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Free-diving : l’ivresse des profondeurs à la portée de tous

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Tout d’abord et parce que nous sommes francophones, réglons son compte à un cliché. Oui, il faut tôt ou tard évoquer « Le grand bleu » de Luc Besson quand on s’intéresse à la plongée libre. Alors commençons par là pour s’en débarrasser. Ce film « générationnel » de 1988, par ailleurs soporifique et gnangnan comme rarement vu dans toute l’histoire du 7ème art, et qui a émerveillé 9 millions de spectateurs dans l’Hexagone n’est pas à l’origine de l’engouement actuel pour la plongée en apnée. Tout d’abord parce que 25 ans se sont écoulés depuis sa sortie, mais aussi parce qu’il est un phénomène franco-français par définition. En effet, seuls les Etats-Unis parmi les pays anglo-saxons, l’on découvert en salle. Et ce ne fut pas un grand succès… Ensuite, « Le grand bleu » ne propose pas une image en phase avec la réalité de ce sport aujourd’hui. « Ce n’est pas un sport extrême, les champions ne sont pas des supers athlètes. Tout le monde peut le faire. N’importe qui peut aller très profond, ce n’est qu’une question de temps et d’entraînement », explique le Polonais Lukas Gribowski, 35 ans, co-fondateur de l’école et détenteur d’un record personnel à -58 m.

Son associée argentine Julia Mouce, dont le record personnel s’établit à -60 m surenchérit : « Avant, tout le monde pensait que c’était un sport dangereux pour super héros à cause de ce film, mais c’est un sport pour tout le monde, un sport de loisir. Seulement un élève sur dix veut faire de la compétition. » Autre mythe auquel il faut tordre le coup avant de se lancer dans la plongée en apnée, celui de la découverte de la nature. Il n’en est pas question ici. « Si vous voulez découvrir les océans, les poissons et les coraux, faites de la plongée avec bouteilles, si vous voulez vous découvrir vous-même, venez nous voir », lance Lukas Gribowski, qui détient par ailleurs un diplôme en état plasma et qui a laissé tomber sa carrière de scientifique pour se consacrer à sa passion du free-diving. Pas extrême, pas nature, mais alors qu’est-ce que la plongée en apnée ?

Une expérience qui change la vie de ceux qui s’y consacrent pour toujours serait-on tenter de dire tant la puissance d’addiction de ce sport semble être une constante dans les témoignages de ceux qui le pratiquent. Concrètement, il existe 5 catégories dans la discipline. 1) Apnée en poids constant avec palmes. 2) Apnée en poids constant sans palmes. 3) Apnée en immersion libre. 4) Apnée en poids variable, descente à la gueuse et remontée en palmant ou à la corde. 5) Apnée No Limit, descente à la gueuse et remontée au ballon avec palier de décompression. Auxquelles il faut rajouter les catégories suivantes : l’apnée statique (on s’assoit sous l’eau), l’apnée dynamique avec palmes (on nage en longueur sous l’eau) et l’apnée dynamique sans palmes.

Pourquoi une école ? Tout d’abord parce que ce sport nécessite un savoir particulier et des règles de sécurité assez strictes pour être pratiqué sans danger. C’est une discipline encore jeune et pendant des années, seuls les spécialistes partageaient entre eux leurs expériences. En Asie, l’école de Koh Tao, en Thaïlande, a longtemps été pionnière. Aujourd’hui à Bali, outre Apnéa Bali, on compte Apneista, Freedive Flow (co-organisatrice du One Breath Jamboree) et Fusion Freediving. Apnea Bali garantit à ses élèves une descente à -20 m au bout de deux jours de stage seulement, avec comme objectif -12 m le premier jour ! Même si en théorie les physionomies grandes et minces ont un avantage, tout le monde peut faire de la plongée en apnée, sans distinguo de sexe ni d’âge. Les enfants démarrent à 8 ans, les séniors sont également bienvenus. Pour information, le champion français Jacques Mayol a réalisé son record (-105 m) à 56 ans et plongeait encore à 70 ans… Enfin, si vous n’aimez pas quand l’eau vous rentre dans le nez, sachez qu’on peut pratiquer ce sport en descendant le long de la corde en tirant avec ses bras, tête en haut.

« L’idée de cette école, c’est de se faire plaisir et de partager, explique Julia Mouce. Et la plupart des débutants sont surpris de pouvoir descendre aussi profond mais également de ressentir cet équilibre parfait dans l’eau. » Devant l’aréopage de mines réjouies que forment les élèves du jour, nous ne pouvons qu’être convaincus. Et devant leur disparité d’origine, de conformation physique et d’âge, nous ne pouvons que mesurer l’engouement pour ce sport aux vertus simples et universelles qui ne requiert qu’un équipement minime. « L’apnée, c’est pour tout le monde, c’est un mode de vie », lance Julia Mouce avec son enthousiasme très sud-américain.

La comparaison avec le yoga ou la méditation doit aussi être mentionnée. Outre que des exercices de yoga respiratoire sont enseignés aux élèves d’Apnea Bali pour qu’ils améliorent leurs capacités pulmonaires, l’état de bien-être décrit par les pratiquants de free-diving est à comparer avec celui procuré par la méditation. Il faut évidement surpasser le trac qu’on éprouve les premières fois avant de l’atteindre. Autre règle d’or pour améliorer ses performances, ne pas penser aux… performances. Un peu comme lors d’une séance de méditation, l’esprit doit se vider, les gestes doivent être mesurés et naturels. On pense ensuite qu’on peut rester longtemps, là, à 10 m de profondeur, sans bouger. Comme le dit Lukas Gribowski, en free-diving, vous éprouvez au fond de vous-même la plénitude d’un mammifère marin en osmose avec son élément. Et vous, êtes-vous prêts pour le grand saut dans le grand bleu ?

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