Harun Sjech met la gomme avec la 1ère moto électrique 100 % indonésienne

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Harun Sjech est un quadragénaire qui vit à 1000 à l’heure. Il est tombé dans la marmite très jeune : déjà 18 ans d’expérience au compteur dans l’industrie automobile notamment chez Mercedes et Chrysler. Pied au plancher, il devient PDG de Gesits Technologies Indo (GTI) en 2018, Gesits voulant dire « vif, rapide, actif » en indonésien. Sa société produit ainsi la première moto électrique 100% indonésienne. Il nous confie son analyse d’un marché émergent qu’il pense prometteur et décrypte son aventure-challenge pour faire éclore un mode de transport plus écologique.

Bali Gazette : Pourquoi se lancer dans une aventure entrepreneuriale aussi compliquée ?
Harun Sjech : Il était temps d’impulser le changement et de créer une nouveau marché dans les transports, pour une Indonésie plus verte. C’est vrai, pour y arriver, j’ai dû rouler à travers un parcours semé d’obstacles : d’abord pour industrialiser la fabrication de l’engin, ça a pris plus de temps que prévu. Puis pour identifier et former une synergie entre GTI et des entreprises nationales. Notre moto est conçue, développée et fabriquée en Indonésie. Et c’est une véritable source de fierté.En 2014, un premier prototype voit enfin le jour, mais on a dû attendre le salon moto IMS en mai 2019 à Jakarta pour franchir l’étape de la commercialisation. Ce jour-là, j’ai su que c’était bien parti : notre carnet de commandes a explosé.

B.G : Où en êtes-vous aujourd’hui ?
H.S : En juillet 2019, les premiers clients devraient recevoir leur véhicule. On a déjà 30 000 commandes : à la fois des particuliers et des entreprises. Dans l’état actuel des choses, nous pouvons honorer 50 000 commandes annuelles. On a le soutien de l’Etat qui a commandé plusieurs dizaines de ses motos pour le palais présidentiel. Le président Jokowi a même testé cette moto électrique il y a peu, quelle fierté pour nous ! Et pour aller encore plus loin, une société partenaire (PT Wijaya Karya) est actuellement en repérage de terrain pour implanter une usine d’assemblage à Bali dans les semaines à venir. Vous n’avez pas fini d’entendre parler de nous.

B.G : Alors qu’est-ce qui explique un succès si rapide pour un engin qui vaut tout de même 25 millions de roupies ?
H. S : La batterie peut être rechargée sur n‘importe quelle prise. Et seulement 3 à 4h de charge sont nécessaires pour un trajet de 100km. Le gros plus ce sont les coûts de fonctionnement : ils sont 70% inférieurs à ceux d’une moto classique. Avec 137,7 millions de motos dans l’archipel, de plus en plus de monde comprend qu’il faut aller vers des moyens de transports plus propres et puis tout le monde veut aussi faire des économies.

B.G : Êtes-vous certain que le marché local soit prêt pour les motos électriques ?
H.S : Que le marché indonésien soit aujourd’hui prêt ou non n’est pas la véritable question à se poser. Je suis convaincu que le véhicule électrique c’est l’avenir, et ce, partout dans le monde. Regardez l’ascension fulgurante du marché de la moto électrique en Chine ou bien Tesla qui a réussi une nouvelle levée de fonds de quelques milliards. Tôt ou tard tout le monde va s’y mettre, alors pourquoi ne pas commencer tout de suite, que le marché soit 100% prêt ou non ? Il reste certes encore tout un travail pédagogique à effectuer pour familiariser le marché indonésien à l’utilisation des batteries (les nôtres sont en lithium) plutôt que le vieux réflexe d’aller faire un plein d’essence.

B.G. : Quels sont vos prochains défis ?
H.S : Nous sommes l’un des pays au monde où il y a le plus de deux roues, à cause des problèmes d’embouteillage mais aussi du prix élevé des voitures, alors il y a beaucoup à faire. Avec mon équipe, on veut que le marché indonésien des transports ait une empreinte énergétique moins lourde et plus propre. Dans les années à venir, on doit devenir un acteur incontournable du changement. Je me sens investi d’une mission envers notre pays. A court terme, nous prévoyons l’ouverture de plusieurs boutiques amirales et points de vente à Jakarta et Bali dans l’année à venir. Enfin, nous nous sommes donné comme objectif de rapidement augmenter notre capacité de production à 100 000 véhicules par an.

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