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L’écologie : une préoccupation de pays riche?

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Suite aux inondations qui ont paralysé Jakarta en février, il paraît intéressant de s’interroger sur les causes de cette catastrophe. Blâmer les colères du ciel semble en effet une explication un peu légère face à une telle montée des eaux. Pauline Texier, doctorante en géographie, nous a permis de comprendre un certain nombre de ces causes. Elle travaille actuellement sur le terrain, dans les kampung, pour sa thèse intitulée « Les risques liés à l’eau à Jakarta (inondations, risques sanitaires) : vulnérabilité et gestion ». En amont, le réchauffement de la planète joue un rôle indéniable, il inverse en effet les cycles climatiques, d’où une saison des pluies qui n’a débuté, chacun l’aura remarqué, que fin janvier. En conséquence, les pluies se déversent de façon plus concentrée et intense. Par ailleurs, l’extension de la saison sèche a asséché drastiquement les sols, lesquels ont été en quelque sorte « imperméabilisés » : ainsi, la pluie n’est pas absorbée et ruisselle.

Des causes techniques sont également à relever : Jakarta ne dispose pas d’un système de tout-à-l’égout, mais d’une multitude de petits canaux qui se déversent dans des canaux plus grands, lesquels se déversent à leur tour dans une des treize rivières qui traversent l’agglomération Jabotabek. Bien entendu, la mauvaise évacuation des eaux usées associée au ruissellement dont nous parlions plus haut contribue à faire monter le niveau général des eaux, ce qui ne poserait pas de problème particulier si les zones inondables restaient inhabitées. Cependant, il ne faut pas oublier un phénomène amplificateur majeur : l’extension rapide et anarchique de Jakarta. Il faut savoir que les Indonésiens ne peuvent pas déménager à leur guise : il leur faut une autorisation gouvernementale qui leur permet d’acheter une maison par exemple. Or, on observe un fort exode rural de paysans venus tenter leur chance dans la capitale. En situation illégale, ces derniers se réfugient dans les zones non constructibles comme les berges des rivières : c’est ainsi que naît le risque d’inondation.

Cette situation qui apparaissait comme non permanente dans un premier temps s’est pérennisée et les programmes d’éviction gouvernementaux ne font que déplacer pour un temps ces populations, puisque aucune solution alternative ne leur est offerte. L’action humaine est enfin à dénoncer. Ainsi, si Jakarta est construite sur une zone marécageuse qui s’enfonce, ses habitants n’arrangent rien en pompant dans la nappe phréatique puisqu’ils assèchent celle-ci, faisant s’effondrer les sols. Le poids de la ville joue un rôle également. Par conséquent, il n’est pas rare dans certains quartiers de Jakarta de découvrir des maisons dont le toit plafonne… à 30 centimètres du sol ! Pour parer à ce problème, les architectes ayant conçu le gigantesque centre commercial de Mangga Dua, près d’Ancol, l’ont surélevé de 4 mètres par rapport au niveau de la rivière Ciliwung qui le jouxte. Ceci, associé au fait que la taille du centre commercial a imperméabilisé une importante surface au sol, a pour conséquence qu’en cas de pluie, toute l’eau se déverse dans le quartier voisin de Pademangan Barat.

On voit donc que les causes des inondations sont multiples ; trouver des solutions pour y remédier est complexe et l’on peut s’interroger sur leur faisabilité. Le problème n’est-il pas économique avant tout ? Comment sensibiliser une population à la gestion des déchets et à la préservation de l’environnement si leur souci majeur est de survivre et de trouver à manger ?
Cette préoccupation de pays développé qu’est l’écologie ne doit cependant pas être négligée. Les habitants des « zones illégales » ne disposant pas de l’eau courante, ils se baignent, font leurs besoins, lavent leur vaisselle dans les rivières avoisinantes. L’eau est tellement polluée à Jakarta qu’il n’y a pas de poisson vivant dans un rayon de 6 kilomètres à partir de la côte. Inutile de préciser que la contamination des eaux par les bactéries entraîne un sérieux problème sanitaire lorsque ces eaux recouvrent une grande partie de la ville. Risque sanitaire dont les populations locales n’ont aucune perception, bien entendu.

Que dire enfin du manque de moyens gouvernementaux pour faire face à la situation… Une semaine après les inondations, les seules aides qui parvenaient aux sinistrés consistaient en des dons privés et l’action –remarquable par ailleurs- d’ONG comme Action contre la faim ou d’associations locales telles que Sanggar Ciliwung, qui acheminent dans la mesure du possible canots pneumatiques et médicaments. Certains chefs de quartiers ne comptent d’ailleurs que sur la cohésion sociale pour gérer la situation d’urgence : ainsi, à Bukit Duri, ils s’étaient organisés en cellules de crise (posko banjir) avant même le début des inondations, ce qui leur a permis dès la montée des eaux de réorganiser le kampung : les femmes ont cuisiné 24/24h pour nourrir les sinistrés tandis que les hommes se chargeaient d’évacuer les habitants réfugiés sur les toits des habitations.

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