HUBUD, L’ECHANGEUR DES NOMADES DIGITAUX D’UBUD

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On a vu fleurir ces dernières années à Bali de nombreux espaces de coworking (cotravail, terme officiel français), leur développement est directement lié à l’expansion de la communauté des nomades digitaux. A l’heure où on trouve à présent de bonnes connexions à l’Internet dans le moindre café ou la plus petite maison d’hôtes, il est légitime de se demander ce que les nomades digitaux viennent encore chercher dans ces endroits plus spécialement implantés à Canggu et à Ubud. Rencontre avec Vitto Christaldi, chief of learning and experience, titre ronflant du manager de Hubud, le plus vieil espace de coworking à Bali implanté dans une magnifique stucture
en bambou tout près de la forêt des singes d’Ubud

Bali-Gazette : Pouvez-vous nous présenter le génèse de Hubud ?
Vitto Christaldi : Ce lieu a ouvert en mars 2013, il a donc 6 ans… c’est vieux pour un espace de coworking, en tous cas c’est le plus vieux d’Indonésie ! Il a été fondé par 3 Canadiens, Steve Munroe, Peter Wall et John Alderson. Ces trois se sont rencontrés à la Green School à Bali, et en vivant ici, ils ont remarqué que l’île était pleine de « réfugiés » provenant du monde entier. Ce sont des gens qui se cherchent et qui sont venus explorer un nouveau mode de vie, et l’idée de cet espace est né car ces personnes en transition avaient besoin d’un espace pour faire aboutir leur création. En 6 ans, on a vu passer plus de 19 000 personnes de plus de 85 pays, beaucoup d’occidentaux mais aussi de plus en plus de Coréens, de Japonais. Au niveau des statuts, on voit beaucoup de freelances, d’entrepreneurs mais aussi de télé-travailleurs (remote workers)… on se rend compte que les entreprises deviennent de plus en plus flexibles et/ou demandeuses par rapport à ce mode de travail.

B-G : La principale attraction d’un espace de coworking, c’est Internet ?
V.C : Oui, au lancement des premiers espaces de coworking, c’était vraiment l’accès à internet qui primait, mais ce n’est plus le cas. Les gens aujourd’hui cherchent la communauté, la rencontre avec des gens qui ont la même vie. Ils peuvent ainsi collaborer et s’aider, par exemple si quelqu’un a besoin d’un designer pour son site c’est très simple de demander conseil à quelqu’un qui travaille au même endroit que lui. Aujourd’hui, une des véritables attractions d’un bon coworking space ce sont les évènements que l’on organise, ça leur permet d’apprendre des choses et de se connaître. L’an dernier, on en a organisé 445, soit plus d’un par jour. Il y a des évènements réguliers et irréguliers ; réguliers comme le yoga et l’apprentissage de certaines compétences, et les irréguliers sont plutôt des repas organisés avec des conférences un peu à la « Ted X ». Ces évènements sont gratuits mais réservés à nos membres, mais on en fait aussi des publics comme par exemple nos conférences « feelings » où chacun va pouvoir témoigner de son expérience de nomade.

B-G : Comment est géré cet espace de coworking ? et quel est le pic de fréquentation ?
V.C : Notre équipe est composée de 16 personnes, divisée entre l’accueil, la comptabilité, la sécurité, l’organisateur d’évènements, le responsable informatique… La taille de notre équipe peut surprendre mais notre espace est ouvert 24h sur 24 en semaine et jusqu’à minuit le weekend. Notre responsable communication est elle-même une nomade digitale qui travaille en ce moment depuis le Portugal ! Nous avons aussi un responsable de partenariat, c’est un poste important parce que nous travaillons avec le gouvernement et entre 30 et 40 entreprises d’Ubud avec lesquelles nous organisons des évènements et négocions des réductions pour nos membres. Pour répondre à votre question sur les horaires, le pic de fréquentation a lieu en général avant ou après les repas, entre 11h et 14h puisque c’est souvent le moment de nos évènements. Et beaucoup de nos clients travaillent en lien avec l’Europe, donc plutôt l’après-midi, à l’heure de Bali.

