Je suis pas raciste, j’ai un ami blanc.

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Ça semblait s’être calmé mais on constate depuis quelque temps une résurgence dans les médias de l’utilisation du terme bule pour désigner les étrangers en Indonésie. Si à l’échelle de la presse et des journaux nationaux on peut saluer l’effort effectué ces dernières années pour utiliser des qualificatifs moins connotés et bien plus courtois, c’est via les réseaux sociaux et les blogueurs que le terme controversé fait maintenant son retour en force.

Pour ceux qui se demanderaient encore dans quelle mesure bule est réellement péjoratif, et il est vrai que le débat sur cette question a longtemps existé, on rappellera qu’il s’agit d’un mot familier trouvant son origine dans le jargon animalier, qu’il servait en 1er lieu pour qualifier les chiens et les vaches de couleur blanche, que sa signification s’est ensuite étendue aux personnes souffrant d’albinisme par une association d’idées peu flatteuses, et que quand le besoin s’en est fait sentir, il a fini par être attribué aux étrangers blancs présents dans le pays.

Il serait naïf de croire qu’on ne parle ici que de couleur de peau sans qu’aucun stéréotype ne se cache derrière. Un bule c’est aussi quelqu’un d’un peu grossier et maladroit, qui parle fort mais ne comprend pas grand-chose, qui s’énerve facilement sur la route ou en public, et à plus forte raison s’il est en tort, qui aime boire de l’alcool sans retenue et en toute circonstance, qui ne voit pas de problème à déambuler de manière débraillée ou indécente, qui dépense son argent de manière futile ou trop crédule, et qui en définitive, est surtout quelqu’un chez qui l’arrogance n’a d’égal que sa morale légère… Vous l’aurez noté, c’est une description assez proche -bien que plus mesurée – d’un autoproclamé Aussie, ces vacanciers australiens dont bule esthistoriquement un synonyme.

Mais au-delà de l’étymologie bovine du mot et des clichés qu’il véhicule, ce qui est offensant c’est surtout l’usage d’un sobriquet racisé pour désigner ou interpeller une personne lambda. Ce à quoi certains répondront peut-être que ce qui compte c’est l’intention derrière les mots et pas les mots à proprement dit. C’est effectivement l’argument de ceux qui n’y voit aucune injure, à commencer par les indonésiens eux-mêmes pour qui bule est juste un terme du langage courant pour parler des étrangers et que présenter la chose autrement relèverait du politiquement correct. En cela, ils ont parfaitement raison. Mais justement, pour l’Indonésie (et comme d’autres l’ont fait avant elle) en expurgeant des usages des termes de racisme ordinaire tel que youpin, bamboula, bougnoule, toubab, niaquoué ou même discriminatoire comme pédé, tapette ou goudou, il est temps, en tant que démocratie moderne, de prêter attention au langage employé pour désigner les minorités ou les groupes sociaux. Une idée a priori bien intégrée dans le pays quand on constate l’outrage que peut provoquer l’usage du diminutif indon pour évoquer les indonésiens.

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