La justice ne lève pas toujours le voile

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Deux femmes, témoins-clés du procès Muhammad Nazaruddin (cf. La Gazette de Bali n° 76 – septembre 2011), également inculpées et incarcérées, apparaissent depuis le début des audiences en burqa. Les sessions du tribunal sont publiques et largement filmées par les télévisions vu l’importance de l’affaire qui met en cause le parti démocrate au pouvoir et ébranle le pays tout entier depuis ces derniers mois. Désormais habillées en musulmanes fanatiques, Yulianis et Oktarina sont pourtant deux « executives » du groupe Permai qui avaient plus l’habitude de s’afficher avec les tailleurs BCBG qui sont normalement la marque de leurs professions. En Indonésie, ce phénomène est courant. Une fois pris dans les mailles de la justice, certains suspects n’hésitent pas à en rajouter sur les signes extérieurs de religiosité pour faire bonne figure devant les juges et l’opinion publique.
Souvenons nous par exemple de l’affaire Malinda Dee (cf. La Gazette de Bali n°72 – mai 2011), une conseillère bancaire de la Citibank qui arnaquaient ses clients depuis des années. Connue pour son train de vie bling bling, seins au silicone surdimensionnés et tenues affriolantes, cette femme de 48 ans, mariée à un acteur à belle gueule de 25 ans, collectionnait Ferrari, Mercedes et Hummer. Dès qu’elle est apparue aux audiences, elle était comme métamorphosée. Son abondante chevelure colorée était désormais brune et recouverte d’un kerudung (foulard) et les couleurs criardes qu’elle affectionnait d’habitude remplacées par d’austères noir ou gris. Un léger maquillage accentuait les effets de modestie repentante de son visage, c’est-à-dire le look profil bas adéquat pour affronter les accusateurs dans une société qui prône l’effacement. Dernier exemple marquant en date, ces deux stripteaseuses d’un café de Padang, contre qui le procureur vient de requérir 18 mois de prison et qui sont apparues au tribunal… voilées !
Une fois passé les juges, l’inculpé condamné devient prisonnier. Là aussi, dans l’univers carcéral, les codes en vigueur recommandent de montrer sa piété. En effet, l’imam de la prison a une part prépondérante dans les décisions de remise de peine qui sont prises chaque année, en général lors des fêtes nationales. Et si on est un fervent de la prière, on sera bien noté au moment de leur distribution… Afficher son repentir paye donc. Le tueur en série Ryan (cf. La Gazette de Bali n°41 – octobre 2008), un homosexuel qui a été condamné à mort pour avoir éliminé et mutilé onze personnes et qui est surnommé le « boucher calme » de Jombang (Java-Est), ne quitte plus sa tenue de bon Javanais musulman au cas où celle-ci (et sa présence assidue à la musholla de la prison) puisse lui valoir une grâce présidentielle un jour. Il a aussi enregistré un disque dans lequel il chante son remords.
Depuis quand portent-elles un tchador ? s’est interrogé le journal Tempo au sujet de Yulianis et Oktarina. S’il est vrai que cela leur évite la honte de comparaître à visage découvert au tribunal, Muhammad Nazaruddin n’a pas manqué d’en tirer un avantage de procédure en affirmant qu’il était incapable de les identifier ainsi voilées. Et d’ajouter qu’il ne les avait jamais connues vêtues en muslimah auparavant. «  Est-ce vraiment elle sous ce voile ? a-t-il demandé aux juges en parlant de Yulianis, car la Yulianis que je connais n’est pas comme ça. Puis-je voir son visage ? » Après avoir refusé de se dévoiler à l’audience, Yulianis a fini par accepter de le faire en privé, devant Nazaruddin et des assesseurs, à l’écart d’une salle vide du palais.

Les Dayaks ne veulent pas du FPI
Inutile de présenter le Front des Défenseurs de l’islam aux lecteurs de la Gazette, leurs frasques régulières leur valent une place de choix dans tous les journaux, y compris le notre. Fondée en août 1998, cette organisation qui prône l’islamisation de la société indonésienne a vu le jour trois mois après la chute de Suharto. A l’époque, sans que cela ne fut jamais prouvé depuis, il se disait que cette organisation avait été mise sur pied avec l’appui des militaires dans l’espoir que leurs actions violentes et anarchiques créent un climat d’insécurité que seul un putsch pourrait mater. Presque 14 ans plus tard, et après des actes de violences et de vandalisme dont le compte est difficile à tenir tellement ils furent nombreux, cette milice de l’islam n’a toujours pas été interdite et prospère même dans une majorité de provinces du pays.

Et puisqu’ils poussent pour une Indonésie islamique, ils tentent de s’implanter partout. Ils viennent d’arriver à Palangka Raya (Kalimantan-Centre) où les Dayaks les ont accueillis fraîchement… Des milliers d’entre eux ont manifesté dans le centre-ville le jour où Habib Rizieq, le responsable de la milice, était attendu pour la cérémonie d’officialisation de la branche locale. « Nous sommes inquiets que la présence du FPI en question instaure un malaise au sein de la communauté, puisque jusqu’à maintenant, cette organisation s’est souvent livrée à des actions qui créent des tensions. Alors que chez nous, il n’y a jamais eu de tensions interreligieuses », a expliqué Lucas Tingkes, le vice-président du conseil de la coutume dayak de Kalimantan-Centre, à l’agence Antara.
Une autre manifestation, réunissant aussi plusieurs milliers de personnes, a eu lieu à l’aéroport Tjilik Riwut, obligeant finalement Habib Rizieq et ses sbires à atterrir ailleurs. A Jakarta, en soutien aux Dayaks, quelques 150 personnes, dont un certain nombre de célébrités, se sont réunis devant l’Hotel Indonesia le jour de la St-Valentin. Des provocateurs infiltrés ont bien tenté de faire tourner l’événement en échauffourée mais sans succès. « Si l’Indonésie doit continuer à exister, les gens doivent s’unir contre la violence », a affirmé Alissa Wahid, une des filles de l’ancien président Gus Dur. 150 personnes, c’est peu pourrait-on remarquer, est-ce à dire que la majorité silencieuse musulmane indonésienne, qui apparemment ne dit mot, consent par conséquent aux actions du FPI ? A Kalimantan-Centre, ces voyous de l’islam pourraient bien rencontrer une résistance plus âpre… Les affrontements entre indigènes dayaks et Madurais de la transmigrasi avaient fait plus de 500 morts en 2001 et provoqué le déplacement de 100 000 de ces derniers. A cette occasion, les fiers Dayaks avaient retrouvé leurs habitudes ancestrales de coupeurs de têtes. Sans doute de quoi faire réfléchir Habib Rizieq et sa clique.

Tous les juifs ne sont pas mauvais
Ahmad Syafii Maarif, une personnalité religieuse indonésienne écoutée, qui fut également responsable de la Muhammadiyah, une des deux plus grosses organisations musulmanes du pays, vient de l’affirmer : « Tous les juifs ne sont pas mauvais, souvent il y a des intellectuels juifs qui défendent le peuple palestinien. » Ahmad Syafii Maarif, qui s’exprimait lors du lancement de son dernier livre sur l’Israélien Gilad Atzmon continue ainsi : « Gilad est un humaniste, pas un marxiste, et il s’appelle lui-même un « juif qui se déteste » à cause des actions de ses ancêtres. » Comme le note un papier d’Antara, « avec le livre d’Ahmad Syafii Maarif, on comprend mieux la différence entre sioniste et juif à tel point qu’il est possible de réviser l’idée admise que le juif est mauvais et son peuple exploiteur. » Sans commentaire.

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