité d’apprentissage seulement équivalente à 7,9 années d’école.

Cela malgré 20% du budget national annuel alloué à l’éducation. En 2018, le budget était de 29 milliards de dollars, soit une hausse de 5,8% par rapport à l’année dernière.

Un rapport de l’institut Smeru, de Jakarta, indique que la majorité des dépenses d’Etat pour l’éducation vont vers la certification des enseignants et les dépenses opérationnelles, qui ont un impact très limité sur la qualité de l’apprentissage.

Le Président Jokowi a conscience du problème. Après avoir mis l’accent, avec un succès certain, sur le développement des infrastructures pendant son premier quinquennat, il ne cesse désormais de répéter que la prochaine étape réside dans le développement du capital humain indonésien. Ses efforts portent notamment vers les filières professionnelles, qu’il souhaite être en lien direct avec les industries afin de mieux répondre à leurs besoins. L’effort est louable, et semble représenter un pas dans la bonne direction. Il n’est en revanche pas question d’une réforme profonde du système éducatif général. Il est vrai que le chantier est titanesque. Et explosif. Voire tabou. Les prochaines générations indonésiennes seront donc nationalistes. Et religieuses.

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1 COMMENTAIRE

  1. Excellent article, certainement tres objectif. Et oui, la religion… Enfin, certaines religions sont un frein au developpement, mais pas d`autres…

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