Laisse béton !

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Malgré un mental d’acier, je me sens d’humeur funèbre. La nouvelle vient de tomber et je l’ai bêtement ramassée (en pleine figure)! Le terrain devant Berawa Beach, la dernière plage sexy du coin a été rachetée pour quelques millions de dollars par un consortium international de bétonneurs. Est-ce un coup des franc-maçons? Comme un bétonneur ça bétonne, l’idée est de chasser les petites paillottes de plage qui font pourtant le ciment de la vie sociale du quartier pour les remplacer par…un méga beach club! Il est vrai que malgré Ulucliff House, Omnia, Sundays Beach Club, Karma Beach, El Kabron, The Edge, Ibiza in Bali, Kudeta, Potato Head, Woobar, Alila, Tropicola, Finns Club, La Laguna, Alternative Beach, The Lawn ou La Brisa pour ne citer qu’eux, ainsi que les chantiers en cours que sont Skygarden beach club et Café del Mar, il était primordial d’en construire un 54ème! Ca manquait dans la région! Une grosse franchise de type Ibiza est annoncée. Un rouleau compresseur baléarique de plus, qui va tout emporter sur son passage. Ah vous allez en bouffer des tapas! Dorénavant, il faudra apprendre l’espagnol pour lire le menu! Vous paierez votre tortilla au prix du caviar et musicalement on vous servira de la soupe commerciale! Remarquez, une fois toutes les plages de Bali construites, nous ne serons plus emmerdés par ce sable qui colle partout! Bien sûr, vue l’ampleur des sommes investies, il va falloir rentabiliser! Et pour cela ils ont pensé à vous! Ils se sont dit qu’à la place de votre promenade quotidienne sur la plage vous alliez plutôt payer 200 euros pour un « day bed » et son larbin en short qui dégaine plus vite que son ombre le briquet, chaque fois que vous voulez allumer une clope! Sincèrement, ça me rend marteau d’imaginer ces troupeaux de bimbos charpentées, la face en chantier et le sourire en dents de scie, qui viendront pour se faire emplâtrer. Mais attention aux râteaux! Ces jeunes asiates en mode « total look de couple », qui vont se rouler des pelles en faisant des selfies pour montrer qu’ils étaient « at ze place to be »! Et puis, clou du spectacle, vous subirez le mauvais saxophoniste, tout de blanc vêtu, qui jouera de la musique d’ascenseur. Ca mérite des plumes et du goudron! Mais loin de moi l’idée de vanter le Bali d’antan. Pas de discours d’ancien combattant aigri qui pleure sa jeunesse perdue. Je vous parle de ce qui me touche aujourd’hui sur cette île: cette culture alternative unique que nous avons tous contribué à créer: le street art dans les rizières de Canggu, les full moon parties folles et cette musique underground de qualité qui disparaitra avec ces pompes à fric industrielles. On décrie le mur de Trump mais nous, nous emmurons la mer. Alors profitez bien ces prochaines semaines de la plage de Berawa, des Kokoloko, Shack, Tukan Beach ou Brekele. Prenez des photos et faites le plein de souvenirs. C’était pas mieux avant: c’est bien MAINTENANT. Mais dans quelques semaines, lorsque les « macadam cowboys » javanais en gilets jaunes et casques playmobil viendront avec pelleteuses et grues, ça le sera moins.

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