L’AGUNG TOUSSE ET L’ECONOMIE DE BALI S’ENRHUME : TEMOIGNAGES

PARTAGER SUR

La plus grande partie de l’économie de Bali est liée au tourisme, aucune autre industrie n’est autorisée sur l’île. Or le tourisme est particulièrement sensible à toutes les perturbations qu’elles soient politiques, sociales, environnementales et bien sûr climatiques. Depuis que le volcan Agung s’est réveillé en septembre dernier, de nombreuses entreprises ont vu leur chiffre d’affaires s’effondrer, jusqu’à 80% pour certaines d’entre elles, sans compter celles qui ont fermé préventivement et provisoirement en mettant leur personnel au chômage technique. Nous avons rencontré trois entrepreneurs francophones installés de longue date qui nous aident à relativiser même s’ils admettent que c’est probablement la plus grave crise économique que Bali s’apprête à traverser en plus de 20 ans.

Jerôme Perrussel et Mohammed « Momox » Kerbich. Atlantis Dune, société de plongée et croisières
« Jérôme : Je pense sans cesse à l’Agung, ça m’obsède au point que je prends presque chaque matin une photo du volcan en descendant depuis Ubud, il joue avec nos nerfs, je dis des conneries à longueur de journée pour faire échapper la pression. Contrairement à toutes les autres crises qu’on a traversées, on ne sait pas combien de temps ça peut durer. Avec les deux attentats de 2002 et 2005, tout est revenu dans l’ordre au bout de quelques mois à peine, on s’habitue aux bombes. Et à l’époque, je n’avais que 8 employés, c’était plus léger et plus flexible. A présent, avec 45 personnes, tous les salaires ont été divisés par deux depuis ce mois de janvier et nous avons 6 mois de trésorerie devant nous, pas plus.
Momox : Pour l’instant, les croisières ne sont pas touchées parce qu’en saison humide et à cause du régime des vents, on est du côté de Raja Ampat, donc nos clients arrivent par avion directement de Jakarta. Mais à partir de mai, le bateau sera positionné à Komodo et là, on sera dépendant de l’aéroport de Bali, ça va se compliquer.
Jérôme : Quand l’Agung a commencé à se manifester en septembre, on a eu quelques annulations. Mais le coup de grâce, ça a été ce matin du dimanche 26 novembre quand nos clients de Tulamben nous ont envoyé des photos du panache tout gris de l’Agung, je me suis empressé de les rapatrier vers le sud dans la journée par précaution. Dans les 15 jours suivants, je n’ai reçu que des annulations. Je réussis encore à vendre de la plongée sur Nusa Penida et Padang Bai, et du day trip sur Tulamben comme d’habitude.
Momox : On part demain à Hong-Kong exposer sur un salon de la plongée mais c’est de l’argent dilapidé parce qu’on ne pourra pas promouvoir Bali comme on le fait d’habitude.
Jérôme : Bali m’a tout donné, j’y ai rencontré ma femme, fait mes enfants ici, obtenu une certaine prospérité en travaillant dur, je suis très redevable à cette île. Mais devant la nature, on ne peut s’en prendre à personne, je ne suis pas dévasté mais c’est difficile, il faut serrer les fesses. Je pense beaucoup aux Balinais qui vivent à crédit et à tous ceux qui viennent de lancer leur business. Je réfléchis aussi avec ma femme à l’avenir et à ne plus mettre tous nos œufs dans le même panier. En attendant, on profite de ce temps mort pour améliorer notre organisation, ranger, réviser notre matériel, faire des choses qu’on a laissées de côté depuis des années faute de temps.  Nous vous attendons tous sur Bali en 2018. Le volcan ne concerne que 10% de l’île. Bonne année 2018 ! »
www.auroraliveaboard.com – www.atlantis-bali-diving.com

