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Le port de Balikpapan entre histoire et modernité

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Vers 18h, c’est toujours l’animation des
grands soirs sur les quais de Balikpapan.
Les camions, pour la plupart en mauvais
état, attendent l’embarquement sur
d’énormes ferries en partance pour
Java ou Sulawesi. Certains débordent de
régimes de bananes, d’autres de mangues.
Un bric-à-brac en tout genre où les
klaxons et les moteurs ronronnant font
partie du spectacle. Des voyageurs, des
sacs sur la tête, chargés comme des mules
se dirigent vers la gare maritime. Nous
sommes dans le troisième port le plus
important de l’archipel, après Jakarta et
Surabaya. En 2008, 300 000 personnes ont
embarqué et presque autant ont débarqué
dans cette ville de Kalimantan-Est.

Le port de Semayang appartient à la
zone portuaire 4 de l’Indonésie, qui
regroupe l’Est de cette province, Sulawesi,
les Moluques et la Papua. Il est situé à
l’embouchure de la ville, en prolongement
du terminal du bois, du terminal du
charbon et de l’immense raffinerie de la
société Pertamina. Le responsable du trafic
de Semayang contrôle les entrées et les
sorties des navires qui officient vers ces
centres commerciaux. Ils n’ont aucun lien
les uns avec les autres. Semayang se charge
de transporter des marchandises et des
passagers avec ou sans véhicule. Le port
existait bien avant l’arrivée des colons
mais la découverte du pétrole, à la fin du
19ème siècle, l’a fait croître plus encore.
Depuis 1983 et l’instauration d’une vraie
politique commerciale, le port est en
pleine expansion.

« A l’époque des Hollandais, la zone du port
faisait à peine 80 mètres de long, explique
Ismaël Mnoor, le chef du Cargo service.
Maintenant il fait plus de 489 mètres.
C’est un port public qui est la propriété des
autorités indonésiennes. Nous sommes en
train de développer une structure beaucoup
plus moderne au nord d’ici car l’activité
ne cesse de croître. Les investisseurs sont
essentiellement des Indonésiens. » Dans
l’immeuble des responsables du cargo, ce n’est pas la grande effervescence. Un
bureau de fonctionnaires à l’heure de la
sieste. Rando est installé devant deux
ordinateurs, la musique de ST12 à plein
volume. Vêtu d’une chemise estampillée
Semayang, il nous fait visiter les lieux. Il
travaille au planning du fret maritime.
Dehors, un porte-container fait le
tri entre les énormes boites. L’année
dernière, plus de 43 000 conteneurs
ont été débarqués ici. Presque autant
ont repris la mer. La zone où ils sont
empilés est assez impressionnante : 4,80
hectares sur terre et 10,4 hectares gagnés
sur la mer. « Cela peut-être tout type de
marchandises, nous transportons même du
charbon qui arrive du nord de Kalimantan.
Il est placé dans des grands sacs de toile.
Un container peut en faire rentrer 450 ! explique Mansyur, assistant-manager. Il y
a deux types de qualité de charbon. Celui
utilisé pour la consommation domestique
qui part en cargo. Il est de qualité moyenne
et utilisé par la population indonésienne.
Le charbon de meilleure qualité part pour
l’exportation. » Et ce charbon est traité
dans le terminal situé un peu plus haut
dans l’estuaire de la ville.

Une petite croisière en speedboat permet
de s’approcher d’une drôle de fabrique,
un centre de tri. Ici, les bateaux chargés
du combustible noir débarquent leur
cargaison. Celle-ci est vidée dans de
grands entonnoirs avant de gravir des
montagnes russes de tapis roulants. Après
avoir été traité et avoir subi une sélection
sévère, le charbon de meilleure qualité
termine sa route
dans un navire
à d e s t i n a t ion
de l’étranger.
Ce matin, celui
qui a t tend s a
m a r c h a n d i s e
porte le pavillon
de Panama. Sur la
coque pourtant,
tout es t écr i t
en chinois. En
2008, des milliers
de tonnes de
charbon, pour
une valeur de
20 000 milliards
de roupies, ont
t r a n s i t é p a r
Balikpapan. Un
peu plus haut, c’est le bois déjà coupé qui part pour d’autres
îles, essentiellement l’est de Java.

Certains soirs, le port de Balikpapan,
en plus de ces précieuses marchandises,
ressemble à un aéroport international.
Des centaines de passagers embarquent
à destination des autres îles de l’archipel.
Dans un sacré capharnaüm. Les Indonésiens
interrogés sont unanimes pour confirmer
que les conditions de voyage sont loin
d’être idéales. « Pour rejoindre Surabaya,
explique Anto, un jeune Javanais, je vais
mettre 36 heures. Je vais voyager sur un
fauteuil. C’est vrai que c’est sale et qu’il y
a beaucoup de monde mais ce n’est pas
cher. » Avec l’explosion des tarifs aériens,
les voyages en ferry ont de beaux jours
devant eux. Pour effectuer le voyage de
Balikpapan à Surabaya, il faut compter
environ 200 000 roupies. 47 ferries et roro
(ceux-ci ne transportent pas de véhicules)
partent chaque mois. En 2008, le port a vu
le passage de 1450 navires étrangers et de
4791 navires nationaux.

Aujourd’hui, l’objectif est l’extension
de la zone du fret. « A l’avenir, nous
augmenterons la capacité d’accueil de la
zone cargo, explique Ismaël Mnoor. Dix
hectares ont d’ores et déjà été gagnés sur la
mer. Dès 2012, les containers rejoindront le
nouveau terminal en face. Les grands bateaux
partiront aussi de là-bas. Ici à Semayang, il ne
restera que les petits ferries.» Une époque
qui s’achève donc.

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