B-G : Le fait de travailler à Bali dans des espaces de coworking ne pose pas de problèmes de légalité pour ces nomades ?
V.C : Ils travaillent en ligne pour l’étranger et ils payent leurs impôts dans leur pays d’origine donc pour nous il n’y a pas de problème. Leur business n’est pas basé ici, ils travaillent en ligne et nous leur donnons juste un espace pour accéder à l’Internet, un peu finalement à la manière d’un warnet (warung internet). Pour le visa ils prennent souvent le touriste, ils sortent du territoire au bout de 30 jours et reviennent ensuite… Pour les salariés c’est différent, ils peuvent obtenir plus facilement un visa business pour une durée de 2 mois renouvelable.

B-G : A quoi ont accès les membres du coworking ? Et pour quel prix ?
V.C : On leur propose une carte d’abonnement, avec des heures de connexion pour la journée, à la semaine, ou au mois… ça dépend de la durée de leur séjour ! Pour 10h de connexion il faut compter 850 000rp, la plupart des membres prennent un abonnement pour 30h. Pour s’asseoir à l’intérieur il faut être membre, et ça leur donne accès à tous les évènements organisés par Hubud.

B-G : Mais travailler dans une villa ou un café, ce n’est pas plus économique ?
V.C : En général, les nomades viennent ici au début de leur séjour de manière assidue, en quête d’information pour faciliter leur séjour. Puis, ils reviennent travailler ici, pour les rencontres qu’ils peuvent faire professionnellement et socialement, ils se créent un réseau, mais aussi pour nos nombreuses conférences qui sont très instructives et les ouvrent sur différents domaines.

B-G : Ces personnes qui viennent à Bali, c’est pour combien de temps en général ?
V.C : Elles peuvent rester entre 2 semaines et 3 mois pour la plupart. Si elles ont aimé, elles reviennent plus tard dans leur voyage, ça arrive souvent.

B-G : Nomade digital en ce moment c’est en pleine explosion, pensez-vous que ça va durer ?
V.C : Je pense que pour certains c’est vraiment le rêve d’une vie : voyager tout en travaillant, découvrir le monde et gagner sa vie. Les entreprises sont de plus en plus flexibles par rapport à ce style de vie, les télétravailleurs se multiplient alors je pense que ça va beaucoup se développer. Certains nomades gagnent vraiment très bien leur vie, ils n’ont pas les budgets des backpackers, la majorité d’entre eux vivent dans une villa avec piscine. Je pense qu’ils comparent avec ce qu’ils pourraient avoir (ou pas) dans leur pays d’origine et ils en profitent car ici, ils peuvent se le permettre.

B-G : A Bali et plus précisément à Ubud, quel est le profil des nomades que vous accueillez ?
V.C : Les nomades digitaux qui viennent à Bali et Ubud sont des gens plutôt éveillés comme on dit maintenant, attirés par le côté business et vie spirituelle qu’on peut construire ici… La nourriture saine et vegan, la villa avec piscine, le yoga, sont des critères très importants pour eux. Aujourd’hui, au niveau des profils on a beaucoup de new age buisness, avec par exemple des coaches de vie, des nutritionnistes, tout ça c’est lié à Ubud, c’est forcément là que ça se passe ! La plupart du temps, ils viennent ici et se rendent compte qu’ils veulent devenir coach, c’est comme une révélation. En moyenne, les nomades ont entre 25 et 35 ans, mais on retrouve quand même tous les âges. Les jeunes se disent qu’ils n’ont rien à perdre, et les plus âgés veulent aussi prendre le risque !

B-G : A Ubud, on ne peut s’empêcher de mentionner le film « Eat Pray Love »… des gens viennent aussi ici pour rencontrer l’amour ?
V.C : En venant ici, ils échappent à leur vie, comme avec ce film, c’est vrai. Quelques-uns viennent ici en couple, mais la plupart sont quand même des voyageurs solo… Ca arrive qu’ils rencontrent quelqu’un mais je pense qu’ils ne viennent pas pour ça, mais plutôt pour le-vivre-ensemble, la communauté. Nous n’organisons pas encore de nomad dating !

B-G : Comment voyez-vous Hubud dans le futur, avez-vous des projets ?
V.C : Nous souhaitons nous agrandir mais nous prenons le temps d’explorer toutes les possibilités. 6 ans c’est vieux pour un espace de coworking, pour une profession aussi jeune que les nomades digitaux ! Alors pour durer le plus possible, on observe d’autres espaces qui existent ailleurs dans le monde et qui fonctionnent, on essaie de s’en inspirer.

Hubud, Jl. Monkey Forest No.88X, Ubud.

hubud.org

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