Jean-Marie Peloni. Espace Spa Canggu
« Je travaille depuis 1991 à Bali, à l’origine dans les hôtels de Nusa Dua pour y installer et gérer des spas. Nous avons été affectés par de nombreux événements ici parce que le tourisme est vraiment sensible à toutes sortes de perturbations, y compris celles qui dépassent et de loin le cadre strict de l’Indonésie. Entre la grippe aviaire, le SRAS, la crise monétaire de 97, la chute de Suharto en 98, les Twin Towers le 11 septembre 2001, les deux bombes de 2002 et 2005, les éruptions du Raung, du Rinjani et du volcan islandais… et j’en oublie certainement… nos revenus ont été affectés pendant de brèves périodes, pas plus de 3 mois, mais jamais, il n’était arrivé que nous ne puissions réussir à couvrir nos dépenses comme en ce moment. On ne l’a pas ressenti immédiatement dès septembre dans notre spa de Seminyak mais fin novembre, c’était une catastrophe au point que certains confrères ont fermé provisoirement leurs établissements. Pour notre part, ça fait un an et demi que nous nous sommes lancés dans la construction d’un nouveau spa à Canggu, très luxueux, sur 900m². En septembre, quand l’Agung a commencé à se manifester, nous étions au point de non-retour, impossible de suspendre les travaux, il nous restait à peine deux mois de finition et nous avons ouvert début décembre. Je nous donne environ 3 mois pour savoir si on doit fermer provisoirement mais je refuse de me séparer de mon personnel que j’ai formé depuis tant d’années et auquel je dois tant. Ils ne sont pas démonstratifs, ne montrent pas leur peur mais c’est une période très dure pour le peuple balinais. On ne peut pas imaginer à quel point cette crise touche tout Bali, jusqu’au fonctionnement du marché, la société locale tourne au ralenti parce que tout le monde dépend de l’arrivée des touristes […] J’en veux pas mal aux médias occidentaux, surtout australiens, de faire du sensationnalisme avec Bali et surtout de raconter n’importe quoi sur le régime des vents ou de donner l’impression que nous vivons reclus dans des tranchées avec nos masques à gaz. La zone affectée se trouve à 55km du centre touristique. Mais on peut se morfondre, s’en prendre aux médias, mais c’est la Nature et nous devons l’accepter. La situation semble s’améliorer. Alors, en attendant, je vous invite à venir vous faire masser pour vous relaxer et goûter l’excellence à laquelle nous sommes parvenus après plus de 25 ans de travail et de formation à Bali ! »
Jl. Pura Batu Mejan (pantai Batu Bolong) Tel. 907 74 42
www.espacespabali.com

Agnès Korb. Talisman Asia, agence de voyages
« Arrivée à Bali au début des années 80 pour mes études d’ethnologie, j’ai contribué en 89 à la fondation de l’Alliance Française de Denpasar, et à la formation de tous les guides balinais francophones jusqu’en 1995. Je me souviens déjà à l’époque comment la guerre de Golfe en 91 avait affecté le transport aérien et donc le tourisme en Asie. En 1998, la chute de Suharto avait créé un climat d’insurrection à Bali, la by-pass Nusa Dua était en feu, les arbres abattus, les bornes d’incendie arrachées, les touristes ne pouvaient plus accéder qu’à pied à l’aéroport. Du côté de Sanur, les gens traversaient les rizières, il n’y avait plus moyen de circuler et plus d’électricité pendant un ou deux jours, ça chauffait partout dans le sud de Nusa Dua jusqu’a Gianyar et Ubud, impossible de rentrer chez soi et retrouver mes deux enfants en bas age restés dans le noir avec la pembantu… Des clients en voyage au centre de Java, à Solo, nous avaient appelés parce qu’ils étaient cernés par les flammes, on a trouvé un moyen pour les rapatrier rapidement et sans danger. Parce que je vis à Denpasar depuis toujours, je n’ai pas entendu les bombes de Kuta exploser en octobre 2002, j’ai tout découvert en allumant la télé, j’avais l’impression de revivre la chute des tours du World Trade Center […] Ce qui se passe à Bali en ce moment est monté en épingle parce que Bali est une icône mondiale du tourisme. Les 19 morts causés par la tempête Cempaka il y a quelques semaines, les glissements de terrain et les inondations qu’elle a occasionnés, n’ont intéressé aucun média en Europe […] Nous proposons des voyages combinés de type éco-tourisme, aventure, trekking sur toute l’Indonésie, nous sommes évidemment  affectés par le volcan Agung en ce qui concerne les itinéraires de visite et surtout de randonnées dans l’est de Bali, on a dû modifier au pied levé pas mal de programmes de voyageurs sur place en octobre dernier… mais grâce à Dieu personne n’a annulé ni écourté son voyage… Les perturbations engendrées à l’aéroport nous ont moins touchés, car beaucoup de nos clients arrivent en train depuis Java et repartent en bateau vers Lombok pour finir leur voyage. Et comme nous n’avons pas envie qu’ils annulent leur voyage ou qu’ils soient coincés au retour, on va plutôt continuer à leur faire découvrir en parallele d’autres iles de l’Indonésie […] Dans le sud de l’île, il ne se passe rien, on vit au jour le jour. Je trouve que les Balinais parlent peu du volcan, ceux qui sont originaires du périmètre dangereux continuent à aller y faire leurs offrandes et ils ont été nombreux à se rendre à Selat pour la 6ème lune noire de l’année alors qu’il y avait des cendres partout. Ils sont fatalistes et sages, ils nous répondent que le volcan va fertiliser leurs terres et qu’il donnera beaucoup de travail dans le secteur du bâtiment. Etant mariée à un Balinais et vivant au sein des Balinais, ils me communiquent un certain optimisme que j’essaie de transmettre à nos partenaires et voyageurs de l’autre côté du globe. Puissent les Dieux nous entendre… »
www.talisman-asia.com

Socrate Georgiades

PARTAGER SUR

PAS DE COMMENTAIRES

LAISSER UNE RÉPONSE