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Le porc-epic, un petit rongeur secret

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Je conduisais de nuit sur une petite route perdue lorsque soudain, dans les phares de ma voiture, à travers la bruine, j’ai vu une silhouette de bonne taille bouger. On aurait dit qu’elle titubait, ivre, d’un côté à l’autre, alors qu’elle cheminait volontairement devant moi au milieu de la route. Conduisant juste derrière, j’ai vu qu’il s’agissait d’un vieux porc-épic fatigué, ses longues épines entourant ce qui ressemblait à une zone pelée au milieu de son dos. Ce vieux camarade prenait son temps et j’ai ralenti pour être en mesure de rester derrière lui. Puis, après un regard au dessus de son épaule qui semblait dire « oui, je sais, c’est bon, je dégage maintenant », il a viré vers la gauche, sur le bord, puis dans les buissons. Il avait disparu. Peut-être un chien des rues de Bali avait essayé de l’attraper et je me demandais si la poignée de piquants manquants sur son dos étaient encore plantés dans le museau du chien.

Le porc-épic asiatique (Hysterix brachyura) est un rongeur herbivore aussi gros qu’un chien de taille moyenne et est encore très répandu à Bali. Il possède une fourrure marron et son dos est couvert de longues et effilées épines rayées noires et blanches. Ils vivent en groupe et donnent naissance à un ou deux jeunes après trois mois et demi de gestation. Les épines sur les jeunes sont sans danger, mais elles durcissent lorsqu’ils deviennent adultes. Ils peuvent vivre jusqu’à 25 ans. Le nom indonésien du porc-épic, landak, est confusément aussi attribué à d’autres mammifères à épines sans rapport comme les échidnés, toute particulièrement le hérisson, qui sont vendus sur les marchés aux animaux comme des landak mini.

Les villageois près de chez moi me disent qu’ils en attrapent souvent. Ils les gardent un moment, le temps de les engraisser, jusqu’à ce qu’ils soient près à être cuisinés. Il se dit que le porc-épic rôti est savoureux, bien que je n’aie encore jamais eu le privilège d’y goûter. Avec leur démarche ondulante, leur gueule protubérante et les grognements qu’ils poussent, ces créatures sont très amusantes. Mais si vous tentez de les attraper, vous allez rapidement comprendre quel est leur moyen de défense. Un porc-épic menacé va soudainement pivoter pour vous faire face, déployant ses longues épines pour quasiment doubler la taille de son corps. Il va les remuer afin qu’elles produisent un son semblable à celui du serpent à sonnette. Et si vous continuez à menacer ce rongeur, il va vous charger en arrière à une vitesse déroutante et essayer de vous empaler sur ses piquants.

A Lombok, j’étais dans un hôtel où le propriétaire gardait des spécimens qu’il avait sauvés dans les environs. Il en possédait dix, tous adultes, et je devine qu’il avait dû payer des villageois pour les obtenir. Ils vivaient dans un vaste enclos et quelques uns sont immédiatement venus me renifler à travers le grillage, leur museau aux poils raides explorant mes doigts. J’ai cependant tenu mes mains à distance de leurs longues incisives jaunâtres qui semblaient bien capables de trancher un bout de chair tendre !

Ces animaux font de profonds terriers sur les bords pentus qui mènent en bas des vallées, les entrées étant habituellement couvertes de végétation. La nuit, ils en émergent pour se nourrir et sont perçus comme des nuisibles pour les récoltes. Utilisant leurs griffes et leurs dents, ils creusent le sol pour en extraire les racines de végétaux. Le manioc de notre jardin a été complètement détruit par ces animaux qui cherchent leurs tubercules particulièrement nutritifs.

Alors, comment les attrape-t-on ? Les fermiers se servent de pièges avec un appât. Mais extraire un porc-épic tous piquants dressés d’une de ces cages doit être une tâche bien ardue, étant entendu que la bête va déployer ses piquants à tous les angles. Une façon plus pittoresque de les capturer consiste à couper une section d’un à deux mètres de tronc de bananier. Une fois que l’animal est repéré, il suffit de jeter le tronc sur lui. Une fois bien enfoncé sur ses piquants, le poids supplémentaire du morceau de bananier va ralentir et fatiguer le porc-épic qui sera ainsi facile à attraper !

Il m’est arrivé de passer quelques heures bien frustrantes au zoo Ragunan à Jakarta, où un porc-épic en cavale se cachait sous des voitures dans le parking. Bien à l’ombre sous les véhicules, il résistait à tous les efforts déployés pour le recapturer. L’encercler était assez facile mais chaque fois que nous essayions de passer sous une voiture pour lui passer un nœud coulant, l’animal se mettait à nous charger en marche arrière, obligeant les candidats à sa capture à battre en retraite rapidement afin d’échapper à ses terribles piquants.

Regardant par ma fenêtre de bon matin, alors que des rideaux de bruine dérivaient à travers les rizières, j’ai remarqué un mouvement dans les herbes alang-alang juste au-delà de mon mur. A ma surprise, un petit landak déambulait jusqu’à apparaître complètement, son petit corps se balançant timidement sur les herbes aplaties. L’instant d’après, comme si sa mère lui avait crié : « Qu’est-ce que tu fais là à découvert ? Tu vas te faire manger ! », il avait tourné les talons et disparu. Pour moi, il est gratifiant de savoir que ces animaux timides mais intéressants sont encore là parmi nous.

Pour toutes questions sur la vie naturelle en Indonésie, posez vos questions par courriel à [rphlilley@yahoo.co.uk->rphlilley@yahoo.co.uk], ou sur Facebook à « Ron Lilley’s Bali snake Patrol »

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