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Le plus précieux des cadeaux

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2ème partie. Le mois dernier, ces colonnes décrivaient l’urgence avec laquelle notre société sacrifie le bien-être et le bonheur des bébés et de leurs mamans sur l’autel de la sacro-sainte « indépendance » de nos nourrissons. Maintenant que bébé a compris qu’il doit se débrouiller seul, me direz-vous, il a souffert, certes, mais il est armé pour se débrouiller dans la vie ! Malheureusement, c’est là que l’absurdité de nos sociétés développées prend toute son ampleur. Il est là l’immense paradoxe de notre système éducatif, racine même du mal-être de nos enfants ! On ne peut aborder la notion du temps laissé à nos enfants sans aborder la notion de liberté. A ce moment de l’enfance où les petits ont besoin de proximité, on leur impose une séparation engendrant un sentiment d’abandon alors que plus tard dans l’enfance, au moment où ils ont besoin de liberté, on leur pose beaucoup trop de limites.

Les enfants ont un besoin naturel de jouer à l’air libre, sans limite de temps et sans entrave. Leur besoin de vagabonder librement dans la nature, sans la surprotection des adultes, est inné. En 2011, l’UNICEF a demandé à 250 enfants de trois pays européens ce dont ils avaient besoin pour être heureux. Les trois premières réponses furent édifiantes : avoir du temps (particulièrement avec leur famille), avoir de bons amis et faire plein de choses dehors, en plein air. D’autres études ont montré que lorsque les enfants sont autorisés à jouer de manière non structurée dans la nature, sans limite de temps, leur sens de la liberté et d’autonomie ainsi que leur joie de vivre augmentent.

Or, dans nos sociétés occidentales, nos enfants vivent en résidence surveillée. Les dangers à l’extérieur du cocon familial sont devenus si terrifiants que nous nous sommes toutes transformées en Clémentine, l’héroïne de Boris Vian, et que, pour les abriter des pédophiles et des voitures, nous avons enfermé nos enfants dans des cages dorées. Nous les avons également enfermés, par des emplois du temps rigides, dans des activités sans fin, programmées du réveil au coucher. Dès la crèche, les parents exploitent chaque heure de la vie de leur enfant qui ne doit prendre aucun retard dans la grande compétition de la vie moderne. Par peur de l’avenir et pour avoir le plus de « chances » de réussir possible, les enfants sont inscrits à des leçons de piano avant même d’être capables de lacer leurs chaussures, ils participent à des compétitions de natation avant même d’être autorisés à traverser la rue tous seuls, leurs professeurs leur enseignent à résoudre des problèmes d’algèbre alors qu’ils ne sont même pas capables d’aller faire des courses à l’épicerie du quartier…

La société distille une peur de l’avenir qui ne peut être apaisée qu’en sacrifiant le jeu et le temps libre. Là est la vraie tragédie de notre société. Nos enfants doivent certes s’adapter au monde adulte, mais la tyrannie de nos montres les empêche de faire l’expérience du moment présent et les mène tout droit au stress, voire à la dépression. Les jeunes subissent de telles pressions pour être les meilleurs qu’ils finissent tout simplement par s’estimer ratés au lieu de voir leurs qualités.

Dans nos grandes villes, les espaces ouverts dédiés à l’amusement des enfants sont en constante diminution. De plus, les enfants, même ceux qui ont des parents qui les autorisent à jouer dehors, renoncent souvent à sortir parce qu’ils se font réprimander, voire, s’ils sont adolescents, menacer de violence par des adultes, juste parce qu’ils font du bruit ou dérangent les riverains. Ici, à Bali, nous n’avons pas ce genre de problèmes. A l’abri de nos petits gang verdoyants, il est encore possible à nos bambins de se retrouver entre voisins, bule ou balinais, pour construire une cabane ou organiser un petit commerce de vente de citronnades. La modernisation galopante et la motorisation effrénée de chaque humain en âge de marcher sur ses deux pieds met malheureusement un frein à certaines activités. Je regrette par exemple que ma fille n’ait presque pas pu utiliser son vélo par peur des mobylettes pétaradantes qui se faufilent partout, même dans les ruelles les plus étroites. Mais les occasions ne manquent pas, après l’école, de se retrouver dans un bout d’espace vert, pour faire ce que l’on veut avec les copains. A nous, parents, de leur faire confiance et de leur offrir cette liberté physique dont ils ont tant besoin. Laissons-leur l’opportunité d’exercer leur volonté, elle est leur force motrice, ce qui les fait avancer. Nier la volonté d’un enfant, c’est lui nier son droit à la vie. J’ai lu dernièrement que « le contraire de l’obéissance n’est pas la désobéissance mais l’indépendance. Le contraire de l’ordre n’est pas le désordre, mais la liberté. Le contraire du contrôle n’est pas le chaos, mais la maîtrise de soi. »

La proximité affective à un âge tendre suivie de liberté et d’indépendance à l’âge de raison produit vraisemblablement les enfants les plus heureux. Si le bonheur résulte de la liberté, alors le malheur des enfants occidentaux de nos jours est sûrement causé en partie par le fait qu’ils sont moins libres qu’aucun enfant ne l’a jamais été au cours de l’histoire.

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