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La violence domestique, au Kalimantan comme ailleurs…

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Quatre cas ont été recensés ce mois de septembre 2009 à Balikpapan. Des femmes qui ont osé passer la porte d’un dispensaire (puskesmas) pour qu’on s’occupe d’elles. Toutes les quatre ont été la proie d’un homme violent. L’archipel indonésien n’est pas à l’abri de cette guerre domestique. Malgré une vie encore très communautaire dans les kampung et la solidarité qui va avec, malgré la religion qui l’interdit, les femmes et les enfants sont régulièrement victimes de cette violence ordinaire. Ici, on l’appelle la KDRT (Kekerasan dalam rumah tanggah, la violence au sein du ménage). Une loi créée en 2004, oblige leurs signalements et permet une prise en charge des victimes. Pourtant, l’Etat peine à mettre en place un vrai dispositif de prévention. A Balikpapan, depuis quelques mois, un réseau a vu le jour entre trois puskesmas, l’hôpital général de la ville et les autorités policières. Une initiative qui devrait faire des petits.

Le plus grand dispensaire de la ville, sur la jalan Sudirman, accueille ce matin une conférence sur cette violence domestique. Organisée par une ONG, KPB (koalisi Perempuan Balikpapan), la coalition des femmes de Balikpapan, elle présente aux responsables des puskesmas de la ville ce réseau. L’occasion aussi de revenir sur la problématique de ce fléau social. Dhina Sayogyo, psychologue et représentante de KPB, insiste sur l’importance de réveiller les esprits. « Nous devons attirer l’attention des structures comme les puskesmas, explique-t-elle. Il faut faire prendre conscience à tous qu’il y a une loi. Il faut sortir du cadre privé. La violence domestique concerne tout le monde et tous les milieux sociaux. Les femmes sont toutes concernées, qu’elles soient mariées depuis trois semaines ou depuis trente ans. » Entre janvier 2005 et juillet 2009, 206 cas ont fait l’objet d’une poursuite judiciaire (dont 34 durant les sept premiers mois de 2009).

Depuis la mise en place de la loi numéro 23 de l’année 2004 (Pengahpusan kekerasan dalam rumah tangga), la violence conjugale est passible d’une forte amende et d’une peine de prison. Présente ce jour-là à la conférence, une avocate revient sur cette loi et aussi sur la loi numéro 23 de 2002 qui protège les enfants. La violence peut être de divers ordres : physique, psychologique, sexuelle et même financière. Ne pas aider financièrement sa famille est une forme de maltraitance. « Nous savons tous aujourd’hui qu’il y a une loi, déclare cette avocate, mais combien de fois nous sommes face à des femmes qui ont peur. Elles nous disent : mais si je le dénonce, il ne va plus m’aider financièrement. Il ne voudra plus me donner de l’argent. »

Dans une province où le poids de l’Islam est indéniable, qu’en pensent les autorités religieuses ? Présente à la conférence, une de leur représentante ne mâche pas ses mots. « L’Islam ne tolère pas la violence domestique », lance-t-elle. Elle reprend des psaumes du Coran pour justifier l’opposition de l’Islam. D’un point de vue médical, la doctoresse Sri Julianty évoque l’importance d’instaurer un vrai réseau de signalement pour protéger les victimes. « Nous devons être capables de réagir quand nous voyons débarquer des femmes blessées qui nous affirment qu’elles ont glissé sous la douche », insiste-t-elle. Le but du réseau est justement d’en finir avec cette peur et d’instaurer un vrai cadre juridique. Mais comment se déroule un signalement ? Les puskesmas peuvent faire un rapport directement au bureau de police dans le même secteur avec l’accord de la victime ou de la famille ou bien de la personne qui l’accompagne. Le rapport se fait par téléphone, par une lettre adressée au puskesmas ou par une déclaration d’un employé de celui-ci qui amène la victime au poste. Le dispensaire contacte des associations (de femmes par exemple) qui vont accompagner celle-ci. L’idée est surtout de ne pas faire les choses sous le coup de l’émotion. Les associations ont un rôle primordial de soutien et de suivi des dossiers. Une fois la plainte déposée, la victime doit se plier à un examen médical poussé et à une visite de son cadre de vie…
Pour Sri Julianty, les mentalités évoluent. « En Indonésie, et spécialement a Balikpapan, la violence conjugale n’est plus un sujet tabou. Aussi bien à l’université, à l’école ou dans les réunions de femmes (arisan), on en discute. La loi de 2004 a fait évoluer les choses. Au niveau national, il existe une coopération sur le sujet entre les ministères de la Santé, des Affaires des Femmes, des Affaires sociales et le chef de la Police nationale. Au niveau du gouvernement de la province, c’est la même chose. Le maire de Balikpapan a inscrit la protection des femmes et le bien-être familial en sixième position dans la liste des priorités de son quinquennat qui s’achèvera en 2011.» Mais tout dépendra à l’avenir du budget alloué par le gouvernement à cette mission. Aujourd’hui, seuls trois puskesmas participent à cette opération. Et les autres ? Et qu’en est-il de toutes les victimes qui ne pourront pas accéder à ce service de santé, faute de KTP valable (domiciliation dans la province) ? La violence domestique ne fait pas non plus l’objet d’une vraie campagne de prévention dans les grands média indonésiens. Dhina Sayogyo ne cache pas un certain scepticisme : « La violence domestique est une réalité dans notre pays. C’est très difficile d’avoir des données réalistes. Les cas recensés aujourd’hui ne sont qu’une infime partie de l’iceberg. »

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