L’ART S’INSTALLE A DENPASAR GRACE A CUSHCUSH GALLERY

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A Denpasar, la galerie d’art CushCush souffle sa deuxième bougie, et renouvelle son mois d’exposition avec Denpasar 2018 : un thème, une galerie, des artistes sélectionnés, une multitude de domaines artistiques et des évènements chaque semaine. L’an dernier, l’expo s’était tenue autour du thème des « marchés de Denpasar », un espace où les habitants montraient leur identité. Pour 2018 c’est la couleur « Jingga », une teinte orangée qui apparaît au crépuscule, lorsque le ciel s’assombrit progressivement après le coucher du soleil. Cet événement a été créé pour mettre en avant les jeunes artistes de Bali. Comme l’an dernier, CushCush Gallery profite de ce long mois d’expo qui se prolonge en fait jusqu’à décembre pour promouvoir l’aspect artistique négligé du chef-lieu de Bali : elle a donc créé une carte où sont représentés tous les lieux dédiés à l’art en général. Et le verdict… c’est qu’il y en a beaucoup ! Mais trop souvent méconnus et ignorés des habitants et touristes. CushCush Gallery relève donc le défi lors de ce festival : montrer l’identité de Denpasar d’un point de vue culturel et artistique, autour d’une exposition, d’ateliers et de discussions. Pour nous expliquer cet événement hyper novateur, nous avons rencontré Meiffi Oscar, membre de CushCush Gallery.

Bali-Gazette : CushCush Gallery a un fonctionnement et une origine particulière…
Meiffi Oscar : C’est une galerie zéro profit. A la base, CushCush c’est une entreprise qui conçoit et personnalise l’ameublement pour des designers et des architectes. Dans l’esprit de partage et de volonté de dialoguer dans des domaines pluridisciplinaires, les fondateurs ont transformé l’espace d’entrepôt en une galerie d’art alternative, où toutes les disciplines créatives peuvent être exposées. C’est pour encourager l’expression des artistes de Denpasar, pour créer un lieu propice à la créativité, où l’échange d’idées et les inspirations mutuelles s’entremêlent.

C’est vrai qu’à Denpasar, des galeries d’art on n’en voit pas beaucoup, non ?
L’art à Denpasar n’est pas visible. C’est pour ça qu’on a mis en place depuis l’an dernier une carte avec un plan où on trouve tous les lieux destinés à l’art : musées d’art et galeries, institutions culturelles, enseignement artistique, communautés de créateurs, studios d’artistes et monuments publics. Dans l’espoir d’attirer l’attention des touristes et des habitants, pour qu’ils viennent explorer les facettes artistiques de la ville.

La signature de Denpasar dans l’art, elle se caractérise comment ?
Denpasar, c’est une grosse ville, il y a le trafic, le « bordel permanent ». C’est différent comme ambiance, ça peut faire penser à Yogyakarta… Donc forcément dans l’art ça se ressent, c’est moderne et contemporain. Ubud en revanche, c’est vraiment différent, bien plus plus traditionnel, un peu conservatoire de l’art même si la plupart des artistes qui bossent là-bas sont des Javanais qui ont fait leurs études à Yogyakarta. Canggu et Denpasar se complètent artistiquement… La première a un style street art dans les rizières tandis que Denpasar est résolument urbaine.

Et le thème « Jingga » de Denpasar 2018, que signifie t-il pour les artistes ?
L’an dernier c’était sur le thème plus général des marchés et de ses langages. Cette année, Jingga, en balinais, c’est une couleur correspondant au « twilight », le crépuscule, c’est-à-dire le moment où les derniers rayons de soleil laissent place à la nuit noire. C’est une métaphore de la façon dont nous pouvons percevoir deux choses différentes sur un même instant, un moment sombre qui peut tout de même nous bercer par sa beauté. Nous voulons montrer et comprendre les luttes et les victoires du peuple de Denpasar, et comment ils interprètent leur foyer pouvant être à la fois étouffant et envoûtant. Ça sera la découverte des aspects lumineux et sombres de cette ville, pour construire et remettre en question ce vécu. De la part des artistes, nous n’attendons pas de la traduction littérale de ce thème, mais il faut le faire transparaitre dans les œuvres… On voudrait qu’ils ouvrent au monde entier les portes sur la vie existante à Denpasar.

Vous avez des soutiens de la ville pour ce gros projet artistique ?
Oui nous avons des soutiens du gouvernement de Denpasar qui nous ont appuyés depuis Denpasar 2017 et continuent cette année. Ce sont PHRI Bali, BPPD Denpasar et Badan Kreatif Denpasar. C’est grâce à eux notamment qu’on a pu distribuer notre Art+Design Maps dans beaucoup de lieux. L’an dernier nous en avons distribué près de 6000 dans plus de 61 endroits, et cette année nous visons les 10 000 cartes.

Parlez-nous des artistes que vous attendez…
Pour l’exposition Denpasar 2018, entre 80 et 90 artistes ont envoyé leurs œuvres. Ce sont des photographes, des peintres, des illustrateurs, des designers, et parmi eux 12 ont été sélectionnés. Ce sont des artistes émergents, la plupart sont jeunes mais il y a aussi des plus anciens. Certains viennent d’écoles d’art, mais d’autres sont autodidactes. Il y a des Balinais et quelques étrangers. Certains jours de semaines et tous les weekends il y aura des évènements dont par exemple des talk-show, de la peinture sur porcelaine… Il faut absolument que les gens des alentours viennent y participer !

Est-ce que votre action initiée l’an dernier a déjà placé Denpasar sur la carte de l’art ?
CushCush, c’est de l’art work, c’est faire entrer une nouvelle vibe à Denpasar, pour inviter des artistes, des danseurs, des photographes… Tous les gens qui ont assisté et participé à notre festival de l’an dernier ont été marqués par l’énergie et la foule qui s’est pressée lors des événements. La carte de l’art a eu aussi beaucoup de succès, c’est pourquoi on en imprime beaucoup plus cette année. Donc oui, c’est une réussite et c’était un vrai besoin que de fédérer les artistes et de travailler à l’identité artistique de la plus grande ville de Bali. En fait, la foule nous a témoigné simplement qu’elle avait besoin de voir sa ville à travers les yeux des artistes. Et puis, pour vivre dans notre temps, et pas simplement rester dans une image figée de l’art un peu comme à Ubud, c’est important que Denpasar vienne au-devant de la scène pour témoigner de la vivacité et de la créativité des artistes contemporains.

Propos recueillis par Victoria Gurtler

CushCush Gallery, gg. Rajawali No.1A, Dauh Puri Klod, Denpasar.
Du 5 octobre au 4 novembre. http://cushcushgallery.com/CCG

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