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La nuit des geckos

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Vous pensez que les geckos ne sont bons qu’à attraper des moustiques ?
Détrompez-vous ! Chaque nuit de pleine lune, ils se mettent à chuchoter entre eux, et ils peuvent parfois donner des conseils à qui le leur demande. Voici une histoire qui m’est arrivée un soir de mai à Ubud…

Un jour, j’ai mangé trop de piment et j’ai eu le hoquet. Tout a commencé par un « hip » anodin, suivi d’une série très désagréable. Au début, je pensais que ça allait passer, et j’ai attendu quelques minutes. Mais au bout d’une heure, mon hoquet n’était toujours pas parti ! Alors j’ai essayé plusieurs trucs pour l’arrêter : j’ai retenu ma respiration, mais cela n’a pas marché. J’ai bu un verre d’eau la tête en bas, mais cela n’a pas marché. Je me suis fait très peur en regardant un nid d’araignée, mais cela n’a pas marché. J’ai tout essayé pendant des heures, mais rien n’y a fait, j’avais toujours le hoquet !
À la nuit tombée, j’étais d’une humeur épouvantable et les murs en tremblaient.
Je hoquetais de plus en plus fort, si fort que j’eu peur de m’envoler !

A un moment, j’entendis une petite voix me dire : « Eh oh, toi ! Tu peux arrêter de hoqueter ? Tu vas finir par nous énerver ! » J’étais seule chez moi, alors je fus très étonnée. Personne derrière moi, ni à droite, ni à gauche. Avais-je halluciné ? Mon hoquet me faisait-il entendre des voix ? Tout à coup, un petit gecko jaune sur une vitre donnant sur le jardin s’approcha en se dandinant. « Pourquoi hoquettes-tu comme cela ? » me dit-il. J’avais déjà entendu dire que les geckos parlaient aux humains quelque fois les nuits de pleine lune, mais c’était la première fois que cela m’arrivait. Je lui répondis : « J’ai le hoquet depuis ce matin, je ne sais pas comment l’arrêter ! » Le gecko me regarda avec ses yeux ronds, en hochant sa petite tête d’un air grave. « Attends, je vais demander conseil ». Il partit vers le plafond et je l’entendis chuchoter quelque chose. Puis il revint vers moi avec tout un groupe de geckos, vert, bleu et violet. Tous m’observèrent attentivement comme une bête curieuse. Ils étaient collés à la vitre par laquelle je pouvais voir les jolies fleurs du jardin.

C’était comme un tableau vivant dans lequel les geckos semblaient léviter. Leurs petites voix me sortirent de ma rêverie : – « Que penses-tu d’avaler un gros moustique ? » ; « Ah non ! Je ne veux pas ! » ; « Pourquoi ne marcherais-tu pas la tête en bas et les pieds au plafond ? » ; « Ah non ! Je ne peux pas ! » ; « Et si tu te défaisais de ta queue ? » ; « Ah non ! Je n’en ai pas ! » Ils eurent l’air tous bien embêtés, et je fus quelque part touchée par leur attention. « Nous allons demander conseil à d’autres geckos ! » Ils disparurent en se dandinant vers le plafond tout en chuchotant. A minuit sonnante, ils étaient revenus avec une centaine de leurs amis geckos qui venaient des quatre coins d’Ubud. « Je viens d’une boutique de café et je te conseille de courir dehors en te servant une tasse à partir d’une cafetière, tout en maintenant bien haut ton auriculaire ! » dit un gecko bleu. « Moi, je viens d’une boutique de porcelaine, et je te conseille de chanter à tue-tête avec une soupière sur la tête ! » dit un gecko rouge. « Moi je viens d’une galerie d’art, et je te conseille de te peindre le nez en orange et la langue en bleu ! » J’ai tout essayé, jusqu’au petit matin. J’ai couru dehors en me mettant du café partout, j’ai mis une soupière sur ma tête, je me suis peinturlurée, mais rien n’y a fait : je n’arrêtais pas de hoqueter.

Finalement à l’aube, je m’étais enrhumée. Fatiguée par le hoquet et tous ces conseils, dont je commençais à douter, je finis par éternuer sur un pauvre gecko tokay bleu qui s’était approché de trop près pour m’observer. Il me regarda d’un air dégouté, puis, à la surprise générale, il se mit à hoqueter ! « Gecko ! Gecko ! » Dit-il d’une voix rauque. Tous les petits geckos se mirent à rire. Moi aussi, je ris très fort, et je me rendis compte que mon hoquet s’en était allé. En fait, pour se débarrasser du hoquet, il faut le donner à quelqu’un d’autre ! Le gecko tokay était furieux, et il éternua sur un autre gecko sournoisement. L’autre gecko se mit à hoqueter, et tous les geckos se mirent à rire de plus belle. Finalement, c’était devenu un nouveau jeu pour eux ! Depuis ce jour, les geckos hoquettent et rigolent dans Ubud, et si vous écoutez bien, vous entendrez toujours un petit éternuement juste avant leur hoquet…

Texte et illustration au vernis à ongle, strass, collages et aquarelle.

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